‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 20 sur 35 · DES TÉTONS, DE LEUR POUVOIR, DE LEURS* CHARMES · texte numérisé non relu

DES TÉTONS, DE LEUR POUVOIR, DE LEURS* CHARMES

JE m'étais d'abord proposé de faire un traité sur les avantages du teint blanc sur le brun, mais j'ai cru que de raisonner simplement sur des couleurs quand il y a tant d'autres beautés plus solides dans votre personne, ce serait en quelque manière mal employer mon temps et abuser de l'audience que vous donner, Madame, à mon esprit en lisant quelquefois mes faibles productions. Ce n'est ni de vos pieds mignons, ni de vos belles mains potelées, ni de vos yeux brillants, ni d'aucune partie de votre charmant visage que j'ai envie de vous parler. Ne trembler point dans l'attente d'un

sujet qui pourrait vous faire rougir* Je suis du sentiment de Marot quand il dit :

Arrière mots qui sonnent salement* Parlons aussi des membres seulement Que Ton peut voir sans honte découverts^ Et du honteux ne souillons point nos vers* Car quel besoin est-il mettre en lumière Ce qu'est Nature à cacher coutumière?

Pour ne pas vous laisser plus longtemps dans Tincertitude^ c'est des Tétons que ma plume est grosse d'écrire* Ce sujet est beau, ce sujet est grand* Il a exercé les sujets les plus élevés* Le Cavalier Martin dit que les Tétons sont deux tours vivantes d'albâtre d'où l'Amour blesse les Amants*

Un Français, guère moins ingénieux, les nomme deux pommes dans une de ses chansons et je me souviens qu'il ajoute :

Heureux qui peut monter sans bruit A Tarbre qui porte ces fruits*

Si M* de Cyrano de Bergerac a mauvaise grâce, selon certains, de déplorer que les écrivains modernes, pour peindre une beauté parfaite, emploient « l'or, l'ivoire, l'azur, le corail, les roses et les lys » comme matériaux de leur bâtiment, il n'a pas plus de raison, à mon avis, de les tourner en ridicule lorsqu'ils « clouent les étoiles dans les yeux des Belles et qu'ils

dressent des montagnes de neige à la place de leur sein* »

En effets ces expressions pompeuses sont dignes de ces grands objets et le sein des Dames a des charmes et des attraits qui sont encore au-dessus de celui de leurs yeux. C'est ce que sieur Cotin fait connaître par ces vers sur une belle gorge :

Pour voir un objet sans pareil Il ne faut point courir sur tant de mers profondes Ni voir Tun et l'autre Soleil^ Il faut voir ces deux petits mondes*

Et pour rendre d'un sort tout TUnivers jaloux. Il suffit qu'à des yeux leur blancheur on étale* L'Aurore n'offrait rien à l'amoureux Céphale De si charmant et de si doux*

Que si, sans leur déplaire, on osait les toucher

Et que deux belles mains n'y fissent point d'osbtacle

Serait-ce par un miracle

Amollir un cœur de rocher?

Dans l'entretien délicieux De la divine Iris dont je suis idolâtre. Amour, en ma faveur, viens mettre sur ses yeux Le voile qu'elle a mis sur sa gorge d'albâtre*

Les beaux Tétons avaient tant d'empire sur le cœur de M* de Boursault que, pour les avoir vus, au travers d'un linge, il devenait amoureux à la folie et poète par surcroît :

Car c'est là que l'Amour, pour tirer tous ses traits. Entre deux monts d'albâtre s'est campé tout exprès*

Ne sont-ce pas les jolis Tétons de Dorimène qui avaient affolé Sganarelle? Écouter comme il parle à cette belle : « Où allez-vous^ belle mignonne, chère épouse future? Hé bien, ma belle, c'est maintenant que nous allons être heureux Tun et Tautre* Vous ne serez plus en droit de me rien refuser et je pourrai faire avec vous tout ce qu'il me plaira sans que personne s'en scandalise* Vous allez être à moi depuis la tête jusqu'au pied et je serai maître de tout : de vos petits yeux éveillés, de votre petit nez fripon, de vos lèvres appétissantes, de vos oreilles amoureuses, de votre petit menton joli, de vos petits Tétons rondelets, de votre**» Enfin toute votre personne sera à ma discrétion et je serai à même de vous caresser comme je voudrai* N'êtesvous pas bien aise de ce mariage, mon aimable Pouponne? »

Vous penserez peut-être. Madame, que ce que Sganarelle laisse en blanc est le plus fort objet de sa passion* C'est possible mais, en ce cas, il a le goût un peu trop grossier tout comme cet auteur qui écrivait ainsi à sa maîtresse sur un mal de gorge :

Ce mal qui dedans vous dégorge Est vraiment peu galant de vous prendre à la gorge* Cest être à vous saisir un des plus maladroits* Si j'avais comme lui sur vous droit de m'étendre Et comme lui le choix de ce qu'on peut vous prendre Je vous saisirais bien par de meilleurs endroits*

Que dites-vous^ Madame^ de la passion de cet autre auteur? N'est-elle pas aussi hétéroclite que le goût des deux amants dont je viens de parler? « L'amour ressemble à un jeu de paume* Quand une fille se laisse baiser la main^ cela vaut quin2;e* Si elle souffre qu'on la baise à la bouche, cela vaut trente* Si elle permet qu'on lui baise les Tétons, cela vaut quarantecinq* Il ne faut plus qu'un coup de trou et le jeu est gagné* »

Mais laissons ces pâles connaisseurs* Voici une histoire qui cadre avec mon sujet* L'auteur dont je l'ai tirée y emploie des termes un peu forts contre la Religion* Je vous prie de ne m'en vouloir de mal*

« On a souvent parlé de la force du sang, mais moins souvent de la force des Tétons, quoiqu'on les appelle aujourd'hui boute en train avec la plus grande raison du monde* En voici un exemple qui en prouve admirablement la vertu, qu'on peut appeler une vertu de résurrection et de résurrection de la chair* Dans une de ces églises où il se commet souvent bien des extravagances, il y avait une coutume établie de longue main de représenter réellement, chaque semaine sainte, les mystères de la Passion* Le vendredi saint on ne manquait pas d'offrir aux yeux des spectateurs une scène burlesque du crucifiement du sauveur du monde* Pour cela on choisissait un

jeune homme de la ville auquel on faisait porter une croix fort pesante à laquelle on rattachait avec des cordes au lieu de clous^ dans une nudité presque complète. Je dis presque parce que Timpudence n'était pas parvenue au point de dévoiler certaines parties qui doivent être cachées. Ainsi on les faisait couvrir d'une ceinture de papier. Il faut remarquer que le corps du jeune homme était le mieux formé du monde et que la même coutume faisait choisir entre les plus belles filles de la ville trois tendrons qu'on aurait pris pour Vénus même^ pour représenter les trois Maries pleurant au pied de la croix. On n'avait pas seulement égard aux traits réguliers du visage^ ni à la finesse de la taille^ on les prenait encore bien fournies d'un grand mobile de la tendresse^ je veux dire pourvues de Tétons à l'anglaise que l'on laissait en pleine liberté d'émouvoir le représentatif. Cette année-là^ que je tairai par discrétion^ on fit un si beau choix qu'on mit sur les rangs^, et sous les armes^ trois filles qui auraient fait honte aux trois Grâces. Elles ne furent pas plus tôt aux pieds du crucifié qu'elles firent miracle. Je veux dire que^ malgré la situation où il était^ elles produisirent l'effet le plus terrible que puisse débiter la chronique scandaleuse. Notre Hercule galant posté à l'avantage^ eut pour première vision une demi-dou2;aine de Tétons,

capables par leur sistole et leur diastole de tenter la vertu d'un anachorète^ ce qui donna au public un spectacle risible et très profane comme vous pouvez le croire* Car le crucifié^ au lieu de prononcer des paroles dignes de celui qu'il représentait^ prononça des turpitudes dignes d'entraîner l'abolition éternelle d'une si odieuse cérémonie* Pour couper courte regardant ces objets mouvants tout propres à mettre en fureur son grand mobile^ il ne put s'empêcher de crier : « Ottz de devant mes yeux les trois jeunes filles ou le papier va crever* » Le scandale que fit naître une action et des paroles si sacrilèges fit rentrer l'Archevêque en lui-même* Il supprima donc un usage^ qui était un abus^ et dont la pratique fut désormais abandonnée* »

Telle est la force des Tétons par lesquels^ comme on le voit^ peuvent survenir de curieux malheurs* Toutefois les conséquences ne sont point toujours aussi dramatiques* Aussi^ Madame^ ne m'étonné-je pas de voir faire ce souhait à Anacréon :

Que ne suis- je la fleur nouvelle Qu'au matin Chimène choisit^ Qui^ sur le sein de cette Belle^ Passe le seul jour qu'elle vit?

Vous paraîtra-t-il donc bizarre, après cela, • que M* Le Pays ait souhaité d'expirer sur le

sein de sa Caliste qui lui refusait les dernières faveurs ?

De là à conclure qu'il y aurait de la diablerie dans le charme des Tétons^ il n'y a qu'un pas* Ce qui m'empêche pourtant de le franchir^ Madame^ c'est le sonnet suivant envoyé à des Belles qui demandaient un secret de paroles magiques pour se faire aimer :

Pourquoi me demander la ruse criminelle

Par quoi Fart des démons met les cœurs dans les fers^

Vous de qui la magie est blanche et naturelle

Et fait qu'à vos appâts tant de vœux sont offerts?

Par vos charmes vainqueurs Tesprit le plus rebelle Rend grâces à Tamour des maux qu'il a soufferts; La flamme de vos yeux est trop pure et trop belle Pour unir sa puissance à celle des enfers»

Ce beau sein qui fait naître et vos lis et vos roses Forme un enchantement de tant de belles choses Que leur force invincible a droit de tout charmer»

Mais pour vous mieux servir de leur pouvoir extrême Ajoutez seulement ces trois mots : Je vous aime» Qui pourrait s'empêcher alors de vous aimer?

Contre ceux qui voient un maléfice au pouvoir des Tétons j'avancerai également^ Madame, ces deux quatrains :

Celle qui a les bras charnus.

Grosse mamelle, nez camus.

Longue raison et courtes mains.

Elle est sujette au bas des reins»

Fille qui fait tetins paroir Son corps par étroite vêture On se peut bien apercevoir Que son c.*^ demande pâture*

Et encore cette épigramme du sieur Cotin :

Si les esprits sont amusés A jouer aux Champs Élysées, Quand ils veulent jouer aux quilles Les boules sont Tétins de filles»

Il est bien vrai qu'en cet ébat - La boule les quilles abat* Mais ici c'est une autre affaire.

Car aux quilles vient le contraire, Puisqu'au lieu de les renverser Les Tétins les font redresser»

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