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moins que cette assemblée ne soit composée d’hommes religieux ou de poètes. La femme y apparaît-elle avec cette influence dont elle est digne, alors tout change de face. Aussitôt les vérités morales et religieuses sont respectées et avec elle reparaît l’élément poétique. Toutes ces belles choses dominent les esprits les plus rudes à la main, qui se transforment ou quittent la place, sentant que celle-ci n’est pas la leur.
Maintenant quelle est la dernière expression de la poésie? C’est la mélodie, qui est la fusion de la diversité dans l’unité musicale. Dans tout concert d'instruments de musique, il y a une note tonique dans laquelle viennent se fondre tous les sons, toutes les voix diverses, fussent-elles dix mille. Qu’on nous passe cette expression peut-être un peu barbare, mais il nous semble que dans cette note tous les sons s’aiment, comme elle aime tous les sons. Aïsément nous la nommerions la note sympathique.
Dans la société, ou, pour nous restreindre, dans la famille, la femme est ou doit être cela. Tous les enfants s’aiment dans la mère, tous les frères s’aiment dans la sœur : là, les haïnes, les antipathies viennent s’éteindre sur un cœur (1) où chacun se sent confondu dans un même amour. Dans la société, la femme est l’élément sympathique et mélodieux. Elle est le cœur d’un être collectif, dont l'homme est la tête.
L'homme, en tant qu'être, dans lequel prédomine l'intelligence, c’est-à-dire la force qui conçoit, tend au positif et à l'industriel. La femme, en tant qu'être, dans lequel (2) prédomine le cœur, c’est-à-dire la force qui aime, tend à poétiser tout ce qui l’entoure, puisque poétiser c’est répandre sur tout l'esprit d’amour et de mélodie.
L'’écueil, l'excès de l’un est dans l’orgueil et l’égoïsme : celui de l’autre est dans le sacrifice voluptueux. L'un, de nature, est poussé à se concentrer, à rapporter tout à soi, l’autre à trop se répandre.
(1) Première leçon : là toutes les haines, toutes les antipathies… (2) Première leçon : en tant que nature dans laquelle.
Pour que la société fût parfaite, il faudrait, nous semble-t-il, que ces deux éléments fussent unis et marchassent d’accord à la conquête de la vérité, à la réalisation de [a loi de notre nature sociale (1), qui est la loi de Dieu.
Or l’union ne s’opère que dans la foi : ou du moins, là seulement elle porte des fruits de vie. La foi est la base de l'association des méchants, comme des bons; les méchants s’associent parce qu'ils ont réciproquement foi dans le pouvoir de méfaire qui est en eux; leur but est la ruine de tout ce qui fait obstacle à leurs désirs; l’union des bons se fonde sur la foi réciproque qu'ils ont en leurs vertus personnelles. Dieu est leur lien et leur but.
Mais avoir foi dans quelqu'un, c’est déjà comprendre un peu sa pensée et la nature d’où elle émane habituellement (2). Ainsi pour l'harmonie du mariage, il faut que l’homme ait foi dans l’amour et la femme dans l’intelligence, et que de plus tous deux comprennent la beauté naturelle (3) de leur âme; en un mot, nécessaire il est que les deux éléments que nous avons essayé de définir, réagissent l’un sur l’autre.
Mais (4) comment peuvent-ils réagir l’un sur l’autre? Evidemment par la parole; et de nos jours l’homme sait parler, car il conçoit, car il a foi en lui, et la femme ne le sait pas ou peut-être ne l’ose pas(5), car elle ne conçoit guère ou du moins n’a que très peu de foi dans la puissance de sa parole. Elle ne sait généralement que souffrir et s'immeler. De là vient son esclavage un peu volontaire (6), car elle comprend plus qu’elle ne se l’imagine. I] y a en elle un bon sens qui souvent d’un mot peut terrasser l’homme qui se croit le plus fort.
L'éducation de Ta femme doit donc tendre aujourd’hui à l’ini-
(1) Première leçon : de la loi sociale de notre nature, qui.
(2) Première leçon : d’où émane sa pensée habituelle.
(3) Première leçon : la beauté de la nature de leur âme.
(4) Première leçon : Or.
(5) Première leçon : ou du moins ne l’ose pas.
(6) Première leçon : esclavage un peu volontaire, car pour s’en affranchir, elle n'a qu’à concevoir et à parler. Et elle comprend...
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tier à la perception des idées, à lui apprendre à parler. Il faut qu'elle soit dans la famille ce qu’est l’homme dans la cité, le représentant ou plutôt la prêtresse de la force qui meut l'humanité en tant que soumise à la puissance morale, aux influences qui viennent du cœur.
Quand l'époux souffrira, elle le consolera avec des paroles qui ne seront point en dehors des idées qui le dominent. Elle entrera aussi dans ces idées, elle en vivra aussi, mais elle les poétisera en les parfumant pour ainsi parler, en les illuminant de l'amour qui est en elle et qui découle de ses lèvres et de ses regards; de la sorte elle sera réellement l'épouse de la pensée de l’homme : tout autre manière de consoler est insuffisante (1).
1837 (?) (Inédit.)
Rôle actuel du corps ecclésiastique (fragment).
Les tendances générales de notre époque sont à coup sûr cellesci : d'obtenir que l’état, le gouvernement des hommes se fasse providence des infortunés et conforme à la justice et à la vérité divines. Ces tendances sont bonnes et saintes, et ne pas leur prêter l’oreille et leur obéir, en sens directeur, serait manquer au devoir religieux. Et alors nous ne voyons pas comment et pourquoi ce qui advint à l’époque de la réforme où le pouvoir investigateur de l'intelligence ne trouva pas protection et direction suffisantes dans le corps ecclésiastique n’aurait pas lieu aujourd’hui, si l’humanité ne trouvait pas aide et direction dans ce même corps.
De ce corps vénérable et de tout point le plus vénéré et le plus influent des corps sociaux, on attend qu’il reprenne un peu de cette position qu'il avait au moyen âge et qui lui donnait tant de puissance, quand il marchait dans les voies évangéliques protégeant
(1) Cf. cet autre passage inédit : « Les poètes sont bien malheureux ! eux qui ont tant besoin de la femme, ils trouvent dans la fausse et incomplète éducation de la femme, un obstacle, une misérable honte qui empêche la sympathie de leur arriver. »
FU. ca
les petits contre la tyrannie impitoyable des grands, et à loccasion défendant les grands eux-mêmes contre la rébellion souvent féroce des petits. Uniquement, il ne devra pas agir comme dans le moyen âge, qui était tout rempli de l'élément des passions barbares, qui recouraient au fer comme nous recourons à la parole. Ce qu’alors il réclamait au nom de la foi, il le doit réclamer au nom de la foi, toujours, sans doute, mais en y joignant les droits À de l'intelligence et de l’humanité, au nom de la justice et de la vérité, pour employer l’évangélique langage (1). Il ne doit plus nous dire comme à des enfants qui n’ont que des mouvements instinctifs : cela est; mais comme à des jeunes hommes qui ont des mouvements réfléchis et qui veulent marcher dans la vivification lumineuse, que cela est conforme au progrès que veut celui qui est venu apporter au monde la vérité et la vie.
Si le corps ecclésiastique ne se ralliait pas aux grandes aspirations qui emportent aujourd’hui l’humanité et qui demandent que justice soit faite à Dieu en accordant à chaque énergie virtuelle et divine ce qui lui est nécessaire pour vivre de la vie qui lui est propre et qui soit digne de Dieu, et à chaque individu la faculté de pouvoir exercer, pour le bien de tous et d’une manière digne de lui-même, ses virtualités spéciales, en devenant fonctionnaire de l’humanité d’eselave, de serf, de salarié qu'il a été et qu'aujourd'hui il est encore, oui, si le corps ecclésiastique demeurait en arrière (ce qui ne sera pas, car il a au-dessus de lui l'église de Dieu, qui dans ses aspirations et tendances générales, qui sont ses aspirations à elle propre, demande à se réaliser intégralement parmi les hommes et à prendre possession de la terre) des
conséquences et des dissidences funestes en résulteraient, et d’autant plus funestes, que le bien que l’on invoque étant plus grand
» », . ’0 . ‘ & qu'à l’époque de la Réforme, plus grand aussi serait le mal résul-
(1) Comme on le voit, La Morvonnais demeure fidèle à sa théorie de la foi intelligente.
tant d’un refus où la vertu et l'intuition sacerdotales seraient sacritiées à l'opinion doctorale et à la passion corporative (1). 1842 (?) ({nédit.)
Le droit à la vie.
Vivre pour l’homme, ce n’est pas seulement avoir la nourriture pour soi, c’est encore l'avoir pour l’objet de ses affections (2); car il y a pour l’homme trois sortes, trois modes de vie : la vie de l’intelligence, celle du cœur, et celle du corps. Où done trouvera-t-on, si ce n’est peut-être dans le philosophisme creux et faux, que le droit de vivre politiquement est une chose plus sacrée que le droit de vivre corporellement et par les affections? Qui de nous peut songer à son droit politique, quand sa famille est dans le dénûment, les garçons sans carrière vocationnelle, les filles comme fatalement poussées vers la prostitution ?
Poursuivant sur cette voie désolée, nous irons jusques à affirmer ceci : on n'a droit de vivre politiquement que : 19 Quand la vie intellectuelle est assez développée pour exercer ce droit au « Pouvoir », au « Gouvernement »; 20 Quand le cœur n’est pas dans une souffrance, dans une compression des affections les plus saintes, qui le ferait entrer, sous l'influence des passions, en
(1) On sait comment à la fin du xixe siècle l’Église, guidée par Léon XIII, est «redescendue vers le peuple »: « C’est avec une profonde émotion, écrit l’abbé Naudet, que l’Église, en ce siècle, au détour de la route, a rencontré la démocratie. Sans doute, elle la connaissait depuis dix-neuf siècles, mais l’Église est servie par des : hommes, et ceux-ci, depuis un temps trop long, avaient cessé de comprendre leur rôle et son rôle vis-à-vis du peuple. On avait repoussé ia mère loin des enfants; la Révolution avait prétendu la détruire; ceux qui Continuaient la Révolution avaient prétendu l’isoler et ils l'avaient enchaînée sur la hautour, tandis que, dans la plaine, le peuplesouffrait et gémissait. Mais voilà que l’Église est descendue vers le peuple, la main ouverte et le cœur sur la main ». (Cité dans L. GRÉGoIRE, Le Pape, les catholiques et la question sociale, p. 243. Paris, Perrin, 1891, in-16). Cf. les Encycliques de Léon XIII, spécialement les encycliques Rerum novarum, 1891 (Sur la condition des ouvriers) et Graves de communi, 1901 (Sur la Démocratie).
(2) Gette thèse, les tenants du « salaire familial », — le comte de Mun, l’abbé Lemire, l’abbé Garnier, le Père de Pascal, — la défendront — avec quel talent! — contre les partisans du salaire basé sur La loi de l’offre et de la demande, où même du salaire établi sur le principe d°’ équivalence.
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effort subversif, car d'ordinaire, en l’homme, l'extrême souffrance, comme V'insolent bonheur, produit l’iniquité et la violence.
Les passions en effort subversif sont celles-là qui ne pouvant arriver à satisfaction par des voies légitimes cherchent cette satisfaction nécessaire au triple mode de la vie de l’homme par des voies iniques et criminelles.
Par souffrances extrêmes nous entendons celles qui résultent d’une compression telle de nos besoins vitaux que l’homme est tué dans un de ses modes d’existence ou dans tous les trois à la fois, dans son corps, dans son esprit et dans son cœur: d’où 1l découle logiquement que l’homme a un droit égal à l'exercice de ces trois choses, s’il a droit à la vie complète; car en ces trois choses sont les éléments de la vie intégrale.
Par bonheur insolent, nous entendons celui qui s'obtient et se conserve aux dépens d’autrui considéré collectivement. Ce bonheur acquis par l’iniquité, qui ne se maintient que par l’iniquité et ne peut produire dans les âmes que l’iniquité, comme il est 1mmoral et faux dans ses trois modes d’action, dans la manière dont il se produit, dans la manière dont il se conserve et dans l'influence qu’il exerce sur les autres, doit être rangé parmi ces choses, qui, selon la parole évangélique, sèment les vents et recueillent les tempêtes (1).
Faisons donc pénitence de nos insolents bonheurs par la charité, en laissant en nous la sympathie éclore et diriger nos âmes: par la confession sociale en faisant collectivement cet aveu de la faute, lequel, selon l’enseignement du Maitre divin (2) et du Maitre scientifique (3), est une initiation nécessaire à l'avènement du bien. Faisons cela, car le royaume de Dieu est proche : et s’il ne s'établit pas pacifiquement (4) sur la terre, il y entrera par vio-
lence comme un voleur et un ravageur. Cela est terrible en vérité,
) Cette parole ne se (rouve point dans l'Évangile, mais dans Osée, 8, 7. ) Jésus-Christ.
) Fourier.
4): Luc., 12,89: 2 Petr, 8, 40,
mais cela doit être dit et proclamé sur les toits, car cela est inévi-
table (1).
o août 1843 (Démocratie pacifique.)
Lettre à Lamartine (fragment) (2).