Conscicinionnel y $ février
2. Voir lu Chimère^ une attrayante nouvelle remplie d'ingénieuses théories d'art.
son étal-major de maréchaux, tous reconnaissables — et notamment Ney — àleur attitudehabituelle. Au premier plan, sur une chaise boiteuse équilibrée tant bien que mal, est placé le portrait du roi de Rome, tout rose et tout blond, avec le grand cordon en sautoir sur ses vêtements blancs. Les vieux soldats de toutes armes, balafrés, hâlés, aux mines rébarbatives et en ce moment curieuses et attendries, s'approchent timidement, se penchent, se pressent l'un contre l'autre, formant un cercle respectueux autour du portrait ; les plus éloignés se hissent sur les pointes, glissent un regard entre les têtes, attendent leur tour, ils ne peuvent s'arracher à cette contemplation. La scène est charmante et touchante, l'œuvre conduite avec une entente admirable du geste et de la physionomie.
Je recommande particulièrement à l'étude de l'observateur, dit M. E. Chesneau, le hussard rouge vu de dos ; le dessin de cette figure est d'une rare élégance et d'une vérité étonnante; les têtes sont modelées savamment, scrupuleusement, sans sécheresse ni minutie.
Et sa conclusion est celle-ci : « C'est excellent, n Nous reproduisons dans ce volume le groupe principal — les soldats — donnant pour ainsi dire un premiej^ état du tableau. Car Bellangé modifia certains détails, entre autres la tête d'un des grenadiers et c'est ce qui explique les légères différences qui existent entre notre dessin et la gravure de Jazet dont le succès fut considérable.
Au Salon de 1857 Bellang^é avait un envoi très important : Mai^engo comme page d'ensemble, Wagram comme étude de détail.
Occupons-nous d'abord du Marengo, aujourd'hui au musée de Rouen, et qui attira, dit-on, vivement l'attention des visiteurs de l'exposition posthume. Novis connaissions le tableau depuis long-temps, mais à une époque où nous ne croyions pas devoir plus tard écrire ce voliune sur H. Bellang-é, et nous avions toujours éprouvé un invincible attrait pour cette toile.
Dans cette composition, il faut admirer sans restriction aucune cette facilité à répandre sur une toile un millier de figures dont aucune n'est escamotée. Ces myriades de soldats, de quelques centimètres de hauteur à peine, sont tous scrupuleusement dessinés et modelés, en tenant compte de leurs plans. Ah ! ce n'est pas la future école moderne, celle des impressionistes, des intentionistes, des intransigeants, des tachistes ou de tant d'autres dont l'étiquette n'est pas encore imprimée, qui produira jamais ime pareille œuvre. Il est beaucoup plus facile, il est vrai, de peindre un nuage obscurcissant l'atmosphère ou dis-
simulant les combattants, que d'exécuter avec conscience une bataille rangée.
Les escadrons de cavalerie, héroïquement conduits par Kellerman, traversent les champs de blé au grand galop. Courbés sur leur monture, enlevés d'ensemble d'un mouvement superbe par leur général qui caracole à leur tête, les cavaliers sont lancés contre les colonnes autrichiennes qu'elles traversent et coupent brusquement en deux, bouleversant les rangs ennemis systématiquement ahgnés. Les tronçons épargnés par ce choc de boulet sont frappés d'épouvante. Leur attitude indécise est l'indice de la prompte déroute de toute une armée. Déjà les fuyards se répandent dans les vastes plaines parsemées des petits villages verdoyants, et à l'horizon les cimes neigeuses des Alpes découpent leurs crêtes sur un ciel d'azur voilé de quelques nuages.
Au point de vue des détails, le Marengo fut diversement apprécié ; mais en général l'auteur ne recueilht que des éloges, et ils étaient mérités. Lorsque le tableau vint prendre place au musée de Rouen, les critiques de province ne lui firent pas moins bon accueil. Un d'entre eux pourtant reprochait au peintre qu'une partie de la cavalerie fiit restée en dehors du cadre. Les exigences pittoresques ne paraissaient pas suffisantes aux yeux du critique pour atténuer ce léger défaut. Ce n'était pourtant là qu'un i:)arti pris, et nombre de tableaux du même auteur auraient pu à ce compte encourir le même reproche. Mais nous croyons au contraire que l'artiste avait raison de composer ainsi ses ensembles et de
les présenter de cette façon. Les moulures du cadre, dans leur implacable rigidité et les angles droits des bordures sont un contraste tout naturel avec les lignes mouvementées de la composition. La scène se présente parfaitement isolée vue d'en haut, à travers une ouverture carrée du milieu de laquelle elle se détache nettement, et cette sensation d'isolement bien connue dans les ateliers, — et qui oblige presque toujours à terminer un tableau dans son cadre, — s'impose complètement au spectateur.
• Le Champ de bataille de Wagram (1857) était celui des tableaux de chevalet figurant au salon dans lequel Bellangé avait été le mieux inspiré.
On procède à l'enlèvement des blessés. Au loin, dans un horizon splendide et vivement éclairé, de petits nuages de fumée s'élèvent çà et là, et les charrettes s'emplissent de blessés que l'on hisse péniblement sous la surveillance d'un officier général. Au premier plan, un officier d'ordonnance de l'empereur soutient sous les bras un malheureux carabinier que Napoléon lui-même essaye de ranimer. Un aide de camp s'est empressé de déboucher un flacon et l'empereur approche son mouchoir imbibé de cordial, des lèvres du moribond.
L'exécution du tableau est très soignée, — un peu trop peut-être, — au premier plan le cadavre d'un cheval, qui formait un repoussoir un peu trop réaliste, disparut plus tard pour faire place à un groupe de blessés. Mais la figure du moribond est d'une grande expression, modelée avec grand soin, très poussée et d'un fini extrême.
Des pessimistes regretteraient évidemment que certaines parties de ce tableau fussent d'une touche moins heureuse et d'une couleur générale un peu conventionnelle.
Quoi qu'il en soit, cette toile n'en reste pas moins
Motif principal d'un tableau de H. Bellangé. — Le Champ Je Bataille de Wag^ram. Collection Eugène Le Mire de Rouen.
charmante, telle que nous l'avons vue chez son possesseur \ au milieu des ravissantes œuvres des maîtres de l'école contemporaine qui l'entourent et au