Hippolyta: Poems
Toute science n'est qu'en toi, Source du vrai, miroir du monde, O sagesse intime et profonde, O grave abri, pauvre cher Moi !
Savoir, c'est traduire son âme...
Quand l'homme cherche à l'opprimer.
C'est pouvoir libérer la flamme Et répandre et la faire aimer.
Je n'ai vécu que pour l'amour, Le pur amour, l'Amour lui-même...
Ai-je bien perdu ma vie un seul jour Si toute ma vie était mon poème !
Et que saurait perdre l'Amour ?
Ne gagne-t-on pas tout le temps qu'on aime i
Le meilleur de la femme est moins Ce qu'on lui ravit que ce qu'on lui laisse... Ah ! comme on éprouve une àme, de loin, Bien mieux qu'à trop tôt goûter son ivresse !
Et comme savent de longs soins /
Mûrir la plus longue caresse...
Je ne regrette que l'espoir
Qui faisait ma mélancolie.
L'espoir douloureux que mon jeune soir Va traitant déjà d'heureuse folie...
— Mais te voici le désespoir.
Cœur trop apaisé 1 la douleur t'oublie !..
Toutes celles que f aimai (Tamour Ne comprenaient pas comme moi f Amour, Ne le croyaient point (Tessence immortelle, Pour ne pas asse\ croire en Dieu,
Celles qui ni'ont rendu mon amour,
Hélas f me Vont rendu tout autre
Que je le leur avais donné.
Et, le jour de la lassitude,
Elles s'^ étonnaient que, nous-mêmes
Ayant cessé tous deux de nous aimer,
Moi je crusse toujours à V amour immorteL
Oh t douces colombes touchantes,
Qui n^avei de pensée hors V unique souci
De V instinctif amour qui passe,
ir I P P O L Y T A
C'était un soin trop fort pour vos légers cerveaux
De vanité f de grâce et de tendresse y
Que cet amour de V immortel Amour^
Cette lueur toujours fuyante
De la face de la Beauté^
Vivante^ illusoire^ divine^
Qu^à travers les halliers de vos sourires
Poursuivait mon cœur obstiné»
IIIPPOLYT A
Cœur sombre, douloureux, égoïste, mon cœur !
Tourmenté de l'orgueil qui noircit toute flamme, Quand n'aimeras-tu donc que pour donner ton âme ? Quand t'humilieras-tu, misérable vainqueur?
Aveugle ambition d'un empire éphémère.
Espoir de commander où domine la mort.
Lamentables travaux payés de gloire amère.
Lorsque aimer pour aimer est si doux sans efifort !...
La vanité du monde emprisonne tes rêves.
Tes rêves d'autrefois, ô mon cœur libre et pur ! Quels desseins ténébreux sert l'éclatante sève Qui fit s'épanouir tes rameaux dans l'azur?...
Comme un désespéré considérant ses armes Et tremblant tout à coup à douter du néant.
Reviens à ton passé qui, te rendant les larmes, T'en rebaptisera, pauvre éternel enfant !
Oh! la douloureuse musique t,..
Que de pâles fantômes tristes Elle fait se lever au lointain de mon cœur!
Et, sous tant de parfums et de lueurs Cueillis par les chemins du monde, Que de fois ce frisson rythmé sur V éternel y L amour, amer et doux arôme d'infini, Et suave et poignant vertige /...
En toi, mon cœur^ insatiable inconsolé,
Combien de lieux et de soleils étranges
Ont éveillé la même nostalgie f
Combien de senteurs endormies
Sont prêtes à surgir de V orgueilleux passé
Avec les formes séductrices
D^oii s'exhalait leur âme indifférente,..
Mais, ce matin, quel sortilège !
Voici tous les parfums de ma Provence, Essences de rêve ou de songe ^ Ame éclatante ou cœur secret.
Que me rapporte tour à tour Cette musique douloureuse :
Eucalyptus des rivages de Cannes^ Aubiers du Rhône, oliviers de la mer, Platanes des champs d'Avignon, Pêchers en fleur du pays d'Arles, Amandiers subtils desAipilles, Orangers, mimosas^ cassies^ Roses, œillets, toujours éclos Aux jardins de Nice-la-belle,.»
Mes désirs tout miles aux odeurs de la terre Ressuscitent pour moi dans ces sons de langueur. Je me sens défaillir.,, pour évoquer encore Ces fihvres de jadis en moi jamais éteintes,..
Je ne finirai pas cette heureuse journée,
Amie au cœur charmant, Sans rendre grâce aux Dieux de me l'avoir donnée,
Sereine en son tourment.
Vos yeux ont su verser à mon âme étonnée
Un tel enchantement, Qu'elle se sent par eux encore environnée
Après l'éloignement.
Si doux, si purs, ces yeux, dans leur lointain d'étoiles ! Verts joyaux d'infini, scintillant sous les voiles Des cils tremblants, audacieux ;
Si pleins du sortilège où vous rayonnez toute. Que ma vie égarée a confié sa route Aux deux astres mystérieux.
O vierge au regard fort, jeune Hellène héroïque, Déesse aux membres fins, vase de majesté, Ton être harmonieux est la lyre pudique D'où les frissons d'En haut font jaillir la clarté !
Mais ta démarche altière, ineffable musique, Au rythme de la grâce a trahi la bonté.
Et j'exhale à tes pieds, timide et magnifique. L'hymne qu'aura mon cœur pour Toi seule chanté !
Or, le pli d'un sourire a paru sur ta bouche. Qu'un éclair d'ironie a fait soudain farouche... L'espoir s'est-il trop tôt glissé dans mon transport?
Faut-il que la Beauté, pour rester toujours belle.
Règne dans l'impassible, ou, volontiers cruelle.
Ne se rende à l'Amour qu'en passant par la Mort?..
flIPPOLYTA
Mon cœur ayant soupiré, Mon âme entendit sa plainte, Et, par la pitié contrainte, Elle s'attendrit sans feinte Sur ce doux cœur éploré.
— Cœur si dédaigneux naguère, Alors, tu souffres, pourquoi?
— Parce que je désespère, Plus que jamais solitaire.
Amour s'étant mis en moi.
HtPPOLYTA
Si vous passez, un jour, entrez, Fleur de mon âme, En Taustére demeure où ne règne que Vous, Objet de vœux ardents, mais vierges de tout blâme, Enfant dont le nom seul à rêver m'est si doux !
Vous trouverez présente, éparse en mille choses, La grâce dont un cœur servant de son désir.
Vous reflétant subtile en vos métamorphoses, A su multiplier le constant souvenir.
— O pur souci d'orner, comme pour sa venue.
Le temple que remplit l'âme de la Beauté, Qui, déjà hanté d'elle et sans l'avoir connue, Tressaille au seul espoir d'en être visité ! —
Vous trouverez surtout, aux lèvres de silence,
A la pâleur, aux yeux timidement baissés.
Le bonheur ineffable et la tendresse immense...
O Vous, tout ce que j'aime, entrez, si vous passez I
J'avais si peur de vous aimer Que j'épiais le moindre geste Qui pût mettre en vous un prétexte A ne me laisser point charmer.
Mais la grâce est si souveraine Dont rayonne votre beauté, Que le rythme magique entraîne Tout mon être à cette clarté I
Des plis onduleux de la robe Aux frisons tremblants des cheveux, S'exhale un aimant qui dérobe Leur vain mystère à mes aveux.
Je vais trahir mon espérance ;
Mais vos yeux rencontrent mes yeux.,
L'émoi me fait silencieux...
Et c'est une exquise souffrance.
11 IPPOLVTA
Dans ce trouble délicieux Où l'âme s'exalte et s'affine Devant la beauté qu'illumine L'ardeur du sourire et des yeux,
Le jeune amour, l'amour vivace, Descendu de Vous en mon cœur, L'emplit d'un si vaste bonheur Que plus rien n'y trouverait place.
Vous ne saurez jamais rineflfable poème, Tout ce charme troublant de crainte et de candeur, Qui rayonnait hier de ce divin Vous-même, L'aurore de la gloire et la jeune pudeur.
L'heure me fut sublime où, pâle de Tattente, Je vis un doux fantôme au loin se révéler, Où de la forme blanche et pure et palpitante, J'entendis, comme on rêve, une âme s'exhaler.
Et c'était Vous, gracile et forte messagère D'un Olympe de neige aux splendeurs de soleil, Qui, dans le chaste éclat d'un rythme de lumière, Apportiez à mon cœur l'aube de son réveil!
— « Mais votre Muse a Tair méchant \ * S'écria la pauvre jalouse En apercevant le portrait^ Le portrait de ma bien-aimée.
Ce portrait que^ parmi vingt autres^ J'avais négligemment cachéy Mais qu'elle reconnut bien vite A son plus rare encadrement.
— « Que dites-vous ?.., » lui répliquai- je, « Le jeu plaisant de dénigrer « Toutes les femmes qu'on admire ! » Et je risj mais en pâlissant.
— « Vous les voye^ toutes parfaites^ Vos beautés j aveugle amoureux t »
— « Moij r aimer?,,. Ah! vous êtes folle, »
Et je rougis d'avoir menti.
l6 HIPPOLYTA
Elle avait senti tout mon trouble ; Elle partit en soupirant ; Et moif jusqu'au soir je fus triste D^ avoir renié mon amour.
Elle n'a jamais cru sincère La molle insouciance où je pensais duper
Son amour, que je désespère, Celle qu'un douloureux désir m*a fait tromper...
Elle m'écrit, l'infortunée, Avec des pleurs de sang que j'aurai fait couler,
Et sa tendresse abandonnée M'a presque reconquis à l'entendre pleurer...
« — Je n'ai pas su t'aimer?... Ce reproche m'accable I Puisque je ne pouvais, moi, t'aimer qu'à demi ?... Ton désir, lentement, s'est alors endormi...
Je la sens froide et misérable.
Votre excuse, mon pauvre ami î
« Ah! si ce n'était plus qu'une douce habitude.
Cette tendresse de mon cœur, Souffrirais-je, de si mortelle inquiétude, A sentir m'échapper mon bien et mon bonheur I
l8 HIPPOLYTA
« Hélas ! ce mouvement de haine et de colère
Dont croît sans cesse le courroux, Pour tout ce qui peut hors de moi vous plaire,
Et qui porte en moi tous ses coups,
Qu'est-ce donc, sinon la misère,
Le désespoir d'un cœur jaloux!
^. Mais vous réclamez Tindulgence?...
Pauvre psycholoorue honteux.
Vous ne pouvez donc croire à cette indifférence Dont me blâme de tous ses vœux Votre dédain de ma souffrance!...
^ Ah ! je n'ai pas le droit, pour qui m'aime vraiment. De céder sans scrupule à si lâche tourment.
Ma confiance, hélas ! est ébranlée
Et ma paix à jamais troublée:
Un éternel souci me hante désormais Sitôt que je suis loin de tout ce que j'aimais...
— Allez donc, ami cher, où le destin vous mène ! Interrogez pourtant votre âme... et son bonheur. Et puis, souvenez-vous, dans vos instants de peine. Que l'amour réciproque est un don du Seigneur, Une fleur délicate éclose à son sourire.
Dont le soin, pour notre âme, est la suprême Loi... >
— Et je relis la triste lettre et je soupire : Est-ce moi qui fais tant de mal, est-ce bien moi?...
Est-il plus doux, mon cœur, d'être aimé que d'aimer ?
Si j'écoute ma chair qui souffre et se lamente.
D'un insensé blasphème est-ce pas blasphémer,
De douter que Tamant qui s'unit à l'amante
Ait le plus pur des biens que l'homme ait pu nommer !
Hélas ! le vain bonheur après quoi se tourmente Une âme au trouble acquise, au repos inclémente, Ne vaut pas ce foyer toujours inconsumé.
Flambeau, raison de l'être en sa fureur démente... — Il est plus vrai, mon cœur, d'aimer que d'être aimé.
5/ profonds est ta vie en tnoi^ Que rien ne m^y saurait soustraire .. Une autre parfois peut charmer Une heure de doute et de peine ; Elle ne distrait qu^en passant Cette âme de toi toute pleine.
Oui, Je me sens tout oublier y Si doux que fut le sortilège, De ce qui n'est pas tout mon être Dans sa pensée et dans son cœur.
De ce qui n'est pas tout Toi-même Dans la promesse de V Amour,
Elle a passé, comme un doux cygne hlanc^
La pauvre visiteuse amie.
Sur le lac indolent de ma mélancolie, fai tressailli plus que je n^ osais croire.
Mais son sillage allait si loin s^élargissant Que fen ai bientôt perdu la mémoire,,.
irrPPOLYTA 21
Il pleuvait, ce matin d'hiver, Il pleuvait à Nice la blonde...
Avez-vous rien vu de plus triste au monde Qu'ici cette pluie et ce ciel de fer ?
Une musique lamentable Secouait, en bas, ses sanglots ; Lugubre, accoudé sur ma table, J'entendais déferler ses flots.
Et je regardais s'obstiner ma vie Aux rivages vains d'un douteux bonheur...
Au rythme de mélancolie J'écoutais sangloter mon cœur.
Et toujours aussi lamentable, La pluie, en ce matin d'hiver.
Du poids de tout ce ciel de fer Pesait sur mon cœur misérable.
HIPPOI.YTA
Oh ! paroles d'amour, divin mensonge
Qu'à longs traits buvait sur mon sein
Sa chère tendresse éperdue,.*
Ses larmes s'éclairaient maintenant d'un sourire
Et ce cœur qui voulait renaître,
Ce doux cœur meurtri renaissait.
— C'est donc moi qui f ai fait souffrir,
O ma chère âme l ne crois pas
Distraits mes yeux, ni menteuses mes lèvres:
Ne regarde pas, n'entends pas t
N'écoute que ce lourd battement de mon cœur :
Tout le passé f implore en lui I,..
Je la tenais dans mes bras, frémissante ; Mais le bonheur n'éclairait pas ses yeux.
Un lourd souci pesait sur son front pâle ; Une angoisse épiait mes paroles, mes gestes, Pour y surprendre, hélas ! l'ombre d'une autre. Le reflet du nouvel amour.
HIPPOLVTA
Soudain, je vis luire deux larmes
Aux douces paupières gonflées.
Et puis un lourd sanglot jaillit de sa poitrine
Qui la secoua toute sur mon sein,,.
Comme elle gémissait déco u rageusement, Pauvre tourterelle blessée! Comme elle pleurait son beau r-êve !
Ce rêve y le nôtre jadis,
Que, sans pitié, mais sans cruauté certes , J'avais fo u lé^ blessé ^ perdu , Dans Vinnocent orgueil d'un implacable amour,.
niPPOLVTA
Dans l'attente du bien -aimé Elle a gardé son âme fière; Sa beauté veille tout entière Dans Tattente du bien-aimé.
Rien n'a terni ce lys fermé, Rien n'a troublé cette lumière ; Dans l'attente du bien-aimé Elle a gardé son âme fière.
Dans l'espérance de l'amour Elle a souffert la solitude ; La paix fut son inquiétude Dans l'espérance de l'amour; Mais l'espoir crée une habitude Où la bonté fait son séjour...
Dans l'espérance de l'amour Elle a souffert la èolitude.
Il I P P L V T A
Et dans le rêve du bonheur Son âme s'est épanouie ; Et, toute crainte évanouie, Elle s'est offerte au bonheur !
C'est la patiente douleur Qui fait la vertu réjouie, Et dans le rêve du bonheur Veut toute l'âme épanouie !
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lirPPOLYTA
Si tu savais ta beauté.
Ta beauté sainte et supetfee,
Tu goûterais la fierté
Qui fait s'exalter mon verbe,
Frémissant à ton côté.
Et sentant palpiter l'ombre Des Amantes de jadis, Pour qui la gloire du Nombre A changé l'Erèbe sombre En triomphants paradis ;
Et songeant que tout poème Qui fixe un amour suprême A droit à l'éternité.
Tu m'aimerais... pour toi-même, Si tu savais ta beauté î
HIPPOLVTA
Pourquoi faut-il t*aimer chaque jour davantage
Et pourquoi souffrir toujours plus
De la grâce de tes refus? O fière adolescente, ô fleur pure et sauvage, O mystique miroir de mon âme d'amour !
Tes chères mains qu'un contact effarouche ; L'effroi subtil dont un mot de ma bouche,
Un seul mot tendre et sans détour
Qu'elle murmure à ton oreille, Fait, aussi redouté qu'une approche d'abeille,
Rougir et pâlir tour à tour Ton front, ta joue et ta lèvre peureuse;
Ce vierge amour de liberté,
Ce rêve ingénu de beauté.
Cette candeur de soi-même amoureuse.
Tout en toi fait mon âme heureuse et malheureuse,
Clair trésor, douce vénusté !
J'ai mon pire ennemi, /i, dans ma chambre j Tout près de moi, qui sans cesse m'épie.
Cet ennemi y c'est mon miroir.
« Approche-toi! » me sourit-il De son eau froide, tentatrice. « Commentj vieil enfant^ pauvre fou, Avec ces yeux mélancoliques, Et ce front désert, et déjà ces rides.
Tu ne crains pas S aimer encor /... > Mais je me détourne et je songe Amèrement: Qui fera donc jamais Pour le cœur un miroir aussi.,.
Nous nous y verrions toujours jeunes !
Si tôt que je t'ai vue, heureux, malheureux jour ! J'ai désiré faire de toi tout mon amour,
O jeune fille !
Maintenant, ballotté de la crainte à Tespoir, Rien ne m'est plus que le souci de te revoir.
Ma jeune fille !
Tout est décoloré de ce qui luit sans toi
Aux yeux de ma raison comme aux yeux de ma foi,
O jeune fille !
Plutôt qu'y renoncer ou que m'en repentir.
Oh ! mourir de mon rêve, oh ! m'y anéantir,
Ma jeune fille !...
Je t'aime parce que je t'aime, Et que f aimer est ma douleur, Mon amour étant tout moi-même, Ma douleur étant tout mon cœur.
Je f aime pour le bien d'ivresse Qui rayonne de ta beauté, Pour l'être fier qu'elle confesse.
Et pour son bien de charité.
Je t'aime pour goûter la vie Et n'en désaltérer qu'en toi Une ardeur jamais assouvie, Source de vie où va ma foi !
Je t'aime, ô frais miroir du monde, Que rien du monde n'a terni.
Pour Tâme ingénue et profonde Où tu reflètes l'infini.
L'affreux cauchemar, Todieuse angoisse...
Deux mots de sa main ont tout dissipé.
Cher petit papier que ma lèvre froisse, Que mes pleurs de joie ont déjà trempé !
fout un avenir d'amour sans souffrance Où mon âme encor pourra s'envoler...
J'avais tout perdu, perdant .l'espérance :
Qu'il en fallait peu pour me consoler !
Deux mots de sa main m'ont permis de vivre !
De quel poids brûlant s'allège mon cœur...
Humble illusion, mais dont je m'enivre :
Un peu d'amitié pour tant de douleur !
32 HIPPOLVTA
Je suis tout, je sais tout, que Vâme est inconstante, Si longtemps qu'elle mUe à V Amour ses amours , Que les feux du désir finissent enfumée; Que V ivresse de chair du dégoût est suivie; Que la trame du songe est faite de nuées Et qu^au terme du r^ve est V odieux réveil!
Et pourtant, et pourtant, je te donne mon âme. Toute, et sincère, et nue, ô toi qui n'en veux pas ! Riche de la candeur qui ressuscite en elle, ' Pour f avoir reconnue en f ayant regardée!
Mon âme d^autrefois^ timide^ humble, ingénue. Dont, même devant Dieu, je ne rougirais pas.
D'où me vient cet air de jeunesse Qui me met tant de flamme aux yeux ?
A quel bienfait mystérieux Dois-je ma soudaine allégresse ?
Est-ce une gloire, est-ce un bonheur Dont le flux inonde mon âme?...
Ce n'est qu'un sourire de femme Qui remplit d'ivresse mon cœur.
Oh ! rien de plus, rien qu'un souriiNe ; Mais j'avais si longtemps souffert !
Ce cœur, si simplement offert, S'affligeait qu'on pût le maudire...
M 'ayant permis de la revoir, Elle a souri, la bien-aimée.
Et sa rigueur tant blasphémée Va m'étre la source d'espoir !...
— De ces yeux froids, ces yeux de glace, Ne me regarde plus jamais ;
Mais de tes doux yeux que j'aimais, Ceux dont le ciel t'a fait la grâce.
J'ai tout oublié, mon amour!...
Si mon désir connut ta haine.
Tes vrais yeux ont noyé ma peine ;
— ïu peux l'oublier A ton tour.
IIIPPOL YTA
Pourquoi tenir si fort à ce qu'on sait fragile î Amants désespérés <||>rés un moindre espoir, L'amour que vous portez est un vase d'argile Qu'un frisson de vos mains suffit à laisser choir.
Mais l'infini de l'àme est dans ce faible espace ; L'être a connu le ciel, qui s'y sent enivré ! Si le divin parfum n'est qu'un souffle qui passe. On ne veut pas mourir sans Tavoir respiré.
Je vous ai vUe, un soir; l'arôme de prodige Dans son enchantement a su me renfermer.
L'ivresse était bientôt un douloureux vertige Et, depuis ce temps-là, je meurs de vous aimer.
iïlPPOLYTA
Je te donne mon cœur :jll est toute ma vie... Prends-le... ne le prends pas... je te donne mon cœurl Pour tout bonheur, j'aspire à t'avoir bien servie. Est-ce trop demander ? Laisse-moi ce bonheur.
Un jour, qui sait î songeant combien rare est la flamme Où survive Tor pur si prompt à se ternir, Tu jugeras Tardeur loyale de mon âme, Digne de son espoir et de ton souvenir.
Alors, Source de grâce au sourire illuscâre, Peut-être voudras-tu, réfléchissant mon sort, Me laissant Rapprocher, me permettant de boire. Désaltérer Tamour qui sut braver la mort.
niPPOLYTA
Dans les champs dévastés où le grand Passé dort,
Parfois un voyageur, épris de découvertes,
Distingue sur la lande un coin d'herbe plus verte
Et, songeant que, puissante à défier le Sort,
A persisté la vie en la matière inerte.
Il exhume une tombe où sommeillait un mort.
Dieu sait le vain désir où s'épuise mon âme !...
Celle qui se refuse à me porter secours,
Pour douter qu'il survive à sa première flamme,
Revenant au passé, sentira, quelque jour,
D'un cœur mort à l'espoir mais trop fier pour le blâme,
Prête â jaillir encor, l'étincelle d'amour!
Oh ! h tristesse des masques,
Quand on a le cœur en deuil î,,.
Pourquoi mUnsulte^-vous en profanjnt Vamour,
Grossiers simulacres de joie!
L amour? Hélas î quel est ce faux dieu qu'on adore!
— Amour, amour empoisonneur,
Quel crime expiai"] e par toi,
Pour ainsi faire amèrement souffrir
Un cœur qui vivait de mon cœur,
Cruel amour, frère du désiionneur ?..,
Ouandy seul avec toi, Je 7n afflige.
Pour une qui ne m'entend pas,
Il en est une autre qui pleure
Jl me sentir si libre d'elle.
Depuis que tu commandes à mon âme,
O tyran sans pitié dont /accepte la loi
Plus dure qu'une loi de haine.
Et qu'est'ce que cet amour sans amour ?
Ce désir pervers qui ncst que d'orgueil?
Puisque être aimé guérit d'aimer!.,.
ItIPPOLYTA 39
— Vous, cependant i chère âme aimante.
Vous qui m'ave^ gardé la tendresse ingénue, V amour premier d*un cœur fidèle et pur.
Fautait Hre asse{ fou dans ma fureur démente, Pour préférer au bien qui pour moi veille en vous. Tant de mal qni vient tune autre ^ De la chère ennemie à qui va tout mon cœur...
Oh ! ces jours odieux, ces jours de carnaval.
Lugubres, faux, sinistres.
Qui secouent sans pitié
Sur mon cœur douloureux leurs grelots d^ ironie,
Leurs épais tambours de mensonge,
Leurs cymbales dé désespoir L,.
40 IIIPPOLYTA
Faut-il désespérer, dites, ma jeune fille?
J'ai cru lire en vos yeux comme un apaisement, L'approche du sourire et du consentement, L'aube d'une tendresse où le désir scintille.
Faut-il désespérer quand je vois dans ces yeux La pudeur qui vous fait si farouche et si belle S'unir à la bonté, qui la sentait rebelle.
Pour n'exhaler en vous qu'un hymne harmonieux?.
O vous, ma jeune muse ardente et solitaire, Qui tenez sous vos yeux l'empire de mes jours, Quand, pour un monde vain, j'ai sauvé le mystère D'une amitié dont vous désirez taire La tendre indulgence envers mon amour,
Hippolyta, ma déesse hautaine.
L'acier de vos regards qui double
De son miroitement les doux fers de ma chaîne, L'acier de vos regards me trouble
Comme une onde aimantée aux jeux de la sirène.
Hippolyta, tyrannique pensée D'une volonté trop prompte au soupir.
Dans le souci de vous avoir blessée Du seul regard d'un obstiné désir, Et si bonne pourtant, Hippolyta, ma vie.
Qui savez apaiser avant qu'on s'humilie !
Ne me punissez pas, si j'ai pu vous déplaire, D'un plus dur châtiment que du regard sévère Que déjà votre lèvre adoucit d'un sourire...
42 H IPrOLVTA
J'ai si peur, chaque fois que de vous je m'exile, D'avoir à mon insu démérité peut-être, Et de vous mal comprendre, A mon doux évangile I... — Or ce soir, pauvre fou qui t'aime comme un sage. Gardienne d'idéal dont mon cœur est le prêtre. Je dépose à tes pieds ce gui, durable gage De l'humble attachement tenace aux rameaux verts Dont est mon patient espoir le témoignage, Sœur de ma race, ô source où puise mon courage, Hippolyta, druidesse aux yeux clairs!
Par ces temps noirs y si tu in' ai ma is^ Ces jours froids de pluie et de brume y Nous pourrions dissiper ensemble La dissolvante nostalgie,
Vun près de Vautre, dans ta chambre.
Parmi les livres et les fleurs.
Mutant le songe à la musique, Et tous les flambeaux allumés,
Nous vivrions Voubli des heures.
Nous aimant sans nous Vavouer, Nous sentant d\iutant plus fidèles Que ne nous lie aucun serment,
Heureux de la seule présence, Dans V accord des m$mes désirs.
Et ne consumant pas nos joies A préparer le lendemain /...
44 TIIPPOLYTA
J'ai la folie
De ta beauté !
Rt rien que pour orner ta vie, — Si mon amour était compté A ta couronne de clarté Comme un fleuron de poésie, — Sans plus d'espoir, sans plus d'envie, Je souffrirais dans ma fierté Tous les tourments de jalousie.
Mais tu repousses durement Et le murmure de ma plainte Et le silence où ma contrainte Pleure si douloureusement.
Faut-il donc mourir, pour le crime De t'avoir rencontrée un jour, Sans avoir pu, beauté sublime !
Empêcher de naître l'amour?..
J'ai senti dans ma chair Taiguillon d'amertume, La blessure béante au désir sans appui, D'où surgit à l'amour que l'angoisse consume L'instinct que T'étre aimé s'est détaché de lui.
J'ai senti dans mon cœur la mort d'une espérance Où tout mon idéal rêvait de s'assouvir.
Hélas ! et j'ai perdu la foi dans ma souffrance, Ni mon cœur ni ma chair ne pouvant rajeunir.
46 HIPPOJ.VTA
Eh bien! non, vous mentez ; ma conscience veille;
C'était trop souffrir, je vois désormais !
Mon cœur et ma raison ne croient plus mon oreille Vous me haïssez trop pour ne m'aimer jamais !
Pourriez-vous donc jurer que ce malin mystère, O cœur passionné ! la haine par amour, Le seul bien de vous que j'espère, Ne livre son secret un jour?...
Kîen ne sert mieux Tamour que le mal qui Tabuse :
J'ai cru longtemps à ce haineux dédain ; De faiblesse aujourd'hui son beau serment l'accuse ; Ma tendresse l'opprime, il se défend en vain... Rien ne se promet mieux que ce qui se refuse. Et jamais veut dire demain !
ItIPPOLYTA 4;
Oh I qui me guérira mon cceur, Mon cœur si triste et si malade t.,.
Pauvre enfant , qu^as-tu fait de moi ?
Qu'' as-tu fait, sans y voir malice , De ce cœur y ce pauvre cœur d'homme, Hier encor si fort et si fier ?
Ah! mes beaux yeux, mes douces lèvres.
Mes pures lèvres d" infini l
Ce front blanc sous tes cheveux d'ombre,
Cette taille lente et légère,
Tes bras frais, ta souple poitrine
Et tant de charme et de bonté
Parmi ta jeunesse adorable !
Car que n'aimais^je pas en toi ?..
Tout de toi possédait mon être, O rythme tendre et ingénu Et si sûr, ô ma jeune fille î Mais ce regard et ce sourire t Et toujours ces lèvres^ ces yeux f-'t
HTPPOLVTA
Je le saiSf hélas ! je le sais, Tant d^amour n'est pas sans désir Ni tant de désir sans orgueil.
Et fai péché contre mon rh)e :
Tout mon idéal pleure en toi,..
Pardonne^ chère âme, pardonne !
Si fai pu souffrir sans vertu, Je sais m* hum Hier aussi ; Mais n* exige pas qu'à toi je renonce:
Autant demander que je meure.,.
Ecoute, Songe de mes rêves !
Si je faime plus que ma vie,
Punis-moi de te V avouer,
Mais laisse l'amour, dans mon âme^
Brûler silencieusement :
Tu ne parviendrais à t éteindre!
Je faime d'un amour étrange, ô mon amie!
Sa flamme est une fleur vivace Qui se nourrit des profondeurs de moi.
Et qu^aucun souffle humain, sans doute, Ne saurait troubler ni ternir.
Elle a poussé si loin ses fibres dans mon être, Cette fleur de sang et de feu, Si doucement elle a su rayonner^
Que par V odeur subtile aux sources de mystère. Rien, plus rien ne survit que d^elle.
En mon cœur comme en mon esprit!
HIPPOLYTA 4g
Pour la seconde fois, une insensible amie A maudit ta plainte, ô mon cœur !
Et je m'en vais traînant au dehors, sous la pluie, L'amer fardeau de ma rancœur.
— Pourquoi me repousser ainsi? Quel est mon crime?
L'aimer mieux que d'autres, l'aimer !...
Et sous mes airs fâclieux d'éternelle victime
Oser en vain me consumer...
Agitant ces pensers d'un tourment sans issue.
J'arrivai devant la maison D'une femme autrefois bien chère, et disparue
Au lointain de mon horizon.
J'entrai, timide un peu. — Est-ce bien vous ? dit-elle,
N'étes-vous donc plus amoureux?
— De toi, toujours ! — Menteur! Je sais... l'enfant est belle
Et vous passez pour un heureux!
IIIPPOLYTA
... Et, les yeux dans les yeux, voulant savoir, savante.
Pire qu'au temps où je Taimais, D'une voix tout ensemble hostile et caressante,
D'un regard qu'elle n'eut jamais,
Elle sollicitait si bien la confidence De mon secret, si tendrement, Que j'assoupis près d'elle, une heure, la souffrance Dont je meurs immortellement.
C'est vainement qu*à chasser de mon âme L'âpre souci qui Texalte vers toi, Tu t'efforceras, chère femme î Ta pensée est ma foi, Ton amour est mon roi, Pensée, amour, ne sont que Toi Dans Téternité de mon âme !
J'ai tant souffert que j'aime ma souffrance, Compagne amére et fidèle d'un cœur Qui ne connut pas l'espérance.
Mais chaque nouveau pleur Avive en ma douleur Ton image, o fleur de mon cœur !
Et Tespoir naît à ma souffrance !
IIIPPOLYTA
J'ai toujours les yeux prêts aux larmes Quand je songe à toi, chère enfant î De moi-même, hélas ! rien ne me défend.
Rien que ces pauvres bonnes larmes, Mes dernières, mes molles armes Contre un désespoir étouffant.
Une fois pourtant, une fois, rien qu'une, J'ai bien cru que tu m'aimerais.
Le cœur de la femme est plein de secrets î J'attendais trop de ma fortune !...
Tu me ravis une par une Tant de grâces que j'adorais.
Quel beau rêve, hélas ' j'avais fait de toi ! N'était-il si beau que pour être un rêve!...
Tout bonheur trop fort qui s'achève Nous laisse meurtris, c'est l'humaine loi.
Si du feu d'espoir la lueur fut brève.
Je sens sa brûlure incurable en moi.
Allons, sois plus fort, sois d'un homme, Mon cœur, c'est assez de soupirs !
X'as-tu pas ta jeunesse, en somme, Et ta vigueur, et l'avenir !
Et l'orgueil, l'orgueil qui fait vivre !
Vivre pour soi vaut bien l'amour...
Allons, poète, ouvre tes livres Et distrais ces soucis d'un jour !
Mais tout ce courage est fumée...
Déjà je sens, l'esprit hagard, Faiblir mon cœur, ô bien-aimée, Au souvenir de ton regard.
Je supporterai tout de toi,
Puisque je t'aime, Et j'humilierai dans ma foi
Ma fierté même.
Je saurai taire ma douleur
Devant toi-même, Je saurai bénir mon malheur
Puisque je t'aime...
Pourrais-je suivre une autre loi
Que ta loi même, Puisque c'est toi et rien que toi
Tout ce que j'aime!
La viole d'amour du crépuscule M'a pénétré, ce soir, au fond du cœur, Comme un susurrement de libellule Dans le calice endormi d'une fleur.
Elle y a réveillé ta vive image Qu'enténébrait Texcès de mon chagrin, Cruelle enfant à Fadoré visage, Ame tumultueuse au front serem.
Mais que s'est-il passé dans tout mon être, Puisque, t'ayant gardé la même foi.
J'ai pu, sans trop souffrir, te reconnaître... — Est-ce toi, mon aimée, est-ce bien toi ?
56 HIPPOLVTA
O iihi siinbrc^ ô mon amicj
Chcrc âme de ma vie nouvelle^
Que je te sens près de la vérité !
Comme ta voix, restée fidèle
Aux premiers sentiments ingénus de ton être y
Est doucement vibrante encor
De sa surprise heureuse et toute pure
Devant réveil des choses à ton regard d^enfant !
Nulle autre avant toi ne mouvait donné
La blanche ivresse et la joie savoureuse
De cette émotion vierge de la vie
Devant la vie universelle ;
Nulle surtout ne ni' était apparue
Aussi libre devant V éternel esclavage
Qu'est ce monde sot et méchant
Pour toute âme qui 5> soumet ;
Nulle aussi digne enfin d^un amour sans réserve
Pour se découvrir, sans feinte candeur j
Aussi ingénue j aussi nue.
IIIPPOLYTA i.'J
Chère âme aimée au doux visage.
Je sens qu^à te comprendre ainsi
Je te mérite davantage.
Je sens, je crois que les raisons de mon amour
Sont de celles qui persuadent,
Apportant à la fois les douceurs nécessaires
D^une ardente et humble tendresse
Et les fiertés d'un juste orgueil.
58 IIIPPOLYTA
— D'après un thème populaire —
Quand je baisai vos yeux dans Tombre, Au crépuscule, seuls tous deux, L'air était muet, le ciel sombre.
Nul ne sut que j'étais heureux.
Mais une étoile, la première, Déjà brillait au firmament.
Je vis tressaillir sa paupière D'un envieux scintillement.
Et, songeant que la mer est femme, Elle dit mon secret au flot, Et le flot le dit à la rame Qui le redit au matelot.
Et le matelot vers sa belle, Ses filets lourds de goémons, Accourut, criant la nouvelle...
Pour l'univers, nous nous aimons !
IIIPPOLYTA 59
— Est-ce Toi que j'aime ou le seul Amour ?
Ah! je n'ose affronter ma conscience...
La haine parfois m'est telle souflFrance Quand elle succède à son tour Au flux de la tendre espérance, Que je ne puis douter que je t'aime d'amour...
— Et pourtant, Amour, et pourtant, Ta pure pensée à ma chair se mêle,
Dans le lâche désir et dans l'esprit rebelle, Depuis tant de jours, si profondément, Que tout fait de moi ton fidèle amant...
Amour, ô triste amour, servitude éternelle!
6o II I P P O L Y T A
Quel âpre souci fait tes yeux plus sombres,
Sévère beauté, Qui voilais hier, sous leurs jeunes ombres,
Si vive clarté !
Quel tourment secret sur ton doux front pèse,
O sereine enfant ?...
Ta souple poitrine halète au malaise
D\in songe étouffant.
En ta grâc<* rôde ot souffre un scrupule.
Lourd nuage sur ta fierté.
Comme cette angoisse du crépuscule, Qui fait accablants certains soirs d'été...
Ne cache plus à ma tendresse L'inquiétude amère de ton cœur.
Je meurs de tout ce qui te blesse ; Mais l'inconnu m'en double la douleur.
Pour me punir ainsi par Tignorance, Me ravis-tu jusqu'à ton amitié?... Ce froid dédain que me rend ta pitié Fait agoniser ma souffrance !
Comme je revenais de che\ la bien^aimèe,
(Si rare pour moi désormais î)
Par les quartiers populeux de la ville^
Avec mon viatique de souffrance ^
De la voiture close où f étouffais mes pleurs^
Af apparut soudain, éclair dans la nuit,
Le buste souple et fin, le doux geste gracile
D'aune jeune servante penchée.
Elle versait à boire à de bien pauvres gens,
La taverne était sombre et délabrée ;
Mais de ce simple mouvement de jeune fille
S' exhalaient telle grâce et tel parfum.
Que je crus sentir sur mon âme
La consolation d^in peu de beauté,
V encouragement de la Vie,,,
>0!.VTA 63
Résigne-toi, mon cœur, et t'abandonne aux larmes
Pourquoi lutter en vain ?
La jeunesse est cruelle et rien n« la désarme
Que sa souffrance ou ton dédain.
L'orgueil de la beauté méprise la tendresse,
Comme un lys radieux Méprise la rosée où s'avive sans cesse La sève qui l'érigé aux cieux.
Un jour vient, toutefois, que la tête moins fiére,
S'inclinant vers le cœur, Implore de la bonne humilité première Un réconfort dans la douleur...
Rien n'est irréparable où le cœur vit et veille :
C'est le profond destin Des êtres que l'amour alimente et conseille, De s'y régénérer sans fin.
Oh ! ton sourire, oh ! ta beauté, Quand je te revois, mon aimée !
Et puis, oh ! cette dureté Qui glace mon àme pâmée...
As-tu donc mépris de Tamour, De l'amour qui blesse et qui souffre, Qui rit et gémit tour à tour.
Qui flotte de Tazur au gouffre?...
As-tu peur, plutôt, des douleurs.
De la joie où Tespoir se leurre, Et de Tallégresse qui pleure ?. .
As-tu donc si peur de nos cœurs !...
LU
Oh ! qui te cueillera, fleur farouche, fleur pure Et si riche d'éclat et d'éblouissement, Qui sais, restant fidèle à la simple nature, Griser les plus subtils d'un trouble enchantement...
sœur de mon esprit, compagne de ma race, Qui me rendra jamais ce que je perds en toi.
Tout ce mystique amour, — suave, austère grâce En quoi se rejoignaient ma raison et ma foi...
Alors, tu m'as quitté sans retourner la tète ?
Sans prendre garde à tout ce que tu perds en moi?..,
Ta vaine liberté porte en soi ta défaite
Commune aux pauvres cœurs dont l'orgueil est la loi.
Hélas ! que de beauté se meurt avec mon rêve ! Mais survit un amour qui n'aura pas été De ceux dont la douleur comme la joie est brève. Puisque j'en dois souffrir pendant l'éternité.