‹ Hippolyte de la Morvonnais: Œuvres ChoisiesChapitre 2 sur 57 · I. —- Histoire pes MaANuscCRITS DE LA MoRvONKAIsS · texte numérisé non relu

I. —- Histoire pes MaANuscCRITS DE LA MoRvONKAIsS

Les manuscrits de notre poète ont été singulièrement maltraités par le temps. Il en est peu qui n’aïent l’air lamentable de fragments, nous dirons mieux, de débris. Quelles mésaventures ontils donc traversées, pour s’offrir à nous en cet état pitoyable?

Avouons d’abord qu’après la mort d’Hippolyte de La Morvonnais (4 juillet 1853), sa fille, Marie, tempérament plus pratique qu’intellectuel, se préoccupa peu des manuscrits qu'avait laissés son père. Abandonnant le Val, où elle se trouvait seule, pour habiter tantôt à Saint-Malo, chez sa tante Bourdet, tantôt au Baschamp, chez sa tante Bodin, elle ne tarda pas à épouser M. Hippolyte Poinçon de la Blanchardière, conservateur des hypothèque, à Samt-Malo. Le jeune ménage n'apparaissait que très rarement au Guildo, deux ou trois fois par an, tout au plus. Le reste du temps, comme à l’époque du grand-père, l’ancien député à la Législative, le jardinier avait la charge de garder la propriété du Val.

Nous savons qu’alors, c’est-à-dire durant les sept ou huit années qui suivirent la mort d’Hippolyte, les manuscrits atteignaient un chiffre considérable. Seulement, ils ne se trouvaient plus au Guildo, du moins pour la plus grande partie. M. de la Blanchardière les avait fait transporter des greniers du manoir de l’Arguenon dans ceux de l'hôtel qu'il occupait à Saint-Malo. C’est là que, étant enfant, les a vus le petit-fils de la Morvonnais, le propriétaire a ctuel du Val, de qui nous tenons ce détail.

Vers 1860, M. Trébutien, venu, au nom de la famille de Guérin,

prier M. de la Blanchardière de vouloir bien lui communiquer les lettres écrites à Hippolyte par la sœur de Maurice, fut autorisé le premier, avec M. Duquesnel, l’ami d'enfance du poète, à faire un tri dans les manuscrits de La Morvonnais. Quatre ans plus tard, en 1864, paraissait la nouvelle édition de la T'hébaïde des Grèves, suivie des Œuvres posthumes. Comme nous l’avons dit ailleurs, Trébutien avait choisi les pièces inédites, Duquesnel avait écrit la préface du recueil.

En 1865, Jean-Marie Peigné fut à son tour admis à compulser les papiers d’Hippolyte. Il en tira, outre quelques menus fragments, cinq grandes pièces destinées à illustrer son opuscule, H. Morvonnais, sa vie et ses œuvres.

Après le passage de Trébutien, de Duquesnel et de Peigné, il est très probable que M.dela Blanchardière, — dont la femme était morte en 1864, — fit cadeau à la Bibliothèque de Saint-Malo du manuscrit des Solitudes, qui s’y trouve encore aujourd’hui.

Qu'advint-il du reste des œuvres inédites de La Morvonnais?

Tout naturellement, les poésies qui n’avaient pas trouvé place dans la nouvelle édition de la Thébaïide des Grèves, non plus que dans la plaquette de Jean-Marie Peigné, durent paraître à chacun, par le fait même qu’elles n’avaient tenté personne, sans aucune valeur littéraire. J1 eût fallu être plus qu’un amateur pour étudier de près les vers d’un poète, dont l'écriture est d’ordinaire une suite de traits informes et différents d’une page à l’autre. Le tas des poésies inédites fut abandonné dans un coin, comme un amas de papiers encombrants. Ainsi s’explique que les fragments poétiques que nous possédons soient salis, déchirés, et, par endroits, rongés. Combien d’autres ont péri!

Quant aux pages philosophiques et sociales, non seulement on les traita avec le même dédain que les morceaux poétiques, mais considérant les théories qu’elles renfermaient comme autant d’absurdités et de rêveries dangereuses, il semble qu’on ait eu plaisir à les détruire de parti-pris. Il répugnait à la famille qu’un monument subsistât, témoignant des sympathies d’Hippolyte de La

nes

Morvonnais envers le parti libéral et fouriériste. Ce fut la raison pour laquelle on brûla le plus-qu’il fut possible de la correspondance du poète de la Thébaïde avec les chefs du parti socialiste.

Aussi, presque rien ne demeurerait-il des inédits philosophiques et sociaux de La Morvonnais, si un assez volumineux paquet de manuscrits, traitant d’idées modernes et assez mutilés d’ailleurs, n’avait été distrait par un inconnu de la collection des fragments de notre auteur, possédés par M. de la Blanchardière. On ignorait ce qu'était devenu ce paquet, quand, voici une quinzaine d’années, le châtelain actuel du Val apprit par une note, parue dans un journal de Rennes, que M. Parfouru, alors archiviste d’Ille-et- Vilaine, avait à la disposition des parents ou des amateurs une liasse de manuscrits attribués à Hippolyte de La Morvonnais. M. de la Blanchardière entra aussitôt en pourparlers avec M. Parfouru, et racheta la liasse. L’archiviste avoua qu’il la tenait d’un frère des écoles chrétiennes, mais refusa de donner aucun nom (1).

Un autre manuscrit, — celui-là formant un tout, — les Esquisses bretonnes, était tombé entre les mains d’une petite revendeuse de Saint-Servan, Mme D..., dont la boutique se trouvait rue Dauphine. Vers 1895-96, un des fidèles clients de la bouquiniste, M. A. Dagnët, professeur au Collège, l'y découvrit par hasard. Frappé de l'intérêt que présentait ce document, rempli de détails sur la vie de la Chênaïe aux environs de 1833, M. Dagnët n’hésita pas à en faire l'acquisition. Il en publia d’abord quelques extraits dans un journal malouin, et en donna le texte complet dans l’Æermine, de novembre 1901 à mars 1902.

. Peut-être, — et nous le croyons, pour notre part, — d’autres manuscrits de La Morvonnais existent-ils au Cayla, chez les héritiers de Maurice et d’'Eugénie de Guérin. Mais, guidés par des raisons que nous n'avons pas à juger, ni M. ni Mme Maczug n'ont consenti à nous ouvrir leurs archives.

Il n’en eût pas été ainsi de M. Du Breil de Pontbriand-Marzan,

(1) Nous tenons ces détails et les précédents de M. de la Blanchardière lui-même.

TE

dont le père, on le sait, était l’intime ami d’Hippolyte de La Morvonnais. Par malheur, un incendie a détruit les lettres et les autres papiers inédits de notre poète, qu'avait en sa possession le descendant du châtelain de la Brousse. La perte est irréparable pour les lettres bretonnes, aux yeux de qui connaît la valeur intellectuelle des deux voisins, La Morvonnais et Marzan.

IT. — Descriprion pes Manuscrits DE LA MORVONNAIS

Telle est l’histoire des manuscrits du poète de la Thébaïde. Ceux que l’on nous a confiés peuvent se classer de cette façon :

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