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Cher embaumement de la rive De mon lac morne, tu me dis :
€ Où donc est-elle? » Ame pensive, Je songe alors au paradis. |
Je te réponds : cherche en toi-même, Mon enfant : ta mère est en toi;
Et, pour connaître qu’elle t’aime, Écoute en ton âme avec foi.
Oui, regarde en ton âme, et songe Aux jours d'autrefois : que vois-tu ?
Ce tableau te semble un mensonge.
Tant il est beau, plein de vertu.
Ce que tu vois fut de la terre; Enfant, tu goûtas ce bonheur :
Tu l'as perdu : C’est un mystère Que nous impose le Seigneur.
Tu vois une figure blanche, Avec des rayons dans les yeux, De purs vêtements, au dimanche, Te parer, enfant gracieux.
Tu la vois sourire à son ange;
Son ange, c’est toi! — De sa main, Elle-même enlève la fange
Que tes pieds prirent au chemin.
De fleurs, tu la vois, en ton rêve, Te parer, toi, sa fleur de mai, Errante avec toi sur la grève, Radieuse en l'air embaumé.
Au foyer, sur l’antique pierre, Assise, elle t’apprend, le soir,
ASE
A prier Dieu; car la prière Était le bonheur du manoir !
On se rassemblait pour l'entendre ; A te voir, tout en souriant,
On pleurait: et l’image tendre Baisait tes cheveux en priant.
Puis en chantant, pâle et rêveuse, Un air qui t’endormit, enfant,
Elle mêlait sa voix berceuse,
Sous les toits, aux plaintes du vent.
Tu vois tout cela dans ton âme, Quand tu fais de tendres retours, Ma fille; et pour l’aimable dame -
Ton cœur a d’infinis amours.
Cette dame, enfant, c’est ta mère, Et voilà pourquoi je te dis
Qu'elle est en toi; pour l’heure amère Dieu te garde ce paradis.
Ta mère est encor dans la brise, Qu’avec toi, mon naissant espoir, Elle allait, dans l'ombre indécise,
Ouiïr aux grèves vers le soir.
Elle est là, car, Ô mon étoile, Quand j'entends la brise aux déserts, La douce image se dévoile
À mes yeux, d’ombres moins couverts.
Elle est dans la chanson rustique Qui t’endormait près du fover, Quand de son nocturne cantique Le vent emplissait l'escalier.
Elle est dans tout. Mais en toi-même Surtout elle sera, vois-tu,
Lorsque dans ton âme, qu’elle aime, Tu reflèteras sa vertu.
Donc, aime; et sois, Ô ma lumière, Toute charitable en tout lieu;
Car tu ne peux trouver ta mère, Qu'en allant la chercher en Dieu (1).
(Les Larmes de Magdeleine, p. 127.)