‹ Hippolyte Castille, précédé d'une lettre de M. Veuillot, relative à sa propre biographie, et deChapitre 7 sur 9 · RUE DAUPHINE · texte numérisé non relu

RUE DAUPHINE

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Le bourg d'Estagel, dans les Pyrénées- Orientales, revendique Thonneur d'avoir abrité le berceau du plus illustre de nos savants modernes.

François- Arago naquit le 26 février 1786 ; il était l'aîné d'une famille nombreuse, dont il se montra le constant

protecteur,

On a prétendu que François, à l'âge de 14 ans, n'avait pas encore ouvert sa croix de par Dieu, et que, trois ans plus tard, il entrait à l'École polytechnique, le premier de sa promotion.

Ceci tiendrait un peu trop du miracle. Le père de François, ancien avocat, connaissait les dangers de l'ignorance.

Il envoya de très-bonne heure son fils à l'école primaire, et lui fit donner quelques leçons de dessin et de musique au logis paternel.

A cette époque, nos provinces méridionales étaient infestées de bandes espagnoles.

La Convention envoyait ses troupes contre l'ennemi. François admirait les beaux officiers qui logeaient chez son père, n écouta leurs discours patriotiques

et devînt un petit républicain fort chaleureux , disposé à manier le sabre et à combattre pour la défense du territoire.

Pendant la nuit, il se levait et se glissait en tapinois dans la chambre des militaires, profitant de leur sommeil, essayant l'uniforme, s'admirant sous l'épaulette, regagnant ensuite son lit et massacrant dans ses. rêves des bataillons entiers de l'armée d'Espagne.

Très-souvent la mère d'Arago fit courir après ce patriote en bas-âge, qui s'était échappé pour suivre un régiment.

On rattrapait François à quatre ou cinq lieues de la commune. Mêlé aux soldats, il agitait l'espadon d'un air héroïque, marchait au son des tambours, et portait triomphalement le sac ou la giberne d'un fantassin.

L*enfant ne dormait plus. Sa ikmille était obligée de le surveiller sans cesse pour mettre obstacle à ses fantaisies guerrières.

Il s'échappa néanmoins, un matin, au point du jour, et courut sur la place d'Estagd afin d'y guetter ses chers soldats. On était à la veille de la bataille dePeyres-Tortes. Beaucoup des hameaux avoisinants «e trouvaient au pouvoir de l'ennemi, et François jeta une exclamation de surprise et de colère, en voyant débusquer, de l'une des rues adjacentes, un piquet de sept à huit cavaliers espagnols.

Égalés dans une reconnaissance nooturne, ceux-ci traversaient avec assez de crainte un village qui leur était inconnu.

Notre petit héros se hâte de rentrer à la maison, s'empare d'une hallebarde rouillée, se précipite de nouveau sur la place, court sus à l'ennemi en poussant des hourras, et blesse à la cuisse le brigadier du détachement.

Celui-ci furieux l'ajuste avec sa carabine.

Le pauvre enfant allait payer cher son courage, quand une troupe de villageois arrive, en brandissant des pieux et des fourches. On entoure les Espagnols : ils demandent grâce et se rendent prisonniers.

François Arago avait sept ans lorsqu'il exécuta ce haut fait d'armes.

iO JFBASÇOIS ARAGO.

Son père, ayant obtenu l'emploî de payeur à Thôtel des Monnaies de Perpignan, quitta le hameau d'Estagel^ efc vint habiter avec sa famille le chef-lieu des Pyrénées-Orientales. Il lit entrer son fils au collège, et le jeune élève ne se leva du banc des humanités que huit ans plus tard, pour aller à la Faculté de Montpellier commencer la série des fortes études.

Virgile, avec ses Églogues et sa poésie tendre, n'avait pu amollir cette nature belliqueuse.

Arago tenait toujours à sabrer les en*

FRANÇOIS AtlAGO. H

nèmis dé la France. L'épaulette contin lait de rayonner à ses yeux dans un horizon de gloire.

Se prometiant, un jour, sur les fortifications, il aperçoit un très-jeune officier d'artillerie, en train de dresser des plans.

Cet officier semblait chargé de la direction des travaux. Le regard de François étincelle, sa poitrine bat avec force ; il s'approche et demande au jeune militaire comment il a pu , à son âge, conquérir un tel grade.

— En me faisant adiriettre à TÉcole polythechnique, répond celui-ci. Passez vos examens, soyez reçu ; dans trois ans vous aurez mon uniforme.

— Quel est le programme de ces examens? .

12 FRANÇOIS ATIAGO.

— Vous pouvez le réclamer à la préfecture de Perpignan.

François ne perd pas une heure. Il se fait renseigner le jour même, afin d^ remplir les conditions exigées ; puis il se livre à l'étude des mathématiques avec courage.

Bientôt il devine qu'un vieil abbé, son professeur, est loin d'être de première force. Alors il étudie seul et s'enfonce résolument dans les traités de Legendre, de Garnler et de Lacroix.

Nous le laisserons ici parler lui-même.

c Je trouvai, dit-il, mon véritable maître dans une couverture du traité d'algèbre de M. Garnier. Cette couverture se composait d'une feuille imprimée, sur laquelle était coi'ié exié ricurement du papier bleu ; j'enlevai ce

dapier avec soin, après l'avoir humecté, et je pus lire dessous ce conseil donné par d'Alembert à un jeune homme qu lui faisait part des difficultés qu'il rencontrait dans ses études :

« Allez, Monsieur, allez, et la foi vous viendra !

€ Ce fut un trait de lumière. Au lieu de m'obstiner à comprendre du premier coup les propositions qui se présentaient, j'admettais provisoirement leur vérité, je passais outre, et j'étais surpris, le lendemain, de comprendre parfaitement ce qui, la veille, me paraissait entouré d'épais nuages ^ 7>

Après dix-huit mois de travail cons-

1 . Mil jeiincfisc, extrait dos œuvres de F. Arago (Gide et Haudry éditeurs). Nous donnerons plu.s loin quelques autvcs citations tirées do môme livre.

14 FRAN'ÇOIS ABAGO.

tant et d'infaligaUe persévérance, François était en mesure de satisfaire a;i programme.

' Il n'avait pas encore dix-sept ans, et l'École polytechnique allait lui ouvrir ses portes.

Mais il comptait sans son hôte, c'està-dire sans le professeur chargé cette année-là des examens. Celui-ci tomba subitement malade. Les candidats furent renvoyés à l'année suivante.

Arago résolut d'employer ce temps d'arrêt à faire des excursions dans la partie du domaine de la science où il n^avait point encore mis le pied et dévora les ouvrages de hautes mathématiques.

Ces nouvelles études devinrent presque un jeu pour sa puissante intelligence. Il voulait aborder les examinateurs aveo

FRANÇOIS ARAGOt 45

autant de bagage scientinque qu'ils pouvaient en avoir pei*sonneIlement, et, ce bagage, il le chercha, comme eux, dans tous les livres connus.

On le prévint qu'un officier d'artillerie devait savoir l'escrime et la danse : il passa chaque matin. deux hefires à faire des armes et à se dénouer le jarret.

Enfin le grand jour de l'épreuve arrive.

Arago prend avec un de ses amis de

collège la voiture de Toulouse. Ils devaient Être l'un et l'autre examinés par le frère du célèbre géomètre * que les Conventionnels avaient porté, en 4792, au ministère de la marine.

Monge le jeune était d*uno sévérité presque brutale.

Il intimida tellement le compagnon

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