‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 21 sur 35 · DES BEAUX TÉTONS · texte numérisé non relu

DES BEAUX TÉTONS

IL s'agit^ à présent. Madame, de savoir comment les Tétons doivent être pour être beaux* Le poète Clément Marot nous instruira particulièrement de cette beauté par son épigramme sur le beau Tétin*

Tetin refait, plus blanc qu'un œuf, Tetin de satin blanc tout neuf, Tetin qui fait honte à la rose, Tetin plus beau que mille chose, Tetin dur (non pas Tetin, voire.

Mais petite boule d'ivoire) Au milieu duquel est assise Une fraise, ou une cerise.

Que nul ne voit, ni touche aussi; Mais je gage qu'il est ainsi»

Tetin donc au petit bout rouge, Tetin qui jamais ne se bouge.

Soit pour venir, soit pour aller.

Soit pour courir, soit pour baller Tetin gauche, Tetin mignon.

Toujours loin de son compagnon Du demeurant du personnage; Quand on te voit il vient à maints Une envie dedans les mains.

De te tâter, de te tenir :

Mais il se faut bien contenir D'en approcher, bon gré, ma vie!

Car il viendrait une autre envie»

O Tetin ni grand, ni petit, Tetin mûr, Tetin d'appétit, Tetin qui nuit et jour criez :

Mariez-moi tôt, mariez!

Tetin qui t'enfles et repousses Ton gorgias de deux bons pouces, A bon droit heureux on dira Celui qui de lait t'emplira Faisant d'un Tetin de pucelle Tetin de femme entière et belle»

Marot aimait les Tétins ronds» Ce rondeau le prouve encore :

Toutes les nuits je ne pense qu'en celle Qui a le corps plus gent qu'une pucelle De quatorze ans sur le point d'enrager Et au dedans un cœur, pour abréger.

Autant joyeux qu'eut onques Demoiselle»

Elle a beau teint, un parler de beau zèle. Et le Tetin rond comme une groiselle* N'ai-je pas donc bien cause de songer Toutes les nuits?

Touchant son cœur, je Tai en ma cordelle Et son mari n'a, sinon le corps, d'elle : Mais toutefois quand il voudra changer Prenne le cœur et pour le soulager J'aurai pour moi le gent corps de la belle Toutes les nuits»

L'auteur d'une asse2; belle énigme sur les Tétons les veut fermes, durs et écartés Tun de l'autre :

Tandis que deux voisins sans se joindre yêquirent Tous deux également de tous furent aimés. Tous deux enflés d'orgueil et de grâce animés, Partagèrent entre eux tout l'honneur qu'ils acquirent» Tous deux avaient quinze ans à l'âge qu'ils naquirent. Sur un moule tous deux ils paraissaient formés. L'un l'autre se fuyaient, de dépit enflammés. L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent» Bien qu'un Prince passât ils ne s'ébranlaient point Mais enfin leur orgueil s'enfla jusqu'à ce point Que leur triste union commença de paraître»

Ils se baisèrent tant qu'ils s'en firent pitié, L'Amour de tous naquit de leur inimitié Et de leur union le mépris vint à naître»

M» Le Pays paraît être du même goût quand il dit à Iris dans le portrait qu'il fait de cette belle : « Votre gorge semble avoir été faite au

tour et Ton peut dire que c'est une beauté achevée. Votre sein est digne de votre gorge, il est blanc et potelé. Les deux petits globes qui le composent ne sont éloignés que de deux doigts et cependant je suis assuré que, de leur vie, ils ne se sont baisés, quoiqu'ils soient frères et qu'ils dussent bien s'aimer, si la ressemblance fait l'amitié. »

Pour vous. Madame, vous avez ces deux perfections. Vos Tétons sont fermes et ronds, mon petit doigt me l'a dit, et peut-être les quatre autres aussi.

La beauté des Tétons a inspiré mille poètes. Un jour, dans un salon de la haute société, à Poitiers, quelques beaux esprits étaient réunis autour de M^^ des Roches et de sa fille Catherine. Soudain le poète Étienne Pasquier aperçut une puce qui s'était parquée au beau milieu du sein de M^^^ des Roches. Il fit remarquer la témérité de l'animal, il s'ensuivit quelques propos badins puis il fut décidé d'un commun accord que chacun composerait un poème à la gloire de ce petit incident. Voici l'un d'eux dont Étienne Pasquier est l'auteur :

Je ne veux ni du taureau, - Ni du cygne, blanc oiseau.

Ni d'Amphytrion la forme.

Ni qu'en pluie on me transforme

Puisque ma dame se paît Sans plus de ce qui te plaît^ Or plût à Dieu que je pusse Seulement devenir puce!

Tantôt je prendrais mon vol Tout au plus haut de ton col Ou^ d'une douce rapine.

Je sucerais ta poitrine.

Ou, lentement, pas à pas.

Je me glisserais plus bas.

Et d'un muselin folâtre Je serais puce idolâtre, Pinçottant je ne sais quoi Que j'aime trop plus que moi^

La beauté des Tétons occupait aussi Tesprit de nos rois* Louis XV demandait un jour à Bouvret^ secrétaire du Cabinet, comment il trouvait la Dauphine et si elle avait de la gorge.

Le secrétaire répondit que Marie-Antoinette était charmante de figure et qu'elle avait de beaux yeux. « Ce n*est pas ce que je vous demande, répondit Sa Majesté, je veux savoir si elle a de la gorge. — Sire, je n'ai pas pris la liberté de porter mes regards jusque là. — Vous êtes un sot, continua le monarque, c'est la première chose qu'on regarde aux femmes. »

Enfin les Tétons empêchaient également de dormir — mais d'autre façon — ceux qui ont pour mission de guider les âmes. Au commencement du xviii^ siècle les dames portaient

sur leur gorge découverte des croix et des petits Saint-Esprit en diamant* Aussi un prédicateur s'écria-t-il un jour en chaire : « Bon Dieu^ peut-on plus mal placer la croix qui

représente la mortification et le Saint-Esprit^ auteur de toutes bonnes pensées! »

L'abbé de Voisenon qui^ comme chacun sait^ s'est acquis une certaine notoriété dans la poésie galante^ est Tauteur de cette fable charmante intitulée : Les Tétons de ma cousine.

Il te souvient de ce Pygmalion^ De la statue élégante qu'il aime^ Et que Vénus, pour sa dévotion.

Avait changé en une autre elle-même»

En toi le cas pareil est arrivé.

Tu fus statue; car, par expérience.

J'en suis certain, et ce qu'ici j'avance Est dans ces vers un peu plus bas prouvé»

Étant encore bloc de marbre insensible Tout était dur; tu n'avais nul ressort; Vénus voulut t'amollir tout le corps Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible*

Pour recevoir et donner un baiser Bien tendrement à l'amant qui te presse Elle amollit ta bouche enchanteresse.

Elle amollit tes bras pour l'embrasser»

Jambes d'abord et ce qui les surmonte Gardent encor un peu de dureté.

Moins que le marbre, et si plus haut l'on monte. On trouvera de l'élasticité»

Mais, ce qui peut mieux prouver mon système.

Elle oublia de changer les Tétons;

Ils sont taillés aussi justes, aussi ronds

Et blancs et durs comme le marbre même»

Par contre^ je ne sais qui est Tauteur de ce madrigal :

Tout ici baise, Jeanneton, Ton mouchoir baise ton Téton, Tes cheveux baisent et rebaisent.

Je vois tes lèvres se baiser; Et si toutes choses se baisent Voudrais-tu bien me refuser?

Je n'ai pas envie, Madame, de déterminer positivement ici de quelle taille doivent être les Tétons, ni prendre part dans le différend qu'ont eu deux de mes amis sur la longueur, la largeur et la profondeur de ces parties du corps des Belles* Je me contenterai de dire que si des hommes ont raison de trouver beaux les gros Tétons, d'autres n'ont pas tort d'être charmés d'un sein qui n'est pas fort garni et je veux croire que c'est tout de bon et sans flatterie que M* Le Pays parle de cette sorte à sa Caliste : « Votre sein n'est pas des plus remplis, mais ce que vous en avez; est blanc et, s'il m'est permis de le dire, comme je pense, le morceau, pour être petit, ne laisse pas d'être délicat* »

Une chose au moins que je puis avancer hardiment, c'est qu'une personne de votre sexe ne saurait être belle si elle n'a une belle gorge et un beau sein; aussi voyons-nous que les faiseurs de portraits, quand il veulent peindre une beauté parfaite, n'ont garde d'oublier les Tétons.

s* IL EST DE LA BIENSÉANCE QUE LES DAMES LAISSENT VOIR LEURS TÉTONS ET S'IL EST PERMIS AUX AMANTS

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