LUI
Mon Dieu ! délivrez-moi de la langueur d'amour
Où s'émiette l'âme, Quand, sous cette fumée où disparaît la flamme, Le pauvre cœur aimant perd le bienfait du jour.
Délivrez-moi du goût de ces vaines tourmentes
Où sombre la raison.
Où toute volonté, comme d'un lent poison, S'épuise de sa lutte avec les épouvantes.
A ce qui fut en moi la jeunesse et l'orgueil,
L'ardeur vers la lumière, Laissez du moins. Seigneur, l'illusion dernière D'un peu de haine enfin, pour braver tout ce deuil.
Il IP FOL VTA 6-
En me faisant souffrir veux-tu donc que je chante ?...
Mon bonheur était sourd, Dans son tranquille espoir, sourd à ta voix aimante
Où n'était pas TAmour ;
Tu t'irritais, au fond d'une âme un peu jalouse
De créer son martyr, Du patient repos où j'attendais l'épouse
Promise à mon désir ;
Et tu te condamnais au plus profond silence
Pour éprouver mon cœur, Fière enfin de savoir par ton indifférence
Eveiller ma douleur...
68 HLPPOLYTA
Je te bénis, ma divine tristesse, J'ai recouvré par toi mon cœur.
Mon cœur de vingt ans, mon cœur de douleur.
Mon cœur d'allégresse.
Je te bénis, mon pauvre désespoir, Amer chagrin, peine profonde, Pour les pleurs si doux dont le flot m'inonde Dès que vient le soir.
Je te bénis, ô tendresse infinie.
Où la dure enfant me retient... Du bien et du mal qui d'elle me vient Sois cent fois bénie î
Sois moins femme, si tu veux plus que de Tamour, De cet amour qui g^rise et passe, Qui n'a qu'un lieu, qui n'a quun jour,
Quand TAmitié vit de temps et d'espace, Faisant du Rythme son séjour, Flamme invisible et jamais lasse,
Pudique arôme, esprit pur de l'Amour î...
JO II l p 1> O L V T A
Que dt' préjugés vousgarde^, ma viie!
Que de partis-pris pour sentir Vamour !
Quels sots malotrus vous ont dit leur âme^ Leur expérienee et leur vanité ?.,,
Comme il est fâcheux quune jeune fille
Qui vit discrètement sa fière et libre vie.
N'ait toujours près d'elle des êtres
De fine sensibilité,
Pour apprendre d'eux la sincérité
Et le goût de se mieux connaître.
N'écoute:^ plutôt personne, ma mie!
Ne vous souvenez d'aucuns conseilleurs :
Oublie :[ ces donneurs de creuses théories, Ces fats, ces pédants, ces phraseurs.
Revive^ seulement les chers instants de trouble Oit vous pense{ avoir senti Vamour, Quand le cœur vous battait plus lourd Dans la poitrine plus légère.
IIIPPOLYTA
Depuis que vers tes yeux s'oriente ma vie,
Aurore de génie,
Radieuse beauté, Tout mon cœur adorant ta volonté bénie
S'enferme sans envie
En son humitité.
Ayant su te revoir, tt te voyant plus belle, Meilleure et plus cruelle.
Et plus Toi que jamais,
Je me sens plus soumis et plus timide même Envers tout ce que j'aime, Et plus Moi désormais.
Voudrais-tu me priver, quand près de toi je passe,
De contempler ta grâce
Dans réclair d'un instant?...
Ce mendiant d'amour qui vit de ton sourire,
Ton regard le déchire
Oh ! rien qu'en l'évitant!
72 IIIPPOLVTA
Je ne demande plus qu'un peu moins de souffrance,
Le droit à l'espérance
Malgré moi-même, hélas !
— Kspérer ! quand mon àme est liée à ton àme,
Seul bien qu'elle réclame
Des faux biens d'ici-bas !
O toi qui sais la vie en restant pure et bonne,
Et qui sais aussi ta beauté, Quel charme en moi s'épand du sourire où rayonne,
O farouche enfant, ta fierté !
Quel mystère profond de pudeur et d'ivresse
Me fascine au fond de teè yeux. Tes grands yeux chauds et clairs où m'attire sans cesse
Un vertige silencieux !...
Est-ce pour me verser l'orgueilleuse ambroisie,
Douceur brève, abîme de fiel ?
Ou me donner l'humble bonheur qui pacifie,
Le tendre amour béni du ciel?...
Vu y je fat mieux aimée Que fuyant possédée^ ô mon unique amour
Avec mes désirs et mes rêves ^
rai goûté les moindres beautés
De cette face de lumière^
Visage d'âme et miroir de jeunesse^
Où, fadoraisj silencieusement ^
Où f adorais en Toi V infini de la Femme j
V infini de VAtnour.
Ah t ces paupières frémissantes ^
Ce doux ne i palpitant^ ce front timide et pur^
Ces lèvres fines et vibrantes ^
Ce subtil et tendre duvet de ta peau fraîche^
Et ces roseurs et ces pâleurs ^
Et ces légères ombres bleues
De tes yeux fatigués de Vattente et des songes^
Oh i jeune fille, oh t mon amour t
Mais quoi, fai souffert, fat pleuré ;
Dans un vain désir fai perdu ma vie,**
Vain ? Je ne sais t Les longs jours de ma peine
Furent moins durs à mon tourment
Que ne furent divins mes courts instants de joie^
— Puisque fai pu croire, espérer^ souffrir,
Et puisque tout cela c"* est jouir de V amour.
Que l'amour a d'étranges lois !
A qui confier ce problème :
Plus va le temps, moins je te vois, Moins je te vois et plus je t'aime ?.
Toi, pourtant, qui ne m'aimes pas.
Mon amour s'attache à tes pas Sans te révéler son martyre.
Et quand tu m'es tout l'univers Je n'ai, moi, que ces pauvres vers, Pour te bénir et me maudire!...
HIPPOLYTA 'J'J
Où donc êtes-vous,
Toutes mes aimées, Tendres lys, roses embaumées Que je respirais à genoux ?
Source vive et fraîche
Parmi les roseaux, Mon cœur vibrait de chants d'oiseaux ; Quel souffle de mort le dessèche ?...
Les clartés d'antan N'étaient donc qu'un leurre !
Est-ce la vie en moi qui pleure, Plus gémissante que l'autan?...
Où donc êtes-vous, frais et doux visages,
Regards de candeur, Dont la vie en moi trouble les images, — Quand vous avez fait, sur tant de rivages, Se fixer mon rêve et battre mon cœur ?
Avez-vous chacun gardé souvenance
Du passant troublé, Ame de désir, esprit de souffrance, Qui, s'étant offert à tant d'espérance, S'en fut, pourtant, inconsolé...
Vous ne m'aimerez donc jamais, Chère défiante éternelle î Pour vous garder un cœur fidèle, A ce destin je me soumets.
Hier, pourtant, je blasphémais...
Soudain, je vous sens moins rebelle, Et déjà, dans mon triste zèle, A plus d'amour je me promets î
Hélas ! quelle rig^ueur nouvelle ?
Vous n'étiez plus aujourd'hui Celle En qui j'avais foi désormais.
Pourquoi votre claire prunelle A me voir s'assombrissait-elle, Sachant combien je vous aimais?...
iriPPOLYTA
Rythme grisant de ma douleur, Tourments rafraîchis dans la flamme, Musique apaisante, ondoyant dictame, Je vous bénis, doux Art sauveur, Art libérateur de mon âme !...
— Et toi, mon cœur, si tu Lui donnas tant d'amour
Contre une apparence de haine.
Si d'une douleur surhumaine
Son dédain fut le seul retour,
Va ! rien n'est perdu pour l'amour !
O cœur orgueilleux ! ne plains pas ta peine,
Bientôt la joie aura son tour.
L'amour dont tu crois la semence vaine.
Doit germer, doit fleurir un jour.
Car il n'est que d'aimer, sur toutes choses !
Et, pour savoir aimer, que de savoir souffrir. Le monde à la douleur doit ses métamorphoses. Les larmes de Tamour font vivre, non mourir... — La nuit met la rosée aux calices des roses Pour les faire s'épanouir !
n IPPOLYTA
Depuis plus (Tun atij mon amour^ Je fat donné le meilleur de ma vie, Toute ma pensée, tout mon cœur.
Mais, fihrey tu les as reçus Sans même daigner leur sourire.
Pour bien f affirmer à toi-même, Dans le plus frémissant orgueil, Ta liberté farouche et ta pudeur craint hw.
Depuis plus d'un an, fai sacrifié
Toute jouissance égoïste
Pour servir ton âme et Torner,
Pour te faire heureuse et hautaine^
Humiliant toutes les autres femmes'
Au triomphe de ta beauté.
— Tu n''as pas su trouver un seul mot de tendresse
Qui récompensât tant de soins!,,,
,..Et ne fai-^je pas fait encore Le plus beau présent de la terre, Puisque les frères de mon âme, La patrie de mon idéal, Et le cœur de ma race mhne^ Par moi font donné leur amour l
82 HIPPOLVT.\
Humilité, c'est joie et charité ; Orgueil, c'est tristesse et mensonge.
— Dans le tourment trop mérité Qu'en moi Tamour obstinément prolonge, Si, rendu pour un jour à sa simplicité.
Mon pauvre cœur a déserté Le vaniteux souci qui l'oppresse et le ronge, La moindre charité Que lui fait ta beauté Le remplit "d'un bonheur de songe...
IIIPPOLVTA 83
Tu dis qu'il en fut de plus belles, Et pourtant non, je n'en crois rien.
Je t'aime, ô mon souverain bien, Immortelle entre les mortelles !
L'accord de vie et de clarté D'où jaillit ta splendeur suprême Te garde mon désir le même En renouvelant ta beauté.
Et combien légère la chaîne Dont tu tiens mon être lié, Qui laisse la pure Amitié Y respirer libre et sereine...
Ma tendresse est forte, vois-tu !
Une âme d'ordre et de lumière Est sa compagne coutumière, nion amour, ô ma vertu !
...Et j'écoutais dialoguer ainsi nos âmes
Au Pays irréel où tout se réunit,
Sous un ciel pâle et traversé de molles flammes,
Muet comme l'amour et comme Tinfini :
— Que cherchez-vous ici ? — Rien que toi-même.
— Tu me reconnais donc? — O ma beauté!...
— Comment m'appelles-tu? — Tout ce que j'aime.
— Quel âge a ton amour ? — L'éternité.
Un petit bonnet blanc de résille, Un fin bonnet brodé de la petite fille
Au front de rêve et de candide espoir, Qu'elle fut tout de même en entrant dans la vie,
Un petit bonnet blanc de ma mie Etait sur sa table, ce soir.
Elle le regardait, attendrie et songeuse.
Se voyant déjà grave en ce passé lointain.
Et ma lèvre appelait, vainement curieuse.
Sur sa lèvre mystérieuse Les souvenirs de son premier matin.
Par cette blanche coiffe en ses doigts caressée, Son enfance évoquait l'Enfance à sa pensée, La frêle créature aux yeux couleur de ciel.
Que toute âme de femme en son être a bercée... doux instinct profond,^^ères, cœur éternel!
Oui, tu seras pour moi le repos dans la joie, Le retour du soleil dans Taurore vermeille, Le souriant rivage après la mer d'orage.
Le bien dont se repaît le vrai bonheur : la paix.
Que ne t'apercevais-je, ô lumière céleste,
Dans le désert de neige ou frissonnait mon cœur!.
l'implore ta liieur pour qu'elle me secoure
Et déjà tout le reste est fondu dans Tamour!.
IfllM'OLVTA 87
O ma seule et chaste Pensée, Vous dont j'accepte les rigueurs, Cher tourment, sœur et fiancée D'une âme par Tamour blessée, Qui ne vit que de ses douleurs ;
Si je souffre de vos rudesses, Jusqu'à craindre d'humilier Le triste orgueil de mes faiblesses, Vos sourires sont des tendresses, Leur douceur fait tout oublier.
Et regagnant le sanctuaire Du pur Amour, bienheureux port Où la Raison s'abrite entière, Je vous bénis d'être si fiére.
De mon paisible réconfort.
88 IIIPPOLYTA
< — Ai-je donc Vair d'une amoureuse ?.., »
S'écria-t-elle enfin pour me tranquilliser.
Et moi qui la savais uniquement heureuse D'avoir connu la gloire et son divin baiser, J'eus soudain cette ivresse étrange et douloureuse, O fière Hippolyta ! de me sentir oser.
Dans mon àme toujours peureuse, Un peu de cet espoir, chère orgueilleuse.
Qu'un mot, un mot de vous pouvait réaliser...
HIPPOLYTA 8q
Comme j'ai de toi Tàme lourde et veuve !
Que je souffre mal ton esprit moqueur!...
Quand tu m'as menti, que j'en ai la preuve, Toi déjà si femme, enfant de mon. cœur, Tout anéanti, quittant ta demeure, Je rentre au foyer, je songe et je pleure, Et, pour tout un soir, c'est de la douleur.
Un mot négligent tombé de ta bouche, Me voilà repris par l'ancien tourment !
Tu me mentais donc, ô pudeur farouche, Quand j'étais si calme et si confiant?...
Lourd chagrin, plus lourd qu'aucune souffrance, Combien gravement par l'âge apporté !..
Etre si peu pour qui vous fut toute espérance, Hélas ! et moins que rien... Mon seul aspect l'offense... Songer à mon amour blesse sa liberté !.,.
QO H I P P O L Y T A
Il me disait donc vrai, cruelle fille d'Eve, Le passant que ton seul regard a su charmer.
Qui, du premier surnom dont Timage se lève.
Te baptisait Carmen, — pour avertir mon rêve. Lui-même à peine sauf du péril de t'aimer...
Tu m'auras fait souffrir mille morts... — O détresse î X'as-tu donc jamais su discerner la tendresse,
Du sombre, du fauve désir ?
— Les femmes sont compatissantes...
N'aurais-tu d'elles, toi, que les grâces savantes. Art autant que science, art profond de mentir?...
... Et j'écris, ce soir, Paveu de ma peine, Afin d'en alléger le poids.
Et songeant bientôt qu'une amour humaine Cède aux plus misérables lois.
Mon faible cœur dit à mon âme lasse :
L'homme sincère en ses amours Aux rets féminins s'embarrasse ;
Contre telle ruse il est sans recours...
Mais ce cie\ir dr flamme à ton cœur de glace
Murmure: n maître de mes jours !
Quand toute ivresse a de si prompts retours, Toi seul encor tiens mon désir vivace...
Si ton mensonge est une grâce.
Fais-moi cette grâce toujours !
HIPPOLVTA 91
Par ces premiers jours de printemps.
Le désir luit aux yeux des femmes ; Et gonflant, à l'éveil de^ âmes, Tant de corsages palpitants, En de molles flammes furtives, Son foyer trahit leur secret...
Quel charme trouble en toi m'attire, Désir, promesse de douleur ! Que le cœur est loin du sourire Et dans quelle nuit vit le cœur !...
Mais le vertige qui me tente Est doux comme une douce mort...
Et Taimant par quoi plie et sombre Ma chair frivole, pour un soir, Distrait vainement mon cœur sombre Du songe d'un unique espoir, Du poison d'aimer qui le ronge Dans sa faiblesse et son orgueil...
Elles passent, les pauvres femmes, T.es chères vaines, nos amours, Emportant un peu de nos âmes Aux plis légers de leurs atours, Aux plis graves de leurs sourires Dans le sillage des parfums...
ir'il» P O L Y T A 93
Tu sais que tu me fais souffrir, Et pourtant ton cœur sans malice Ne craint pas de me retenir Dans le plus lancinant supplice...
Mais par quel douloureux retour, Connais-tu donc que la souffrance Est le plus certain de Tamour, Qu'il faiblit à trop d'espérance ?
Tu consens à me voir douter De toi comme des autres femmes, Si mon désir te doit rester?...
Pauvre cœur humain, pauvres âmes î
94 lîIPPOLTTA
Je l'ai donc retrouvé, mais j'ose à peine y croire,
Dans la chambre candide au petit lit de fer, Contre le crucifix d'ivoire,
Ce sot portrait qui fut mon tourment tout l'hiver..
Kt le revoyant là, près du lit découvert, Ah! les âmes du Purgatoire Souffrent moins que je n'ai souffert!
— S'il ne vous hante plus, le détesté visage, Si le philtre menteur cesse de vous charmer, Pourquoi laisser planer ce menaçant nuage Sur mon bonheur si prompt à s'alarmer ?
Par une ombre, pourquoi vous laisser opprimer ?.. Ecartez-la, chère àme, éloignez cette image Qui vous empêche de m'aimer !
Jette les yeux sur moi, toi que chacun m'envie, Cœur toujours prorapt à se fermer, Puisque tu crois à ma mélancolie, Vois comme je souffre et s'il faut t'aimerî
Ah î combien près de toi j'avais de confiance !... Je ne demandais rien de plus à l'Espérance ; Je me taisais, je me serais tu tout le jour, Troublé rien qu'à te sentir vivre, ô mon amour ! Tout le Bonheur tenait dans ta seule présence Et mon cœur débordait l'âme de mon silence...
Cher paradis perdu, loin de qui, maintenant, Une angoisse me hante inséparablement !
Mais vous, douce moitié d'une cruelle vi«' !
Mais Toi, qui donc pourrait me détacher de toi, Qui donc, sinon toi-même, hélas î étrange amie. Au seul plaisir fidèle et dont Tunique loi.
L'orgueil, te fait railler un tourment qu'il envie... Ah î t'arracher de moi, quelle amère folie !
Ta chair est en mon àme et mon âme en ta chair... Et mon cœur n'en peut plus de t'ai mer, cœur amer !
96 niPPOLVTA
Pourquoi me gardez-vous ce silence, méchante ? Je souffre (et ma douleur ne peut se renfermer) Je souffre par celui qui, je le sens, vous hante Et que vous ne sauriez en confiance aimer.
Je souffre de vous voir si troublée et si grave, Vous de qui toute joie était tout mon bonheur ; Je souffre de savoir vaincu ce cœur si brave, Et de n'avoir que du dédain pour son vainqueur.
Je souffre de penser que notre amitié sainte Fut votre sacrifice à ce passant d'un jour, Et que cette lumière est à jamais éteinte Dont le fover vivant nourrissait mon amour...
HLPPOLYTA 97
Laisse-toi tromper : tu seras le maître.
Sois lâche un moment pour régner un jour.
Le cœur de la femme est faible, il est traître, Mais fidèle à qui dompte son amour.
Laisse-la mentir, et ta patience Lui rendra le goût de la vOrité ; Mets dans la douleur toute la science, Déjà ton pardon a fait ta beauté.
93 ntPPOLYTA
Comme tu pèses sur ma vie, ù bien-aimée î Comme mon cœur est lourd sitôt que vient la nuit, De ce chagrin dont j'ai toute Tàme opprimée, Tandis que ton dédain, tel un remords, me suit...
Mon cœur, ce pauvre cœur qui pleure et que je pleure, Enfant mort et vivant que je porte toujours, Se fait en moi plus sombre et plus lourd d'Jieure en heure: Contre tant de douleur suis-je donc sans recours !...
A secouer endn ces ténèbres de gouffre.
Hier pourtant, Torgueil m'ayant pris sous sa loi. Je m'étais cru guéri; mais ce matin je souffre... D'où vient tout cet amour impérissable en moi !
Je souffre, et son image, hélas ! sa chère image Hante mon triste cœur inséparablement...
Ah ! qu'un amour de paix sans désir ni tourment Soit le terme et l'oubli de cet amour d'orat^e î
HiPPOLYTA qq
Que loin du doute amer et des affres du soir. Je vofi^ue à la clarté sur la pâle indolence !.. A tel rêve, déjà, je sens moins ma souffrance. — O Lumière, endors-moi dans ton vivant silence : Toute lueur m'est un espoir!
Mais Vous qui voyez ma contrainte, Cruelle ! si j'allais vous paraître odieux
Avec mon éternelle plainte ? Si vous m'alliez priver du tourment de vos yeux !..
Pardon de ne pouvoir vous taire ma folie.
Ni renfermer au plus profond de moi Un sentiment qui domine ma vie ;
Pardon de ne pouvoir vous mentir dans ma foi...
Mais je vous sais la charité de Tindulgence, Et que vous ne ravirez pas à ma douleur,
M'ayant interdit l'espérance, I-a consolation de soulager mon cœur!
HIPPOLYT A
Tout amour est seul : aimer est folie !
Tout présent se meurt, tout passé s'oublie.
Et quel avenir mérite un effort ?
Le désir fait mal et la joie est rare.
Ce qui nous unit bientôt nous sépare...
Rien ne vaut la paix de la mort.
HIPPOLVTA nu
Pourquoi, ce soir, suis-je si triste ?
Quand tout est mort, est-ce un pressentiment?... Faut-il qu'Amour me fasse, oh ! bien amèrement.
Plus vôtre que jamais, cœur égoïste, Doux yeux de source au mirage incléraent...
Oui, claire comme Teau mais comme elle fuyante, Muse, nymphe éternelle au détour des roseaux. Divine lueur et forme ondoyante.
Corps de sirène et chant d'oiseau !...
Que n'enveloppiez- vous cette clarté, d'un voile! Ah ! si puissante qu'en son lointain paradis, A la revoir encor, ce soir je m'enhardis...
Le vaste ciel brille de moins d'étoiles Que je n'y vois brûler de notes songes maudits !
Et cependant mon âme est toute ranimée
Du même feu dont je me consumais
Avant que tant d'espoir ne mourût en fumée...
Je ne t'ai jamais plus aimée Qu'à l'heure où je me sens te perdre pour jamais,
Hippolyta, ma bien-aimée !