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Voir p. 28. — Lettre datée du 2^ février

8o HIPPOLYTE BELLANGE ET SON ŒUVRE.

soldat de la ligne à genoux, armé d'un maillet, sculpte à l'aide de sa baïonnette l'inscription suivante : A Chavlet, le Peuple, jo décembre 184s. Au pied du monument sont déjà déposées quelques couronnes. Leur nombre augmentera bientôt, car de tous côtés une multitude sympathique apporte un souvenir à l'immortel dessinateur. C'est d'un côté un invalide, un robuste tailleur de pierres, un carabinier, toute une foule chargée de couronnes d'immortelles. De l'autre côté un grenadier de la garde tenant son drapeau, des soldats de l'Empire et de la République, un vieux curé, une sœur de Saint-Vincent-de-Paul rendent hommage à Charlet. Au premier plan des écoliers, des jeunes filles lui apportent des couronnes, et près d'eux un ouvrier en prend encore à l'éventaire d'une marchande ambulante jetant ellemême un regard ému vers le buste de l'artiste.

Bellangé n'avait pas toujours eu cette habileté extrême de crayon et nombre de pièces datées de ses premières années de production sont loin de valoir cette planche oblongue.

Mais, même dans ses premières œuvres, on sentait Vhomme de croquis, ce qui a été et est encore

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— voyez de Neuville et Détaille — Tune des qualités principales du peintre militaire.

En dehors de ces spécialistes^ que de peintres de nos jours ne dessinent pas! Que de peintres habiles au maniement du pinceau ne peuvent produire, le crayon en main, que des œuvres imparfaites!

On a pu en juger par les illustrations de plus d'un roman contemporain qui n'avait pourtant pas besoin de vignettes. Un d'eux entre autres était suffisamment descriptif — les délicats et même les plus tolérants le trouvaient excessif — mais pour que le succès d'un ouvrage soit réellement complet, il faut qu'il soit illustré (?/. On fit donc appel à quelquesuns des triomphateurs du Salon annuel. Lerésultatfut en général médiocre. C'est qu'il y avait parmi eux de ces peintres pour lesquels un tableau n'est qu'une photographie grandie et coloriée et pour lesquels le crayon est malaisé à manier.

Les Vignettistcs, on a pu leur faire de justes reproches, — mais les bons vignettistes sont rarement embarrassés, — et parfois la composition d'une vignette donne autant de mal que celle d'un tableau, exige autant d'aptitude et non moins de savoir.

Les peintres militaires ayant toujours comme objectif les mêmes costumes, les mêmes plis du vêtement, les appliquent à des attitudes fixes, connues d'avance, à des mouvements réglementairement étudiés et semblent trouver tout naturellement leur croquis, qui est toujours sûrement indiqué. Mais avant d'atteindre ce résultat, les hommes de croquis ont

noirci du papier en quantité considérable et ce n'a jamais été pour eux du temps perdu.

Les albums lithographiques que les frères Gihaut éditaient chaque année — mode disparue que nous avons remplacée par des albums d'eaux-fortes — étaient considérés alors comme le feuilleton de la peinture, — feuilleton que Raffet seul voulut écrire comme on écrit un livre qui restera ' — et réunissaient parfois des sujets sérieux et de véritables charges.

Leur frontispice se prétait à toutes les combinaisons et allusions possibles, et c'est ainsi que le frontispice des albums de 1823 est intitulé : Aubiireaii! au bureau ! pr...rene:[ vos billets! c'est Vinstant^ c'est le moment.

Une queue est disposée à l'entrée d'un théâtre, « Prix des Places » est écrit sur le bureau, on s'y presse en foule, soldats, enfants, jeunes femmes, bourgeois, ouvriers et un aboj'eur, la baguette à la main, fait son boniment, en grimaçant horriblement et en désignant à l'aide d'une baguette Timmense « croquis lithographie ». Or, ce frontispice d'album réunit les portraits de Bellangé - et de Charlet. (( Parmi la foule qui obstrue l'entrée d'un petit théâtre, dit le biographe de Charlet, on distingue à la

1. Ch. Blanc, Histoire des -peintres, — Appendice de l'école française. Raffet.

2. Nous devons signaler encore comme portraits de Bellangé : la lithographie de J. Baugniet, avec un fond de bataille, — puis le portrait gravé sur bois et publié dans le Monde illustré^ — enfin le portraitcharge publié par le Journal pour rire et représentant Bellangé travesti en tourlourou causant avec le peintre de marine Le Poittevin habillé en matelot. {Lanterne magique , par Nadar, 1852-53.)

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droite de Bellangé portant des lunettes, Charlet en redingote, le chapeau sur la tête, vu de profil et tourné à droite \ »

Parmi les sujets drolatiques, faut-il en citer quelques-uns empruntés soit à ces albums qui fiu*eiit édités de 1823 jusqu'en 1835, ^^^^ ^ ^^^ feuilles volantes consacrées aux actualités ?

Tenei^ vojei-vous, monsieur le cure, pour moi le j>'lâ. . . rPère Eternel. C'est un vieux ciu'é de campagne assis dans un grand fauteuil. Un ancien soldat..., redevenu paysan, montre avec enthousiasme une image représentant Napoléon, qui est fixée aux chambranles de la cheminée, et deux petites filles écoutent leur père avec admiration.

Puis, la note comique éclate irrésistiblement avec

ce cri : Cre coquin, pousse donc, Dumanet f coule.

Dumanet et son ami sont dans une ferme ; l'ami, qui a obtenu un rendez-vous avec la fermière, se cramponne à l'appui de la fenêtre, la fermière l'empoigne pourtant par le collet de sa veste, Dumanet s'efforce de le hisser et en perd même son shako...; mais dans le lointain, apparaît le fermier armé d'im fiéau et les

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