‹ Hippolyte de la Morvonnais: Œuvres ChoisiesChapitre 26 sur 57 · XVI. — MARINE · texte numérisé non relu

XVI. — MARINE

Il est nuit : les vaisseaux du port Dorment sur la mer; et la rame

Errante crie et jette l’âme Au flot d’un poétique essor.

Dans les logis, le long du bord, Scintillent des milliers de flammes Qui reflètent les molles lames, Berçant les trois-mâts sans effort (2).

Pris d’un sombre deuil qui m’accable, Je vais m’appuyer près d’un câble Sur la caronade de fer :

J'écoute le silence austère, Et la paix du port solitaire Change en paradis mon enfer (3).

18 décembre 1834.

(Inédit. Communiqué par M. de la Blanchardière.)

(1) Très gracieux sonnet, dont les deux quatrains surtout respirent la douceur et l'harmonie. On ne voit pas du reste nettement comment le roitelet est le symbole du poète.

(2) Assez fine miniature.

(3) Nous permettra-t-on de noter que La Morvonnais ne reste presque jamais en observateur désintéressé devant un tableau, quel qu’il soit? Le spectacle qu’il a sous les yeux éveille le plus souvent en lui une impression sentimentale.

XVII. — SouvEnIR Souvent je me tourne en arrière Vers mon enfance, et je me dis Qu’alors ma naïve prière Plut aux anges du paradis.

Puis ayant fermé ma paupière, Je vois deux garçons étourdis (1) Guetter les oiseaux engourdis, L'hiver, sur la froide bruyère.

Je vois une simple maison (2) Où, sur le foyer, l’oraison Eut pour moi douceur angélique.

Au bruit du vent, dans le lit clos Je dors, ou j'écoute des flots La voix couler mélancolique. 22 décembre 1834.

(Inédit. Communiqué par M. de la Blanchardière.)

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