LOUIS XIV
SA Majesté se plaignit^ le 15 janvier 1686^ d'une petite tumeur devers le périnée, à côté du raphé, par deux travers de doigt de Fanus, asse2; profonde, peu sensible au toucher, sans douleur ni rougeur, ni pulsations ; se portant fort bien du reste et n'étant empêchée d'aucune de ses fonctions naturelles, ni même de monter à chevaL Cependant, cette tumeur, petit à petit, parut s'endurcir et s'accroître et, le 31 de janvier, elle nous parut asse2; considérable pour presser le Roi de faire quelques
I. Extrait du Journal de la santé du Roi, par son premier médecin d'Aquin, et de V Union médicale (1^$^), ainsi que du Journal de Dangeau,
remèdes pour tâcher de la résoudre* Sa Majesté s'y résolut et^ le 5 de février^ on lui appliqua des cataplasmes faits avec les farines d'orob^ de fèves^ de seigle^ d'orge^ de graines de lin bouillies dans Toxicrat et renouvelés sur le mal toutes les cinq à six heures.
Le Roi garda le lit quelques jours^ appliquant sur la tumeur un emplâtre de céruse cuite et de ciguë* Les douleurs se rendirent plus considérables^ le 16 de février^ et telles que le Roi^ ayant peine à marcher^ se mit au lit* La tumeur n'augmenta pas sensiblement mais la peau rougit tant soit peu et la matière parut tourner à la suppuration; ce qui nous obligea^ pour suivre les intentions de la Nature^ de mettre sur Tendroit qui paraissait tant soit peu s'élever^ un plumaceau enduit de suppuratif et^ par -dessus^ un emplâtre de manus DeL Ces soins ne furent pas inutiles puisque, le 18, la tumeur commença à se ramollir et les douleurs à augmenter, comme elles ont coutume de faire dans les suppurations*
On ne put se défendre, dans cette conjoncture, d'écouter les louanges d'une toile Gaultier, ou sparadrap, de M"^^ de La d'Aubière, qui se fit che^ les apothicaires du Roi, sur son ordonnance, avec demi-livre de gomme élémi et de térébenthine cuite dans l'eau de plantain, huit onces de cire jaune et une once et demie de baume liquidambar ou, à son défaut.
de baume du Pérou. Et Ton ne put refuser aux instances des courtisans d'appliquer^ sous les yeux de M^^ de La d'Aubière, ce remède qui, n'ayant pas répondu au prompt miracle qu'on s'était promis, fut changé pour retourner au suppuratif, à la faveur duquel, sur le soir du dix-neuvième, l'abcès s'ouvrit et, toute la nuit, ce qu'il y avait de matière plus cuite et suppurée se vida* Mais, comme il en restait une portion asse^ considérable de dure qui n'avait pu la suivre, le 20, on y appliqua une traînée de cautères mêlés avec le suppuratif, et ce ne fut pas sans fruit puisque, par ce moyen, la peau s'ouvrit davantage et donna issue à une matière plus épaisse et plus grossière qui s'écoula tout le jour et toute la nuit, et diminua la tumeur considérablement*
Le 21, la goutte attaqua le pied droit, avec chaleur, tumeur et rougeur et fut asse2: considérable pour empêcher le Roi de mettre pied à terre et de dormir* Le 22, le Roi se plaignit de lassitude par tout le corps et de maux de tête* Cependant, la peau de son ulcère se resserrait de telle sorte qu'il ne s'en écoulait rien que quelque sérosité crue, rougeâtre et sanguinolente et le Roi passa fort bien la nuit* Mais, comme il convenait d'ouvrir cet abcès pour le guérir à fond, on appliqua, le 23, sur la tumeur, deux grosses pierres à cautère et, l'escarre étant faite, on l'ouvrit avec la lancette, et
il en sortit quelque matière purulente; puis l'on pansa la plaie avec du suppuratif et Templâtre de manus DeL La goutte devint douloureuse la nuit et le Roi la passa avec inquiétude* Le 24f la tumeur était fort dure* Pour la fondre et ramollir davantage^ Ton y mit le baume vert et Ton y introduisit une tente* Il dormit plus tranquillement et la goutte commença à se calmer* Le 27^ le pus de Tulcère parut un peu plus cuit et épais* On le fomentait par-dessus le pansement avec des compresses trempées dans une décoction d'absinthe^ de roses de Provins^ d'écorce de grenades^ de feuilles de myrthe bouillies dans du vin rouge> et Tulcère paraissant détergé^ on cessa Tusage du baume vert^ le 28 du mois, et Ton commença les injections avec Teau vulnéraire* Le deuxième de mars, pour fondre plus puissamment la dureté de la tumeur, on quitta Teau vulnéraire qui semblait trop sécher et endurcir et Ton se servit du précipité rouge, dont on mêla un drachme sur demi-once de suppuratif, et Ton jeta du fondant tout seul dans la plaie, dont Tacrimonie rendit la nuit mauvaise et le sommeil plus inquiet*
Cependant Tulcère devenait douloureux et laissait écouler des sérosités par un petit sinus tirant du côté du fondement, dont on n'avait pas bien vu le fond, ce qui obligea à le découvrir dans toute son étendue* Pour cet effet, on
appliqua encore quelques pierres à cautère du côté du raphé et même on découvrit avec la pierre infernale une petite dureté qui se prolongeait du milieu de Tulcère au côté droite jusqu'au delà du raphé au côté gauche transversalement*
L'escarre du cautère ayant été ouverte avec la lancette^ on sonda le sinus^ qui parut profond de quatre travers de doigt et^ ayant introduit le doigt dans le fondement^ il parut aux chirurgiens sain^ point dépouillé^ bien percé et bien garni de ses chairs* On fit injection dans le sinus avec le baume vert^ dont le Roi ressentit une douleur fort piquante et une irritation continuelle avec envie d'aller à la selle^ ce qui obligea de cesser ce remède et de se contenter du simple suppuratif^ les déjections étant déjà glaireuses et sanglantes.
Tout se calma par la cessation de ce remède au lieu duquel on fit injection avec l'huile de myrrhe et l'huile d'œuf ; après quoi^ on pansait le sinus avec le digestif^ dans lequel on mêlait la cinquième partie du précipité rouge^ et une tente asse2; grosse^ dont le Roi ressentait souvent de cuisantes douleurs. Le dix-septième du m^ois^ on resonda le sinus qui parut se remplir de chairs et diminuer de profondeur^ le pus étant asse2; épais et cuit.
Le 24, la guérison de l'ulcère semblant s'avancer fort^ nous prîmes la résolution de
purger Sa Majesté, ce qui fut exécuté très heureusement le lendemain par son bouillon purgatif, dont il vida dou2;e fois beaucoup de bile et beaucoup d'excréments. Au commencement du mois d'avril, le mal semblait quasi fermé et guéri. Toutefois, pour rendre les chairs meilleures, on fit des injections avec Feau phagédénique tempérée. L'ulcère en parut un peu plus douloureux et le pus augmenté. Le 15, on eut peine à faire l'injection et l'on se contenta de fomenter la plaie d'où il ne sortit quasi rien. La guérison ne s'achevait pas, quelque soin qu'on y apportât.
Les i^^ 2, 3 et 4 de mai, on ajouta à l'injection un peu de teinture de myrrhe et d'aloès que l'on ôta le 5 parce qu'il paraissait que ce remède desséchait trop et le 7 on ôta la tente. Le 13, le Roi fut purgé neuf fois de beaucoup de glaires et de bile et, le 14, il semblait que l'ulcère fût entièrement cicatrisé.
Le 16, on lava la plaie avec le seul espritde-vin sans aucune douleur. Cependant ce remède attira assez de pus. Le 17, la matière parut puante et l'injection ne revint quasi pas, ce qui nous donna de grands soupçons que le boyau était percé, l'ulcère paraissant tantôt guéri et tantôt se rouvrant et vidant de la matière. Pour nous en éclaircir, on prépara une décoction de millepertuis fort rouge dont on fit injection le 21, laquelle passa dans
l'intestin et le Roi, s'étant mis sur la chaise, la rendit tout entière dans le bassin.
Le Roi, voulant s'éclaircir davantage de I endroit où était percé l'intestin, se fit introduire la sonde de la main gauche et, du doigt de la main droite introduit dans l'intestin, rencontra le bout de la sonde à la hauteur environ de deux ou trois travers de doigt. Le Roi, pour tenter ce que pourraient faire les potions vulnéraires, en prit durant quelques jours, faites avec la véronique, bugle, sanicle, pervenche, pyrole, environ une once, infusées dans deux livres d'eau et bouillies jusqu'à la consomption de la troisième partie. A partir du début de juin, le Roi cessa l'usage de ces eaux vulnéraires, dont il trouvait son estomac chargé et sa tête pleine de vapeurs. Il parut alors bien se porter, l'ulcère ne lui faisant pas grand mal et vidant très peu de chose.
Cependant beaucoup d'inconvénients subsistant pour lui de cet état, le Roi finit par se rendre aux instances du premier chirurgien Félix qui insistait depuis longtemps pour lui faire subir la grande opération. Dès qu'il eut pris sa décision, Félix rassura le Roi sur sa vie et lui promit de le délivrer de son horrible incommodité. Ce grand chirurgien n'avait jamais pratiqué l'opération qu'il méditait mais il avait lu tout ce que les auteurs anciens avaient écrit sur la maladie du Roi. Il se traça
alors un plan de Topération et pendant plusieurs mois tous les malades atteints de cette maladie et se trouvant dans les hôpitaux, furent opérés par lui. Il acquit ainsi une expérience considérable*
Pour faire Tincision de la fistule, Galien avait inventé un instrument d'une forme particulière auquel il avait donné le nom de syringotome. C'était un bistouri en forme de croissant, à manche contourné et dont la pointe était terminée par un stylet long, pointu et flexible. On introduisait la pointe dans Touverture extérieure de la fistule et Ton poussait le stylet jusque dans l'intestin ; le doigt indicateur de la main gauche, placé dans le rectum, ramenait la pointe par l'anus, puis la lame du bistouri, poussée dans la fistule, achevait l'incision.
Félix fit subir à l'instrument de Galien un notable changement. Il fit faire un simple bistouri courbe, à lame étroite, terminée, comme le syringotome, par un stylet, mais en argent recuit et long de plusieurs pouces. Le tranchant de la lame était recouvert d'une chape d'argent faite exprès pour être introduite dans la fistule sans blesser les parties. Cet instrument ainsi disposé, on poussait le stylet dans la fistule et on le ramenait par le fondement. Puis, le bistouri étant entré après le stylet, on retirait doucement la chape qui enveloppait le
tranchant et, tenant d'une main le bout du stylet et de Tautre le manche du bistouri, en tirant à soi, on tranchait d'un coup toute la fistule*
Cet instrument dont se servit Félix pour
le Roi reçut depuis le nom de bistouri à la Royale.
Ce fut le i8 novembre 1686 qu'eut lieu l'opération* Le Roi avait pris sa décision à Fontainebleau* Arrivé à Versailles le 15^ rien ne décela en lui cette grave détermination* Le dimanche ij, il monta à cheval^ visita ses jardins^ ses réservoirs et parut fort tranquille pendant toute la promenade* Le lundi 18^ de grand matin^ tout se préparait pour la fameuse intervention* Vers cinq heures les apothicaires entrèrent chez le Roi et lui administrèrent le lavement préparatoire* Un peu avant sept heures^ Louvois alla prendre chez elle M"^^ de Maintenon* Ils entrèrent ensemble chez le Roi auprès duquel se trouvait déjà le Père de La Chaise^ son confesseur* Félix^ d' Aquin^ premier médecin du Roi^ Fagon^ qui allait le devenir, Bessières, les quatre apothicaires et Laraye, élève de Félix, étaient réunis dans le cabinet des Bassans et se livraient à tous les préparatifs nécessaires*
A sept heures, ils entrèrent dans la chambre du Roi qui ne parut nullement ému de leur présence* Il fit approcher Félix, lui demanda Pusage de chacun des instruments, puis s'abandonna avec confiance à son talent*
Le Roi fut placé sur le bord de son lit, un traversin sous le ventre pour élever les fesses, tournées du côté de la fenêtre, les cuisses
écartées et assujetties par deux apothicaires* Voici comment procéda l'opérateur : une petite incision faite avec la pointe d'un instrument ordinaire fut d'abord pratiquée à l'orifice externe de la fistule^ afin de l'agrandir et de pouvoir plus facilement y introduire le bistouri à la Royale* L'incision fut ensuite pratiquée avec cet instrument à l'aide de la manœuvre déjà indiquée* Une fois le trajet fistuleux mis à découvert^ il s'agissait de détruire les callosités qu'on supposait devoir empêcher la réussite de l'opération* Huit coups de ciseaux enlevèrent toutes les callosités que Félix rencontra sous son doigt* Cette partie si douloureuse de l'opération fut supportée avec beaucoup de courage par le Roi; pas un cri^ pas un mot ne lui échappa*
L'opération terminée^ on introduisit dans l'anus une grosse tente de charpie^ recouverte d'un liniment composé d'huile et de jaune d'oeuf* On la fit entrer avec force^ afin d'écarter les lèvres de la plaie* On garnit ensuite la plaie de plumasseaux^ enduits du même Uniment^ et on appliqua les compresses et le bandage par-dessus*
Dès que l'opération fut faite^ raconte Dangeau dans son journal^ le Roi l'envoya dire à Monseigneur qui était à la chasse^ à Madame la Dauphine dès qu'elle fut éveillée^ à Monsieur et à Madame qui étaient à Paris, à
Monsieur le Prince et à Monsieur le Duc qui étaient à Fontainebleau, leur défendant de venir* Dès Taprès-midi, le Roi tint son conseil et voulut qu'il y eût appartement et que Ton commençât le grand jeu de reversi qu'il avait ordonné à Fontainebleau. M^® de Montespan partit en diligence pour venir trouver le Roi; mais, ayant appris, à Essonnes, que le Roi se portait très bien, elle retourna auprès de M"^^ de Bourbon. Monseigneur, apprenant la nouvelle, quitta la chasse et revint ici à toute bride et en pleurant.
Le bruit de cette opération s'étant répandu dans Versailles, comme on s'imagine toujours voir les maux que Ton craint même lorsqu'ils ne sont point à craindre, la douleur parut sur tous les visages et l'on eût dit, à voir le Roi, que ce monarque était le seul qui se portât bien. Ayant remarqué que l'on ne faisait aucun bruit, il ordonna que toutes choses se fissent à l'ordinaire et permit, dès le lendemain, aux ministres étrangers de le saluer. Quoique de semblables maux aient accoutumé de causer un peu de fièvre, sans pourtant qu'il y ait sujet d'en appréhender aucune suite fâcheuse, il semble que le Ciel, pour ne pas nous alarmer, n'ait pas voulu qu'il en eût le moindre ressentiment.
Après son opération, continue d'Aquin, le Roi vécut d'un régime fort exact, s'abstenant
de tous aliments solides^ à la réserve d'une légère taille de pain dans son bouillon^ le matin et le soir. Cela n'empêcha pas que la goutte n'attaquât le pied gauche du Roi, à l'orteil, avec asse^ de rougeur et de douleur. Toutes choses allant fort bien, sans fièvre, sans aucun dévoiement, ni aucun autre accident, lorsque le temps de la suppuration fut passé, je commençai à donner au Roi un peu de pigeon dans son potage, du chapon bouilli et du poulet gras rôti et, le soir, des œufs brouillés dans du bouillon.
Cependant, soit par la nature du mal, soit par l'usage fréquent du cheval que le Roi avait fait depuis sa fistule, l'on eut beaucoup de peine à faire fondre et suppurer les corps calleux qui se trouvèrent tout le long de ce canal et dans le fond de l'ulcère qui ne demandait d'ailleurs qu'à se cicatriser et à se remplir de chairs. Comme les suppuratifs, ni le fondant de mercure précipité rouge, n'en pouvaient venir à bout, le 9 décembre et le vingtdeuxième de l'opération, on coupa ce corps dur et calleux, tout en travers par le milieu, et même asse^ utilement puisque, le 27 du même mois, la plaie se trouva quasi remplie et la cicatrice faite. En telle sorte que l'on ôta les onguents et les emplâtres, pour ne se servir que de l'eau vulnéraire et de la charpie appliquée par-dessus. Mais, d'autant qu'il restait
toujours quelque scrupule de dureté dans le fond^ proche de Tanus^ qui pouvait être un empêchement à une guérison complète et assurée^ le i^^ janvier 1687^ l^on sacrifia asse2; profondément cette partie calleuse et Ton y répandit^ par-dessus^ de la poudre de précipité, qui fit une escarre asse2; profonde et douloureuse que Ton fit tomber avec le suppuratiL
Le 2 janvier^ à la partie extérieure^ il paraissait de petites peaux mortes et endurcies aux bords de la plaie et une légère éminence devers le raphé; on les coupa doucement avec les ciseaux et on les toucha ensuite avec la pierre infernale, pour en empêcher la régénération*
Le 7 janvier, quoique la guérison parut bien complète et assurée, l'inquiétude n'étant pas satisfaite entièrement sur cette callosité du fond qui pouvait bien être une bonne cicatrice, on résolut le Roi de se faire encore une fois scarifier avec la lancette et le ciseau, ce qui fut fait asse^ profondément, et Ton y porta de la poudre escarrotique faite de précipité rouge et d'alun broyé, mêlés à égales parties. Ce remède fit des douleurs asses; considérables dont le Roi se plaignit beaucoup. Il sortit beaucoup de sang de sa plaie et il eut même quelque difficulté d'uriner. L'on ne mit dans sa plaie, pour en éteindre le feu et la chaleur, que de la simple eau d'orge. La nuit fut fort
inquiète et toute cette tribulation fit résoudre MM* les chirurgiens à laisser entièrement fermer la plaie* La suppuration ayant fait tomber les escarres^ la cicatrice fut entièrement reformée^ bonne et solide, dans le quatordème du mois* Le 15, le Roi fut purgé très heureusement et se servit encore durant quatre jours du quinquina*
Depuis ce temps, la santé du Roi se confirma de jour à autre et la cicatrice de sa plaie se rendit meilleure de façon très sensible* Sa Majesté n'y a souffert aucun mal et il n'est jamais rien suinté de sa plaie* Et d'autant que, dans une guérison si parfaite, il me restait quelque scrupule de l'humeur qui se vidait insensiblement par la fistule et qui, ne trouvant plus cet égout, pouvait se porter sur les parties intérieures et y former quelque dépôt plus fâcheux que le mal qu'on venait de guérir, je priai Sa Majesté de considérer que le seul moyen de se défendre de ce péril était de se purger souvent et d'emporter l'humeur superflue des veines par les voies naturelles* A quoi le Roi consentit volontiers et, pour y satisfaire, il fut purgé le 10 février, fort heureusement et jouissant d'une parfaite santé* Le 18, il eut un peu de goutte qui s'apaisa incessamment et, s'étant abstenu fort sagement de monter à cheval jusqu'à ce temps, par l'avis de tous ces Messieurs et le mien, il commença à le faire le
15 mars et Ta toujours continué depuis sans en avoir jamais ressenti aucune incommodité*
Le 17^ il réitéra sa purgation à l'ordinaire et il commença à prendre^ dès le soir^ deux prises de quinquina; le lendemain 18, quatre; le 19 et le 20, trois; observant cette conduite plus régulière à cause de Téquinoxe où les restes des fièvres intermittentes se réveillent plus aisément*
Il est asse2; difficile de bien connaître la cause de la tumeur dure et glanduleuse qui est survenue à Sa Majesté et qui a donné naissance à cette fâcheuse fistule qui a duré tout un an^ sans avoir pu céder qu'au fer et au feu* Jamais le Roi ne s'est plaint d'aucune hémorroïde et il est cependant très difficile de se figurer que cette tumeur se soit pu former à l'endroit du périnée où elle a paru, à deux doigts du fondement, sans concevoir quelque rameau hémorroïdal qui en ait porté et déposé la matière en cet endroit, à deux bons travers de doigt des bourses*
Cette tumeur n'a jamais été douloureuse; elle a eu sa naissance et ses progrès sans jamais aucune rougeur ni inflammation* Elle n'a suppuré qu'avec peine, on n'a jamais rien pu en résoudre et sa meilleure partie s'est endurcie et rendue squirreuse, ce qui prouve une tumeur d'humeur mélancolique, crue, froide et indigeste, et telle que sont celles qui ont
coutume de former les squirres^ et d'autant qu'elle paraissait^ par son indolence^ avoir peu de sel et d'acrimonie^ et que^ d'ailleurs^ on ne lui a pas laissé faire un grand séjour puisque^ peu de jours après avoir paru, la tumeur fut ouverte* Il est difficile de concevoir de quelle manière le boyau a pu être percé et, pour n'en faire aucun jugement douteux, il vaut mieux croire qu'il l'a été avant que la tumeur ait paru, et que le vaisseau chargé de l'humeur qui l'a produite, venant du dedans de l'intestin, s'est trouvé inséré dans les plis de l'anus et en a traversé les membranes jusqu'au milieu du périnée* Ce qui fait voir clairement que cette fistule ne pouvait se guérir sans en venir à l'opération du fer et des incisions et combien il aurait été inutile d'aller en cette occasion aux eaux de Barèges qui n'ont jamais guéri une fistule et en particulier celles qui communiquent dans le boyau percé*
TABLE DES MATIÈRES
Louis XI ♦ ♦ 3
François P^" et Henri III ♦♦♦♦♦♦ ♦ 19
Marie de Médicis ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦ 29
Anne d'Autriche ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦ 45
Louis XIV* ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ 63
CE TOME TROISIÈME EST JUSTIFIÉ COMME SUIT VINGT-QUATRE EXEMPLAIRES SUR VÉLIN DU MARAIS AVEC UN ORIGINAL ET UNE SUITE DES GRAVURES EN COULEURS, NUMÉROTÉS DE I A 24; SOIXANTE-SEIZE EXEMPLAIRES SUR VÉLIN DU MARAIS, AVEC UNE SUITE DES GRAVURES EN COULEURS, NUMÉROTÉS DE 25 A lOO; NEUF CENTS EXEMPLAIRES SUR VÉLIN JOHANNOT, NUMÉ- ROTÉS DE lOI A 1000
LES ILLUSTRATIONS DE PIERRE LEROY ONT ÉTÉ INTERPRÉTÉES EN GRAVURE SUR BOIS EN COULEURS PAR ROGER BOYER ET L' IMPRESSION DE CE LIVRE A ÉTÉ ACHEVÉE TANT POUR LES GRAVURES QUE POUR LE TEXTE, SUR LES PRESSES DE COULOUMA, IMPRIMEUR S* A* 203, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, A PARIS-VIII, LE VINGT ET UN MAI MIL NEUF CENT CINQUANTE ET UN POUR LE COMPTE DE LA LIBRAIRIE MALOINE
Exemplaire N° 108