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chants (1). Ce peintre avait parfaitement compris le poète le plus complet qui ait encore paru chez les hommes.
Ce serait un beau et louable travail que celui du littérateur qui ferait connaître au siècle, et connaître réellement la littérature dramatique des Grecs (2). Plusieurs têtes laborieuses pourraient s'associer pour cette longue et rude tâche.
Poser des bornes à l’art! Mais cela est impossible. Posez done des bornes à la civilisation dont l’art est une partie inséparable. Il n’est qu’une borne à l’art : c’est la vérité et le dégoûtant (3). [1 fera un progrès toutes les fois que l'humanité en fera un. L’art est la science du cœur de l’homme. a
L’art a fait avec le christianisme un immense progrès, parce qu'alors se sont révélés de nouveaux mystères du cœur humaine Le poète a trouvé des accents inconnus avant cette grande époque (4). Est-il un poème d’une plus étonnante, plus originale nouveauté, d’un langage plus ignoré du monde d’alors que le Nou-
veau Testament (5) ?
Val, 1832, juin (Inédit.)
Pourquoi aime-t-on à pleurer au théâtre.
«Je dis donc et je vous prie de le bien entendre, que ce qui attire les anges, ce qui les fait descendre du ciel en terre, c’est le désir d’y exercer la miséricorde. Car ils savent, ces esprits célestes, que
(1) Préface de Cromwell, p. 182 : Tous les tragiques anciens détaillent Homère. Mêmes fables, mêmes catastrophes, mêmes héros. Tous puisent au fleuve homérique ».
(2) Nous avons dit dans notre ouvrage, H. de La Morvonnais, sa vie, ses œuvres, ses idées, comment l’auteur de la Thébaïde avait lui-même pris à tâche cette œuvre.
(3) Hugo avait dit : « Tout ce qui est dans la nature est dans l’art » (Préface de Cromwell, p. 223).
(4) Cf. les passages — déjà cités — de la Préface de Cromuvell, p. 186, et du Génie du Christianisme 2° partie, livre III, ch. 1x.
(5) Nous avons cru qu’il nous était permis de donner en leur entier la Lettre sur le Romantisme et la Préface de« Pharamond ». Malgré leurs défauts, dont le moindre n’est pas le décousu de la composition, ces deux fragments méritaient, semble-t-il, d'échapper à l'oubli tant à cause des rapprochements assez nombreux qu’il est facile d’établir entre eux et la Préface de Cromwell, qu’à cause des idées originales et des jugements curieux — à la date de 1832 — qui s’y rencontrent çà et là.
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sous un Dieu si bon et si bienfaisant, dont les miséricordes n’ont point de bornes, dont les infinies misérations éclatent magnifiquement par-dessus tous ses autres ouvrages; ils savent, dis-je, que sous ce Dieu il n’y a rien de plus grand ni de plus illustre que de secourir les misérables. Que feront-ils? Qu’entreprendront-ils? N’en pouvant trouver dans le ciel, ils en viennent chercher sur la terre. Dans le ciel, ils ne voient que des bienheureux : ils quittent ce lieu de bonheur afin de rencontrer des affligés (1). Apprenez ici de quel prix sont les œuvres de miséricorde. Il manque, ce semble, quelque chose au ciel, parce que l’on ne peut pas les y pratiquer. »
Ces paroles sont de Bossuet dans son sermon pour la fête des saints anges gardiens, — et véritablement la commisération qui est la sympathie dans la peine est un grand bonheur. Voilà pourquoi les hommes aiment tant au théâtre les sujets qui les font pleurer. Ils aiment ces représentations, non parce qu’on y voit souffrir les autres (l'humanité a plus de noblesse que cela dans le fond de ses sentiments), ils aiment ces spectacles, parce qu’ils peuvent exercer la commisération. Les poètes ont pour objet de réveiller, de ne point laisser éteindre cette belle et divine faculté de l’âme, et le poète le plus véritable et le plus utile est, à mon avis, celui qui sait mieux la faire épanouir (2)...
; 1840 (?) (ënédit.)
(1) Bossuer, édition Lebarq, III, p. 99. : « Que feront-ils? qu’entreprendront-ils? Ils n’en trouvent point dans le ciel, ils en viennent chercher sur la terre. Là, ils ne voient que des bienheureux : ils quittent ce lieu de bonheur afin de rencontrer des affligés .… »
(2) Les philosophes écossais ont recherché les causes qui font qu’au théâtre le spectateur sympathise avec les personnages qu’il voit souffrir devant lui :« Il est probable, dit D. Stewart, que la froideur apparente et l'espèce d’égoisme qu’on observe dans beaucoup d’hommes tiennent en grande partie à un défaut d’attention et d’imagination. Lorsque le malheur nous atteint, ou même lorsqu'il atteint nos proches, ni l’une ni l’autre de ces facultés n’est nécessaire pour nous faire connaître notre situation ; et, en conséquence, nous ne manquons pas d'éprouver les émotions qui en dépendent. Mais il faut être doué de l’une et de l’autre à un degré qui n’est pas commun, pour comprendre pleinement la situation d’un autre ou pour se faire une idée des maux qui existent dans le monde. Si donc nous sentons vivement nos propres maux et faiblement ceux d’autrui, cela tient en grande partie à ce que, dans le
La langue unitaire.
I semble qu’en lisant les poètes, on sent bien mieux encore les inconvénients malheureux résultant de la multiplicité des langages; car ce sont surtout ces écrivains dont on ne peut faire passer toutes les grâces dans les traductions.
On objectera peut-être que cela répand une diversité dans le génie humain et dans ses productions. Nous croyons, nous, que de là résulte beaucoup moins une variété qu’une difficulté. Alors même que le langage serait unitaire, cette variété ne se perdrait nullement, car, en un même langage, cette variété existe dans les hommes de génie. La langue de Bossuet diffère beaucoup de celle de Molière; ainsi celle de La Fontaine et celle de Racine. En latin Virgile parle une langue tout autre que celle d'Horace.
Si la langue était unitaire, elle se diversifierait dans les expressions (formes et cadences) selon le génie de l’écrivain et celui de la contrée. En un mot elle serait unitaire pour l'intelligence, et diverse pour l’âme. La langue de Bossuet ne diffère point de la langue de Molière pour l'esprit qui comprend : mais ces deux langues sont fort diverses dans leurs qualités poétiques pour l’âme qui sent. Ainsi dans le langage unitaire. La langue de Milton présente des qualités poétiques totalement différentes de la langue des autres hommes. De même, faut-il dire de la langue de Shakespeare. Ne pourrait-on pas dire que la langue poétique de la nature est tout à la fois une et diverse, puisqu'elle emploie uni-
premier cas, les faits qui provoquent notre sensibilité nous sont bien plus immédiatement et complètement connus que dans le second .… Cela explique en partie, ajoute D. Stewart, le grand effet que produit la représentation de malheurs feints sur des personnes assez peu sensibles d’ailleurs pour des malheurs réels. D’ordinaire, dans un roman ou dans une tragédie, le tableau est achevé; il n’y manque aucune partie essentielle; nous sommes témoins, non seulement des circonstances qui causent l'angoisse des personnages, mais de l’impression qu’elles font sur eux, des sentiments que chacun éprouve en conséquence de sa situation. Au contraire, dans les événements réels de la vie, nous ne voyons le plus souvent que des scènes détachées de la tragédie, et l’impression en est faible, à moins que l’imagination n’achève elle-même de tracer les caractères et ne complète les incidents. » (Philosophie de l'esprit humain, trad. Peisse, t. I, 379-381.
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tairement les bruits, les formes, les couleurs et les parfums? Et pourtant avec ces quatre éléments unitaires, elle se diversifie d’expressions dans toutes les contrées de l’univers. Ainsi en serait-il de la langue poétique unitaire qui, on peut le dire, existe déjà dans la sculpture, l'architecture, la musique, la peinture. La poésie seule ne la possède pas. En peinture, l’école flamande diffère de l’école italienne; ces deux dernières de l’école hollandaise. En architecture, cette diversité n’est pas moins apparente. Ces deux arts reproduisent dans leur langue unitaire la diversité du génie des hommes et du génie des lieux (1).
1844 (Note inédite.)