‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 2 sur 35 · FILLE · texte numérisé non relu

FILLE

CE propos dépend du fait que la semence est indifférente aux deux sexes* Ce qui doit être entendu car sa différente complexion la rend plus apte à Tun ou l'autre sexe comme celle qui est chaude et sèche volontiers se convertit en corps masculin, si elle rencontre le champ disposé à cela même, et, au contraire, pour l'altération que ladite semence recevra de la matrice, elle deviendra (comme en dégénérant du plus parfait) corps féminin.

Si donc le corps d'un enfant mâle requiert une semence plus cuite, chaude et sèche, que celui de la femelle et que telle complexion et perfection est acquise par long séjour et continuelle élaboration (car tant plus que la semence séjourne en ses vaisseaux, tant plus elle est digeste, épaisse, gluante et pleine d'esprits), il s'ensuit bien que ceux qui y retournent moins souvent font plus de mâles. Et quant aux heures, connaître sa femme dès l'entrée du lit, c'est plus pour faire des filles que des fils. Car telle semence n'est pour lors si bien pourvue de tout ce qui est requis à sa perfection comme elle le sera le matin, après un bon repos. Donc c'est l'heure plus propre à faire des fils qui seront en outre

plus gaillards et robustes^ comme nous avons dit de ceux des pauvres gens*

Mais^ dire2;-vous^ il peut y avoir de la semence aux parties spermatiques, assemblée de plus longtemps que du jour même. Qui plus est^ de ce qu'on a soupé il ne se pourra faire semence de tout un jour^ car il faut asse^ de temps pour la conversion de la viande en chyle^ puis en sang^ puis en sperme. Donc qu'est-il besoin d'attendre simplement que Testomac ait digéré? C'est d'autant que la viande étant encore dans l'estomac^ toutes les parties du corps s'en ressentent quelque peu et sont comme revigorées de sa vapeur. Mais cette vapeur ne renforce aucunement le sperme déjà bien élaboré. Par quoi il vaut mieux différer longtemps après le repas à connaître la femme pour faire quelque bon ouvrage et engendrer des fils qui soient robustes^ comme j'ai dit des pauvres gens.

Il ne faut pourtant objecter que ceux-ci ont des filles aussi bien que les riches car ils n'observent pas toujours la susdite règle de dormir avant de conjuguer^ mais font cela en grand désordre^ même en ces jours de fête où la plupart vont aux tavernes dépenser d'un coup plus d'argent qu'ils n'en ont gagné en trois jours et bien souvent s'en retournent fort ivres. De quoi^ si la femme lui reproche la bonne chère, elle est battue et puis, à

rentrée du lit^ le bonhomme veut faire Tappointement ou bien^ si la femme n'a sonné mot^ le mari^ pour lui faire part de sa bonne chère^ Tembrasse plus amoureusement que de coutume*

Et voilà où se forgent le plus souvent leurs filles^ de par Dieu*

Et quand ils attendraient jusqu'au lendemain matin^ parce qu'ils ont crapulé tout le jour auparavant^ ils ne feraient guère meilleure besogne^ sinon par aventure une fille plus robuste^ comme on en voit qui sont hommasses et ne leur manque que la barbe au menton encore qu'elles en aient quelque peu par ailleurs***

De ce discours on peut suffisamment entendre pourquoi nous disons volontiers qu'une heure plus tôt ou plus tard fait qu'on engendre mâle ou femelle* Nous entendons par heure quelque portion du temps^ non pas précisément la vingt-quatrième partie du jour naturel^ bien que^ en cette signification étroite^ le propos puisse être vrai* Car quelquefois il tient à fort peu de temps que la semence n'ait son extrême cuisson et perfection^ comme nous voyons des fruits cueillis un peu plus tôt ou plus tard et des viandes que nous cuisons au feu et surtout toutes sortes d'alambications et quintessences qui^ en peu d'heures^ changent de formes^ corps

et couleurs* Ainsi en est-il du sang et de la semence qui est le dernier ouvrage de Tâme ou faculté végétative*

Car c'est comme un chef-d'œuvre de la nature d'avoir de quoi procréer son semblable et^ par ce moyen^ perpétuer son espèce^ la rendant immortelle* Donc on peut bien dire^ quand on voit quelque gaillarde fille de mœurs et force plus viriles que ses compagnes^ qu'une heure plus tard engendrée elle eût été un garçon^ comme au contraire d'un garçon mol et efféminé qu'une heure plus tôt ce n'eût été qu'une fille*

ABUS DES FEMMES QUI SE BAIGNENT POUR ENGROSSER ET DE CELLES QUI, AVEC CINQ CENTS REMÈDES, N'Y PEUVENT PARVENIR

ne sont stériles qu'à une seule occasion qui est la froideur de leur matrice* Donc^ pour devenir grosses^ elles se baignent et se rebaignent souvent de certaines décoctions d'herbes chaudes qu'elles peuvent trouver et qui sont, pour la plupart, celles de la Saint- Jean, dont les bonnes femmes se ceignent aussi les reins, lesdites herbes ayant propriété de les rendre ou entretenir fécondes, même

croit que les femmes

étant mises par-dessus la robe, mais encore mieux par-dessous.

Or Tabus de se baigner ainsi est fort grossier, d'autant que toutes ne sont pas stériles à raison de la froideur ou superflue humidité de leur matrice, laquelle empêcherait la semence d'y arriver, mais c'est bien souvent le contraire, à savoir que leur matrice est trop chaude et qu'elle brûle ou rôtit la semence ou bien dissipe, consume et résout sa plus subtile et vaporeuse substance dont elle demeure inapte à la formation d'un corps et, comme telle, est bientôt rejetée.

Cette disposition est fort commune à celles qui sont d'inclination paillardes et lascives, insatiables gouffres de sperme, qu'on dit chaudes comme des chiennes et qui, si n'était un brin de respect, courraient et prendraient les hommes à force, tant sont échauffées en leur harnais qui leur démange continuellement et est souvent tendu comme le membre viriL Telles bagasses escaussadasses (comme on dit en Languedoc) n'ont garde d'engrosser. Il leur faudrait une pinte de semence chaque fois pour éteindre ou modérer ce feu et désaltérer leur matrice car les petits coups que peut faire un homme ne font que les allumer davantage, comme un peu d'eau en la fournaise à charbon et les altèrent toujours plus comme le fiévreux qui ne boit

qu'une gorgée dont il est toujours à recommencer*

Et si à de tels abîmes de semence qui engloutissent celle-ci et l'absorbent goulûment (à raison de cette grande ardeur vorace et insatiable) on ordonne des bains chauds^ n'est-ce pas mettre de l'huile au feu^ les faire courir par les rues et enrager de telle soif en danger de se jeter dans un puits? Il faut donc savoir discerner et distinguer les causes de la stérilité des femmes pour ne pas empirer leur indisposition qui requiert remèdes contraires afin de tempérer leur matrice*

Elle est le plus souvent trop froide et craint la semence^ autres fois trop huniide qui l'amortit aussi, la noye et la rejette bientôt, autres fois sèche et aride comme terre sablonneuse, défaillant en humeur et partant stérile, autres fois chaude et brûlante qui rôtit et grille la semence de sorte qu'elle ne peut s'y étendre ni appHquer ni attacher contre* Celle qui est froide et humide requiert tels bains dont usent volontiers les femmes* La sèche en est offensée et encore plus celle qui est trop chaude où il convient rafraîchir et humecter, non pas échauffer davantage*

Il faut aussi bien observer si la stérilité ne tient point au mari car en vain travaillerait-on après la femme et tous les bains du monde

n^y feraient rien et voilà en quoi s'abusent fort souvent les femmes qui rejettent sur elles tout le défaut^ comme si tout homme était capable d'engendrer et qu'il ne tînt qu'à sa femme* C'est autant que d'accuser la terre à tout propos qu'elle ne fructifie de la semence qu'on y aura jetée* Et cependant combien de femmes ne laissent de travailler leur corps de tant de drogues qu'il leur arrive parfois de brouiller les cartes et ne plus pouvoir concevoir même au temps qui leur était prescrit de nature*

DES CONDITIONS DANS LESQUELLES DOIT SE TROUVER UNE FEMME POUR PORTER PLUSIEURS ENFANTS, ET MEME NEUF, D'UNE SEULE VENTRÉE

UELS avantages supposer à ces femmes

capables de faire neuf enfants d'une seule

ventrée (ainsi que le rapporte Montluc) sinon (ce qui est fort vraisemblable) qu'elles étaient de plus belle taille qu'on peut voir : grandes, grosses, fort larges de flancs et hanches, bien écartelées, bien fessues et à grosses colonnes de cuisses, ayant une belle et ample matrice non pressée de graisse des parties environnantes et dilatable à souhait* Aussi que le reste du corps, répondant aux

parties basses^ fût bien fourni^ succulent et nourri^ non affamé ni transi, et pourvu de tout le sang qui est nécessaire à la mère pour nourrir plusieurs enfants en une fois.

Ne voit-on pas des femmes de telle corpulence qu'en un seul corps il y a bien deux ou trois femmelettes? Et si chacune de ces femmelettes peut faire deux ou trois enfants d'une seule ventrée, comme Ton voit asse2; souvent, voire jusqu'à cinq mâles (comme j'ai ouï dire d'une petite bossue, pauvre femme d'un bonnetier en la ville de Rouen, l'an 1550) pourquoi ne pourra cette grande femme en faire autant seule que les trois qu'elle représente? Je ne veux pas que ce soit d'un ordinaire non plus qu'aux femmelettes d'en faire trois ou quatre, mais je dis qu'il peut advenir et l'un ne sera plus merveilleux que l'autre, si une peut avoir la matrice autant capable et du sang menstruel autant que trois*

Or donc, admettons que la femme soit bien prête à faire son devoir, prête à concevoir et fournir bonne quantité de son sperme, comme l'ayant accumulé et réservé de longtemps que son mari l'a connue. Voici le mari arrivé de loin, à petites journées, afin de n'être las ou recru comme ceux qui viennent en poste pour se montrer plus affectionnés à leur moitié et, quand ils sont au lit, n'est

question que de se reposer. Je veux qu'il vienne tout à son aise et qu'il arrive en fort bon point, frais, refait et joyeux, fort amoureux de sa femme comme elle est bien friande de son mari. Je suppose que- ce demi de

rAndrogyne Platonique^ soit répondant à la corpulence de sa moitié^ grand et bien fourni de toutes pièces et même de la principale* Qu'il ne soit gras ni replet^ car où il y a force graisse^ n'y a guère de semence^ point colère ni chagrin car tels aussi n'ont guère de semence* Je le suppose jovial et de complexion amoureuse^ de taille allègre et non importune* Il a ses vaisseaux spermatiques et les boursettes qui sont au bout^ sur le col de la vessie, pleins à crever pour s'être longtemps abstenu de l'amour* Étant ainsi tous deux bien armés de toutes pièces, et munitions à l'avantage, venant aux bras pour lutter et combattre d'extrême affection, qui doutera qu'au premier coup il n'y ait grande effusion de sang blanchi, tant d'une part que d'autre ?

Il y en aura bien assez pour trois ou quatre enfants puisque, sans tel appareil, d'autres en font bien autant*

Je veux que ce soit le matin que le gentilhomme soit arrivé et ait trouvé sa femme au lit* S'il recharge de là à quelque heure, après s'être un peu reposé, ils y enfonceront un peu moins qu'au premier coup de lance et en voilà pour deux ou trois autres qui

I. Allusion à la théorie de Platon d'après laquelle les premiers êtres humains auraient été un composé d'homme et de femme dédoublé par la suite.

peuvent être sept enfants, ou la matière pour les faire* Il faut, après, déjeuner ou dîner tout d'un train. Quelque temps avant souper, la compagnie qui. Tétant venu voir, s'est retirée, ils entrent au cabinet et recommencent à se baiser et, si rien ne bouge dans la maison, on va jusqu'au bout, sinon on fera le surplus au lit, car ce serait trop de sagesse, à personnes si fort piquées, de différer jusqu'au matin* Là il se peut ajouter aux précédentes pertes de quoi faire un enfant ou deux, sauf le plus* Dont il pourra bien y avoir assez d'amas, si la matrice retient bien et conçoit comme je le suppose, pour mouler et former dix enfants, mais je me contente de neuf*

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