EX ORNE
femme qui ne livre que son corps? L'esprit du sacrifice peut seul sanctifier cet acte, épurer cette fange (1).
Généralement parlant, la femme croit et l’homme ne croit plus, et par une conséquence très explieable, communément lincrédule rejettera l'épouse qui ne croira point, car il a peu de confiance dans la solidité de sa vertu, dans sa puissance pour consoler : tant, dans les circonstances de la vie où se décide le bonheur, la vérité a de pouvoir sur le cœur humain (2).
Done, de toutes façons, la communion d’âmes qui doit faire le fond du mariage est de notre temps anéantie. Si la femme croit, l'époux ne croit pas. Si elle ne croit pas, l’homme qui garde en-
core quelque sincérité et quelque mesure s’éloigne d’elle avec effroi. Dans cette dernière supposition, il pourrait bien l’accepter pour maitresse, rarement pour épouse. L’incrédule voudrait un mariage qui ressemblât aux amitiés du monde. Aussi est-il partisan du divorce. Mais admettre le divorce, c’est chasser loin du seuil la sainteté du mariage et la chasteté de la femme, c’est faire entrer (3) le provisoire dans l’un des éléments les plus importants de la société et substituer à l’épouse, à la mère, la courtisane honorée (4).
(1) La Morvonnais écrit ailleurs : « A notre avis, la femme doit être l’épouse de la pensée de l’homme. On se marie, ou du moins on devrait se marier pour se prêter un mutuel appui et de mutuelles consolations dans les rudes traverses de la vie ». (Etudes morales, quelques idées sur l’éducation du cœur, Vigie de l'Ouest, 21 juillet 1838.)
Nous lisons encore dans un fragment inédit : « Pour le sauvage, la femme est une femelle et une esclave; pour le barbare elle est une femelle et une captive, pour le patriarche elle est une femelle et une servante; pour le civilisé elle est une femelle encore puisque en certaines occasions elle lui doit une soumission passive... Il y a au-dessus de la civilisation actuelle une civilisation, un progrès humain plus parfait, où la femme ne sera plus la ménagère de l’homme, mais où elle sera sa compagne. (Inédit, 1843 à 1845.)
(2) Première leçon : la parole de la vérité a du pouvoir sur le cœur de l’homme,
(3) Première leçon : C’est admettre.
(4) La Morvonnais dit ailleurs : « Le divorce ne peut être admis en pure et parfaite science harmonienne; en détruisant l’intime harmonie de l’âme qui ne peut exister que là où il n’y a pas une corde brisée ou détendue à la lyre des naturels et divins
sentiments, le divorce détruit par lui-même l’intime bonheur. » (Vigie de l'Ouest, 2 no-
vembre 1841.) :
Seulement, comme nous le verrons par la lettre à l'archevêque de Cambrai dont nous
donnerons plus loin le texte, les idées de La Morvonnais sur le divorce subirent une
évolution et le châtelain du Val en vint à prendre la défense du « mariage sériaire ».
ee,
Ainsi, dans le mariage, comme dans toutes les autres bases s0ciales, le grand mal de nos jours est le manque d’une foi commune. Les cœurs s'unissent surtout par la foi (1); la foi est l’harmonie des âmes, et sans cette harmonie nous ne concevons pas de société possible.
Avoir foi, c’est croire dans la réalité d’une chose qui est un lien mystique entre ce monde et le monde supérieur. Dans cette disposition sainte (2), on fait plus que sentir, on pressent. Ainsi la foi dans un Dieu intelligent implique la foi dans le monde de l’audelà, et au fond de cette foi est la vision, le pressentiment de notre avenir glorieux, de la justice irréfragable, de la rémunération selon les œuvres.
Prenons ici quelque chose de très vague en apparence, mais qui, pour certains esprits, n’en est pas moins très positif, puisque, pour eux, c’est un besoin, prenons la poésie.
Avoir foi dans elle, c’est non seulement s’y adonner d’instinct et de goût, c’est aussi croire dans sa réalité, et ne point voir en elle un pur rêve, mais un élément de notre vie, et par conséquent un élément social : c’est croire en elle comme l’on croit dans l'amour qui est le point de départ et le terme de tout ce qui est beau et vrai, et dont elle est elle-même la floraison divine.
Comme l’amour qui est essentiellement la poésie, puisqu'il est le sentiment, est l'élément dominant dans l’existence de la fille d’Ëve, de la compagne de l’homme, toute femme par le fond même de sa nature est poète, du plus au moins, selon qu’elle a un sentiment plus ou moins délicat de l'amour, selon qu’elle possède plus ou moins de la vision de l'idéal : la femme est dans la société l’élément poétique consolateur.
Si nous voulons en venir à l’application, observons une assemblée d’hommes où il n’y a pas de femmes. Là tout sera aride, désordonné même. Pas ombre de mélodie dans tous ces langages, à
(1) Première leçon : Les cœurs ne s'unissent que par la foi. (2) Première leçon : Dans la foi.