I. Clollectlon E. Lemire, de Rouen
milieu desquelles elle tient fort bien sa place et marque une époque, comme le petit Billet de logement, de la même collection datée de 1841, montre une autre face du talent de Bellangé et de petites fig-ures touchées avec ime délicatesse qui fait presque song-er à Meissonier.
Ce n'est jamais d'ailleurs un défaut que d'être de son temps, et dans cet ordre d'idée il est un très petit tableau d'un grand sentiment qui ne iîgura pas, croyons-nous, au Salon de 1849, mais qui cependant vi'Qn. mérite pas moins une rapide description. Cette toile avait pour titre la Bataille de Waterloo et était inspirée par les vers suivants :
On dit qu'en les voyant couchés sur la poussière, D'un respect douloureux frappé par tant d'exploits, L'ennemi, l'œil fixé sur leur face guerrière, Les regarda sans peur pour la première fois.
(Première Messénienne de Casimir Delavigne.)
Près de Taifùt d'un caisson est un groupe de soldats de la vieille garde, moribonds étroitement enlacés, serrant énergiquement de leurs mains crispées leurs armes devenues inutiles. Muets et affaissés, ils sont étendus sur le champ de bataille. Des officiers anglais, flegmatiques et hautains, jettent un froid regard sur ces colosses vaincus, et l'armée anglaise se retire dans ses cantonnements, tandis que le soleil couchant et les lueurs des derniers coups de feu embrasent l'horizon sur lequel se détache la croupe d'une montagne au sommet de laquelle sont abandonnés des affûts brisés.
26 HIPPOLYTE BELLANGE ET SON (KUVRE.
Watey^loo ! Bellang-é reviendra plus d'une fois à ce terrible et dernier épisode de l'épopée napoléonienne. Nous y reviendrons aussi nous-même à propos du dernier chef-d'œuvre de Tartiste : La Garde meurt.
Mais l'un de ces épisodes de Waterloo valut à Bellangé une curieuse lettre du colonel de La Combe \
Comme poète, lui disait-il, vous avez pris le côté pratique de l'action, et vous avez bien fait. Mais laissez-moi vous direque c'est un mensonge historique, mensonge qui, comme
beaucoup d'autres , tient probablement de l'histoire
J'ai lu tout ce qui a été écrit sur Waterloo, j ai vu et étudié le champ de bataille, et il me serait facile de prouver que l'empereur na pas vu la bataille sous l'influence, soit physique, soit morale, oii il s'est trouvé dans plusieurs autres circonstances.
Le colonel a beau ajouter : « Les mots que je soulig-ne ne doivent pas être pris absolument à la lettre^ mais plutôt dans le sens moral », il n'y en a pas moins là un précieux renseignement. Mais si on devait discuter à ce point de vue les tableaux de bataille, ce ne seraient plus des œuvres d'art, ce ne devraient être que des plans animés 5 aussi faut-il laisser à l'artiste une porte ouverte pour échapper à l'aridité du procès-verbal, afin qu'il puisse formuler son idée suivant ses facultés personnelles.
I. Vlùstorien de C/iarlet peinLpur lui-même. p. 15 et suivantes. Nous revenons plus loin sur cette dernière brochure. 13 juillet 1845.
Bellangé a constamment appliqué ce principe dans ses tableaux. C'est toujours l'instant décisif du combat, c'est surtout l'épisode caractéristique qu'il choisit et si parfois la légende est plus populaire que la froide vérité, — ce qui arrive souvent, — il ne lui répugne pas d'interpréter le fait historique au lieu de le traduire littéralement.
Uune des plus célèbres compositions de Bellangé, la Bataille de la Moskoipa, a été appréciée ainsi par M. Henri Houssaye dans son travail sur la peinture militaire * :
Hippolyte Bellangé, dit-il, a fait une Bataille de la Moskoxua superbe de mouvement. Le tableau représente la célèbre charge de cuirassiers commandée par Murât. Rangs serrés, corps penchés en avant, têtes collées aux cous des chevaux, épées tenues horizontales et pointes en avant, à hauteur de la botte, les cuirassiers courent comme une trombe de fer sur la redoute russe. Les premiers escadrons sont déjà entrés dans la redoute et sabrent les canonniers terrifiés. Il est à regretter que l'exécution de Tœuvre soit trop lâchée. Si cette bataille qu'on reconnaît tout de suite pour la bataille de la Moskowa, parce que Bellangc a su mettre en scène l'épisode