CXXXVIII
Je t'aime ainsi, pourquoi changer?
Pourrais-je t'aimer davantage ? .
N'as-tu pas mon cœur sans partage ? — M'aimeraisytu mieux, sans danger ?.
Le cœur de la femme est léger A TAmour, comme ce nuage Que dore un rayon qui voyage, Plus que lui-même passager.
Mais son âme, qui Témerveille, C'est l'odorant secret qui veille Dans un instinct d'éternité.
Attendant d'être visité Du désir, diligente abeille.
En ce calice de beauté.
Aimons-nous d'abord, la vie est trop brève Pour tant songer au lendemain !
Quel avenir est plus certain Que n'est réalisable un rêve?
Aimons-nous bien fort, Tamour seul existe, Des faux dieux en qui nous croyons.
Divin soleil dont les rayons Font la nuit du monde moins triste !
N'aimons que Tamour, et fermant sans cesse A ses courts vertiges, nos yeux. Ouvrons nos cœurs silencieux A rinfini de son ivresse !
Doute incurable, instinct de jalousie,
Ne me quitteras- tu jamais !
De quelle sourde frénésie Mon cœur fut-il troublé chaque fois que j'aimais.
L'amour n'est-il assez confiant, dans mon âme, Assez dégagé de Tespoir charnel,
Pour que cette fumée empêche cette flamme De monter toute pure au ciel!...
Sainte exaltation de Vâme^
Suprîme bienfait de V amour ^
Puisque je fai si bien connue,
Pourquoi me plaindre de souffrir?
Et pourquoi m* acharner sans cesse,
Après ce désir tyrannique
Qui plus qu^à aimer cherche à conquérir.,.
Ne savais' je donc pas quelle était sa nature?
Un désir n'est bien satisfait
Qu'autant qu'il s'est détruit lui-même,,,
— Et toi que hante ma présence.
Qui m* aimes y sans le trop savoir,
Comme le compagnon patient de tes maux,
Chère tourmenteuse adorable,
Rassure ton cœur éperdu I
Ce qui te fait ainsi souffrir
Ce n'est pas ton Moi d'aujourd'hui,
Doux, patient, rasséréné.
Presque heureux d'être sans désir :
C'est cette poursuite obstinée
Par ton cwur souffrant, de ton âme ancienne,
Ton âme heureuse en ses douleurs ;
C'est cette poursuite éternelle
De toi-même dans le Passé,
La vie où tu te meus, ô mon âme immortelle, Sera puisqu'elle fut, et que tu crois en elle.
Aucune foi ne peut mentir :
Car s'il n'est ici-bas rien par quoi l'être exulte,
Qui n'anticipe ou ne résulte.
On ne pressent que ce qu'on peut sentir...
Pourquoi^ ce soir^ ètie^-vous triste^
Chère bien-aimêe de mon cœur^
Mais d'une tristesse si douce
Que y m'y laissant glisser moi-même.
Nous voguions tous deux en silence
Sur la vague qui mène au nostalgique Ailleurs,
— Voguer ainsi, compagnons de tendresse.
Etrangers d'^âme, oh ! quel souci!
Chacun suit son douloureux rêve; Les yeux ne se rencontrent plus Que pour s" étonner d^être ensemble,,.
Comme, ce soir, nous étions tristes.
Chère bien^aimée de ma vie L..
Au fond de moi, pourtant, je me croyais heureux,
Heureux de vous sentir plus mienne,
Cédant malgré vous-même à tant d'amour...
Non point, hélas ! parce que c'était mon amour, Mais' parce que c'était V Amour,
Insincére humeur et superbe vaine, Qui prétexte d'amour ce qui n'est que de haine,
Maladroit hommage à plus fort que soi, O triste, triste Jalousie, Tourment dont toute âme est saisie Dans ce dépit qu'elle prend pour sa foi !
Fureur qui peut tuer sans haine, Tant l'ardent désir qui l'entraîne Pense avoir droit à l'adoration !
Coup de poignard sournois et mortelle souffrance Que guérira, jusqu'à l'oubli, l'indifférence. Fatale, nécessaire, atroce passion !...
flIPPOLYTA 179
Faut- il me résigner à te faire souffrir^
Moi qui sais que ton âme, à soi-même inconnue y
Se sentirait désemparée
A n'avoir plus pour phare dans sa nuity
Dans V Amour j éternelle ombre ardente des femmes^
A h* avoir plus pour guide et raison dans son trouble
Ce regard qu'elle fuit : mon âme !
Ah f tu peux changer toute et mourir ^ ou vieillir ^
Oh t vieillir avec une autre âme :
Celle que fai aimée en toi,
Celle-là fut bien toute mienne!
Qu'elle ait disparu , — et que je la pleure...
Elle est en moi profondément.
Je peux f aimer sans jalousie:
Nul ne me la prendra jamais !
l8o HIPPOLYTA
Dans ta beauté, pris de vertige, Mon cœur sombrait éperdûment; Mais ta grâce, arbuste clément, M'ayant tendu sa verte tige.
Sur le gouffre au fatal aimant Où mon être allait s'abîmant, Je surnage encore, ô prodige !
— Pour sourire à ton firmament.
HIPPOLYTA i8l
Amour, pèlerin de la vie.
Une chose ne change pas, Ce vase profond d'amertume Qui s'emplit toujours plus en toi.
Ta mobilité, c'est ton Ure :
La vie y c'est la fuite sans fin ; Avec elle fuit ValUgrcsse, L oubli léger du poids du sort.
Mais ce qui demeure immuable.
Du flux au reflux de Vespoir, Ce qui dure, c'est ce qui songe, Oest la tristesse et c'est la mort.,.
— En passant sous le vert laurier.
Je me pris à considérer, Amour, combien tu fus aimé, Et combien mal fen fus payé.
Mais en passant sous V olivier, Mon cœur s' étant rasséréné^ Je connus que Varbre du sage A plus de fruit que de feuillage...
l82 IIIPPOLYTA
Je t'aime de si raal mentir, Jeune âme perverse et candide, Eau pure encor, que déjà ride La folle haleine du désir ; Miroir trouble et pourtant limpide, Où se trahit sans se trahir.
Dans son innocence perfide.
Tout nilogisme de sentir!...
Je crois bien que mon cœur de sept sièeles ntardey Qe coeur de foi mystique et d'esprit douloureux^ QiU me fait étranger à la plupart des hommes,,, O Fiâ^s d'Amour, gardiens du Seuil candide , Obstinés d'un Désir insoucieux d^espoir^ Je crois bien que mon cœur hérita de votre âme^ Dans son double idéal de réel et de songe, A travers les leçons de Vâme maternelle,,,
O pure vision sans cesse poursuivie,
A' travers toutes les images
Où le corps divin de la femme
Module, incarne la beauté !
V idéal d^ une mère,,. Ah! tendresse profonde,
Hantise immortelle de Vitre^
Où le cœur communie avec Vâme et soupire
Après son bim d éternité !
— Toi, Pudeur de la femme, honneur de sa beauté, Courage de sa chair, loi de sa liberté !
Et vous, fines fraîcheurs de renouveau subtil Qu'' exhale en son parfum léger la jeune fille! Qui, mieux que moi, dans votre pure essence^ Vous a compris, vous a peut-Ure su chanter y En cet âge cynique oti rien n'a survécu De la douce légende humaine et de sa gloire.
— O mon âme S amour l Puisque^ dès la jeunesse^ V attrait de V infini m^a frappé de langueur ^
Que m'importe^ après tout, le jugement du monde, D^un monde, aux bas instincts crédule seulement, Moins méchant qtCil n^est sot, de sottise incurable^ Puisque fai pu servir sans faiblesse et sans crainte,
— Car douter de Vamour c'est déjà le trahir t — L idéal de ma foi, vivant, austère et pur!..,
fai trop souvent, Amour, pris pour toi le Désir, Aveugle entendement d'un essor de tendresse, Que, seule f inspire bien V injustice des femmes,.. Mais si fai m^me osé blasphémer ta vertu.
Quand l'esprit de mon cœur empoisonnait ma vie. Divin maître du sang, j'ai su te rendre grâces. Amour f qui seul contiens la vie et qui la donnes, Et qui nous fais ^ d'instinct, porter les mains au cœur!
Maintenant qu'en ces vers de transports et de troubles, Pleins de la foi de ma tendresse Et des doutes de ma pensée^ fai recueilli, jour après jour^ Le testament de ma jeunesse, — Si fai fait sentir que dans V Indulgence, Suprême bonté sœur de la Beauté^ Etait Vair viable du grand Amour, Je serai pardonné, peut-Hre^ D'avoir marié sans mesure Cette nature d^ ironie Avec cette âme de candeur.
Tandis que la folle Espérance,
Aimable marchande de vent.
Jugeant d'un profit décevant Le bon marché qui lui vaut Taffluence,
Pour s*y refuser trop souvent
Chemine droit à Tindigence...
L*amour gagne-petit vieillit dans Topulence.
l86 HIPPOLYTA
fai rivé, — Cest en Arcadie, Un faune^ un Marsyas champUrCj Sa double flûte de roseaux Suspendue aux branches du saule^ Se délasse de ses chansons^ Libres^ généreuses^ farouches^ A pêcher sur le bord d'un fleuve.
Voici que^ de Veau bouillonnante^
Dans son filet soudain pesant^
Sa main surprise a ramené
Le doux corps blanc d'une sirène,
— La femme, pense-t'ily ah! la femme toujours.
On ne peut donc s'isoler d'elle.
Puisqu'il nous faut la retrouver
Dans tous les filets de la vie l
Et Panj là-baSy sourit de l'ivresse étonnée
Du Faune. Son filet ^ à Pair libre^ est plus lourd.
Déjà la femme est délivrée t
niPPOLYTA 1S7
La sirène^ cTabord tremblante,
A voir frissonner le pécheur
Se raffermit dans son audace,
La voilà sur la grève, et nue,
Et reprenant j frileuse y ses esprits
Aux fluides de sa chair ^ et de la chevelure
Qu'elle secoue, qu'elle éparpille^
Parmi les rayons du soleil.
Mais sa vue a troublé le faune :
Il frémit, il admire et s^agenv utile.
C'est luij déjà\ le capturé /...
l88 HIPPOLYTA
Oh ! ce bonheur tardif te serait-il amer,
Mon cœur, qu'il prend déjà le goût d'une souffrance !
Va-t-il donc t'empêcher de sourire et d'aimer.
Et la sécurité t'ouvrir l'indifférence ?...
Dans ta nuit sans espoir, brillait de son plein jour L'idéal dont la loi déjà moins fort te hante... Maudit soit le désir qui limite l'amour, Si l'approche du but en affaiblit l'attente !...
Doit-il, ce lourd bonheur, interrompre tes chants, O toi qui reconnais pour seule inspiratrice Cette douleur d'aimer qui fait tes vers touchants. Toute lyre d'orgueil étant libératrice ?...
— Elle apparut en moi, par un matin d'été.
Comme l'avènement du bonheur qu'on espère.
Mon cœur était léger, mon âme était prospère, Quand sa grâce entr' ouvrit ses ailes de clarté.
ITIPPOLYTA 189
Tout un frémissement de jeunesse et de gloire, Dés qu'elle eût approché, palpita dans mon sein. Tout mon désir vibrant d'un généreux dessein. Je m'avançai, fermant les yeux pour y mieux croire.
Mais cette voix du monde hostile à la vertu, Cette étemelle voix impudique et railleuse, Qui déclare impuissant tout espoir abattu.
Et nomme amour transi Tardeur respectueuse !...
Or, savoir, c'est souffrir... Oh! mon âme de pleurs, De chants et de rayons ! oh ! rythmes de mon être ! Sentir, c'est éprouver au delà du connaître, Et jouir, c'est tenter l'abîme des douleurs!...
Mais non ! j*ai trop souffert d'un désir que mon âme Traînait dans un tourment qui n'a su l'épuiser : Sur mon cœur, désormais, grave comme un baiser, Voudra s'épanouir un pur amour de femme :
Il est de ces amours dont peut, sans défaillance, Le flambeau de Psyché visiter le sommeil, Car son repos serein garde une vigilance Dont le rêve sourit et sourit le réveil!...
IÇO niPPOLYTA
Fuyant le plein jour populeux ^
J^ ai promené ^ ce soir, mon rhje solitaire
Dans le prestigieux décor
Où s^ encadrait silencieuse
L'esplanade des deux Palais.
Ah I vraiment babylonienne^
V avenue claire et vaste, dans la nuitf
Avec le peuple songeur de ses marbres.
Et ses colonnades fantômes,
Et ses lourds pylônes dorés,..
Dans la solitude sonore Où les deux monuments pensifs.
Sous le frais baiser de la lune.
Apparaissaient à mon esprit Comme un fragment d'éternité,
Soudain, des quais tumultueux De la bonne Seine tranquille, Qu'une féerie d'architecture Faisait, sous les feux polychromes, Cosmopolite pour un jour,
Etf comme pour troubUr de loin La muette splendeur nocturne ^ Sur un mol orchestre de songe, M* arriva, dans le vent plaintif, Un long chant de violoncelle.
Dans ce chant sanglotait une âme De tendre et douloureux espoir^ Et cette âme^ c'était la mienne, Qui, lourde des tourments du jour, S'exhalait à la paix du soir :
— « Quoif tu pleurais, ma bien^aimée ?».
J'ai vu sur tis joues deux larmes couler.
Quand tout doit servir à parer ta vie.
Tout à charmer ton rêve et ton désir!
€ A te faire oublier les jours tristes, Les jours d'ombre, les jours d'angoisse.
Les jours haineux, les jours injustes.
Les jours, les jours ^ les mauvais jours 1,^,
« Tu es ma sœur, tu es ma reine.
Tu es ma vie, tu es mon bien, Je faime, je faime, je faime Et tout le reste ne m'est rien !
< Non / je ne veux pas que tu souffres^ Je ne veux plus te voir trembler :
La vie pour toi doit ître un temple Oà tout s'emploie à ton bonheur.
« Mais qui donc fa coûté ces larmes Que f ai vues rouler sur ton cœur?,,.
Malheur à qui nuit à ta joie!
Je ne veux plus te voir pleurer!,,, »
— Je rêvais ainsi^ solitaire^ Quand, pour alléger ma tendresse De son obsédante langueur^ J'abordai la houleuse voie Qui longeait les deux quais du fleuve.
Mais cette foule me fit peur Avec ses milliers de visages.
Si divers^ pourtant tous humains.
Et y jugeant faiblesse égoïste L'unique souci de mon cœur^ Une tristesse d'épouvante M* envahit désespérément :
De tant de passants de la vie^ Autant de ruches bourdonnantes, Ivres, bruyantes de leurs joies, De leurs tourments^ de leurs pensées, Pas un qui ne doive mourir, Avec son miel et ses abeilles.
Sa rumeur et son ombre même.
Et jusque avec son souvenir!,,.
O ma seule amie, ô ma seule aimée, Je vous donne, ce soir, l'absolu de ma foi ; Dans une espérance elle est renfermée :
Ni moi sans vous, ni vous sans moi !
Du rameau de corail qu'est votre doux sourire, La paix rayonne en moi sur l'orageux Hier.
Mon cœur, s'il a douté, croirait jusqu'au martyre Je ne sais rien de vous qui ne soit pur et fier.
Ce soir enfin, par Dieu lui-même secondées.
Dans un présent si fort qu'il tient tout l'avenir,
Nos âmes se sont regardées...
Et rien ne saura plus jamais les désunir î
194 BiFFOiYTA
Sein palpitant de l'Infini qui se dévoile, Révélation du Rythme, ô Beauté,
Sur le ciel orageux du cœur première étoile, Sourire de FOrdre dans la Clarté I
Et toi, principe et fin de toute grâce,
Goût profond et désir vivace
Du Beau dans l'immortalité,
O pur Amour, réalité
Dont l'objet est fragilité
Quand tout mûrit, quand rien ne passe
De ce qui fait sa vérité.
Vous avez la vie éternelle !
L'éternitié n'est qu'à ceux-là Qui mettent leur espoir en elle.
Dont la foi rêve par delà Les ombres de la nuit mortelle.
Une aurore où, dans l'infini, L'Amour à la Beauté s'unit.
IIIPPOLYTA 195
Je ne chante bien que quand j'aime ; Je ne chante que pour charmer Douleur lancinante ou tourment suprême; Mes larmes ont fait mon poème, Et si j'ai pleuré Sur moi-même, C'est donc que pleurer, c'est aimer.
Ne cherchez plus pourquoi, mes vers coulant si tristes,
Si monotone va leur cours.
Quand de tous les cris égoïstes
La joie est absente toujours...
Hymnes d'amour heureux sont vains bruits de sophistes !.
On ne chante que son désir :
La possession n'a pas d'ailes ; Et les cœurs qui n'ont pu se tout entiers saisir Savent les seuls amours fidèles.
— Je l'aimais bien avant le temps.
Si proche encor, qu'elle a pu lire dans mon àme. L'amour vieillit ; Elle, pourtant.
Garda son mystère de femme.
196 HIPPQLYTA
La prudence m'a fait en mon sein renfermer L'espoir qui la sentait à l'amour déjà naître... Faut-il tant connaître pour bien aimer, S'il faut aimer pour bien connaître ?...
De tant de sanglots qu'elle arrache au cœur, Toute âme inspirée est-elle complice ?. . .
Toute poésie est libératrice, Mais l'inspiration, c'est la douleur !
Et toi, vaste Vie au calme éphémère, Morne océan, reçois le fleuve de l'Amour, Qui mire la lumière et l'ombre tour à tour.
Et dont finit aussi l'eau douce en onde amère.
CLVir
Quand Vamour se nourrit de solitude,
Le silence me rend à mon amour,,.
Car ce qui fait de toi peu à peu ma compagne^
V indulgente sœur de tant de tourments y
C'est raccord muet de nos âmes
Que rapproche de l'aveu trouble.
Que son ombre même détruit.
Je fai comprise enfin^ sœur de ma race^ Et je ne fen veux plus de V effarouchement f Sourcils froncés et méfiants sourires, Qui accueillaient les mots de ma tendresse, Ma tendresse innocente et grave Que cette subtile amitié des âmes Embarqua sur le simple amour.
Pourtant, suis-je bien sûr de ton cœur^ mon amie ?
Et n'es-tu pas trop femme encore^
Toi qui peux te complaire à naviguer toujours
Vers Vinconnu, maître du charme.
Sur V insécurité, maîtresse du désir ?
Mais ne cherche plus à comprendre :
Trop de raison mettrait en grand péril
La fidélité de ton âme,,.
Elle est dans ton instinct d'amour l 12
[ÇS HIPPOLYTA
Tout ce qui me retient en toi, fleur de ma race, C'est tout ce qui m'a fait mon être harmonieux, L'ordre de ma raison, la voix de mes aïeux Et le sang qui m'attache aux rythmes de ta grâce.
Mon cœur seul ne t'est point fidèle, ô ma beauté ! Je ne confierais pas mon bonheur à ses fièvres... Mon esprit à ton âme, à tes yeux, à tes lèvres Oriente un désir qui cherche la clarté.
Toute sagesse en toi rayonne sur mon rêve...
Et la Sincérité qui fait ton regard fort.
Exaltant dans mon sein le mépris de la mort.
Alimente l'Amour d'une éternelle sève !
. . . Tout est songe à qui voit ainsi Par les yeux de son âme et l'instinct de son rêve : La mort, comme la vie, est brève, Mais la seule vie a notre souci...
La mort fait fleurir tous les germes :
Atome, esprit, tout être en elle rajeunit.
Rien n'a vécu qui jamais trouve un terme
A son chemin dans l'infini.
Et toi qui planes sous les voiles Où notre humanité cherche en vain son auteur.
Mystère, ô nuit pleine d'étoiles.
Qui te nierait l'essence et la splendeur!...
Elle est dans nos désirs, cette énigme du monde. L'amour tient séparés ceux qu'il a réunis.
C'est de l'obscur, que l'Eve éternellement blonde Tend son doux sortilège à nos cœurs ennemis.
niPPOLYTA
Plus aveugles que nous, plus que nous clairvoyantes, Sachant sentir Tamour qu'il nous faut concevoir, Vous en éprouvez mieux les voluptés fuyantes. Femmes, quand son mystère est notre désespoir!
Gardiennes du mystère, ô tendres sœurs terribles Des étoiles jamais atteintes, cœurs lointains. Doux astres, qui brillez si près de nos matins Et que nos soirs encor disent inaccessibles !
— Raisonneurs sans clartés, du pur Amour bannis. Vainement nous cherchons à conquérir des âmes... Cet effort obstiné vous fait sourire, ô femmes. Qui savez mieux que nous les voies de Tlnfini.