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tales du christianisme, la foi, l'espérance et la charité doivent être infinies dans Le sentiment qui les ravit, vu qu’elles ont trait à des choses d’infinie puissance où elles prennent leurs vives sources et contre lesquelles il est écrit que les portes de l'enfer ne prévaudront pas (1). La foi s'adresse au père qui a en lui infiniment intarissable production de la vie; l'espérance au fils, qui, ayant en lui la parfaite (2) intelligence, a, lors de (3) la préconception de son dessein de l'univers, et avant même la création, coordonné tout idéalement d’une manière parfaite; d’où 1l faut inférer que, Dieu étant infini en puissance d'organisation, comme en puissance de produetion, nul ne peut lui faire obstacle jusqu’au point de renverser totalement (4) son premier projet qui était que l’homme fût heureux et innocent sur la terre (5). La charité s’adresse au Saint-Esprit, au Paraclet glorifiant (6).
(Sous) l'empire du code divin établi par Dieu à l’origine et qui sera retrouvé à l’apogée par la science de l’homme réalisant la parole du Christ, il ne peut v avoir que liberté et expansion car, sous l'empire de linfluence providentielle s’exerçant dans la société à l’aide du sentiment sympathique, comme sous l'empire de ce qu’en religion on nomme (7) la grâce, on ne doit plus obéir qu’avec bonheur et par amour. On sera tout aussi (8) heureux de servir que d’être servi puisque à l’aide (9) du développement sympathique intégral en nous (10), nous vivrons tout autant et plus peut-être de la vie des autres que de notre propre vie; alors (11), aimant le prochain à l’égal de nous-même, son bonheur nous de-
(1) Dans l'Évangile ces paroles s’appliquent à l’Église (MATH., XVI, 8).
(2) Première leçon : la divine intelligence.
(3) Première leçon : a, dans.
(4) Première leçon : d’anéantir…
(5) Comme la plupart des socialistes, La Morvonnais a rêvé du retour sur la terre des jours édéniques.
(6) Ici deux feuillets manquent dans le manuscrit.
(7) Première leçon : on appelle.
(8) Première leçon: plus heureux.
(9) Première leçon : puisqu’à j’aide ; — deuxième leçon : car à l’aide.
(10) Première leçon: en chacun de nous.
(11) Première leçon : puisqu’alors.
viendra une chose aussi nécessaire que notre propre bonheur, et même plus nécessaire parce qu’au besoin, au sentiment de la vie collective s'ajoute en nous le sentiment de la vie religieuse, de la vie unitaire qui procède, elle, par immolation d’un sentiment inférieur de la vie à un sentiment supérieur, ce qui, au fond, n’est point une immolation, mais une substitution dédommageante en un divin ravissement..
Le problème (1) consiste donc à trouver un milieu social ambiant, un mode d’existence générale, qui, naturellement, c’est-àdire nécessairement, car la nature à sa nécessité fatale, fasse éclore en nous le sentiment sympathique, et qui le développe à ce point que nous vivions tout autant de la vie collective que de notre vie personnelle. Alors sera accompli, même sur la terre, le mystère du tout en tout. Or, c’est précisément la possibilité de cet acco.nplissement que l’on découvre dans l'étude de ce que vous nommez, vous, le fouriérisme, et de ce que nous nous obstinons, nous, à nommer la science des divines harmonies, le procédé humain rédempteur. Car, encore une fois, Fourier n’a, à nos veux, que l’autorité d’un homme de génie, n’ayant qu’une infailhbilité relative à la puissance de son génie lui-même et non absolue, laquelle infaillibilité ne peut être qu’en Dieu, — plus que tout autre fidèle et complet interprète de la nature; mieux voyant par cela même qu'il est plus croyant, toutes qualités (2) à quoi ül doit d’avoir ramené la science dans la voie où la veut la Providence (3).
Pour nous résumer donc, nous dirons : la providence s'étant à l'origine proposé notre bonheur, ne peut manquer de l’effectuer tôt ou tard, selon que nous lui opposerons plus ou moins d’obsta-
cles. Autrement il faudrait croire (4) que dans la puissance dé-
(1) Première leçon: le problème social.
(2) Première leçon : toutes choses.
(3) Première leçon : la divine Providence, laquelle on ne saurait trop le répéter, s'étant.
(&) Première leçon: dire,
sorganisatrice ou satanique il y a en définitive une force supérieure à la puissance organisatrice ou divine, ce qui serait au fond limiter Dieu dans la prévision de son intelligence, laquelle aurait voulu un ordre de choses qui, après, n’aurait pu être réalisé (1). Au-dessus de la liberté de l’homme, laquelle s'exerce en de certaines limites, il y a toujours la Providence de Dieu, qui, elle (2), en définitive, doit toujours obtenir la victoire, durant cette éternité postérieure que nous partageons avec elle (3). Jusqu’à présent, la foi, l'espérance et la charité n’ont point été en nous des vertus intégrales dans leurs inspirations, puisqu'elles ont posé des bornes aux diverses puissances de Dieu dans les diverses régions de vie où 1l nous fait passer, la terre et le ciel. Elles ne nous ont donc point encore donné tout ce qu’elles doivent nous donner, puisque étant divines, elles n’ont point encore satisfait toutes nos aspirations, tous nos indestructibles vœux. À notre temps et à notre science il est donné d’opérer cette évolution dans les trois vertus fondamentales du christianisme, à savoir qu’elles doivent, à l’aide d’une conception plus complète de Dieu, passer de l’état simpliste qui n’est point en accord avec notre nature, n’ayant pour but que le ciel, à l’état composé, ayant pour but le ciel et la terre (4). Dans le monde religieux comme dans le monde social, en dépit de nos adversaires qui condamnent à tout jamais la nature, moralistes infirmes et théologiens caducs (5),
(1) Première leçon : exécuté.
(2) Première leçon : laquelle.
(3) Nous lisons dans un autre fragment inédit : « En nous créant, Dieu s’est proposé de nous faire arriver au bonheur, ce bonheur qui est le complément de la vie... Si nous demandons au Christ que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel et que le royaume de Dieu nous arrive, nous devons croire que tout cela nous sera accordé et que, dès ici-bas, nous posséderons la terre. Notre destinée et celle de notre globe est donc entre nos mains. »
(4) Ailleurs, La Morvonnais aspire après le jour où l'Eglise deviendra « sociétaire »: « L'Église, en n’admettant pas comme article de foi que le règne de Dieu peut s’établir sur la terre (sans pourtant rejeter cette foi) est restée à l’état de demi-croyance. Elle doit aujourd’hui, en acceplant ce dogme scientifique, passer à l’état de pleine croyance; elle doit se compléter en se faisant phalanstérienne » (Inédit).
(5) Notre auteur n’aimait pas les théologiens. Non qu’il ne révérât « beaucoup
notre théorie développant le sentiment de la vie solidaire et collective, élèvera toutes choses à l’état de division, montrant que l'individu pas plus que la société, le ciel pas plus que la terre, ne peuvent être heureux dans un isolé bonheur.
S’ilest quelque personne qui, dans la contemplation des attributs de Dieu, prenne une conception plus digne de ce suprême ordonnateur des mondes (1), nous sommes prêt à suivre cette âme mieux inspirée et à la proclamer supérieure à Fourier. Mais ce que nous exigeons, et ce que nous sommes en droit d'exiger, c’est que à une affirmation relativement inférieure, on substitue, en toute occurrence, une relativement supérieure affirmation plus conforme à la sainteté du désir, et non qu’à une affirmation qui fonde on substitue une négation qui n’a d’autre résultat que de détruire (2), car alors ce serait rétrograder dans le sentiment du développement de la vie par l’idée, lequel, en toute occasion, doit être le résultat de la science. À nos esprits qui vivent de lumière et non de ténèbres, donnez non des ténèbres, mais de la lumière; à nos âmes, illimitées dans leurs transcendantes aspirations, dans leurs angéliques soupirs, ouvrez des horizons illimités, des perspectives qui, devenant de plus en plus vivantes de la vie par infusion, deviennent par là aussi de plus en plus harmoniquement identiques à nos âmes elles-mêmes. Dans le système harmonien, tout doit tendre aux intégrales harmonies, et tout doit s’y résoudre au terme, car, au commencement, Dieu a vu que toutes choses faites par lui sont bonnes selon leur espèce, c’est-à-dire atteignant le but divin.
les docteurs », mais il n’avait pas «grande confiance dans les résultats que l'humanité ni la Divinité tirent d’eux; attendu qu’à son avis, ils ont produit beaucoup plus de querelles que de concorde ». (D’après une note inédite.)
(1) Ge qui suit a été effacé par La Morvonnais : « Lequel étant infini ne peut
admettre que les portes de l’enfer prévalent contre sa parole, la promesse contenue
en sa parole éternelle... »
(2) I semblerait qu’on n’eût:pas besoin de formuler cette règle de {oute discussion loyale, et pourtant |
ir IT. LA FAMILLE.
Dans les pages qui précèdent, nous avons essayé de laisser entrevoir les bases religieuses (1) du système et leurs rapports avec l’enseignement chrétien (2). Nous allons maintenant nous livrer naïvement à vous, en vous disant quels sont, à nos veux, les éléments fondamentaux de la famille et de la propriété. Si, relativement à ces deux choses, nous demandons plus qu’aujourd’hui, c’est que Dieu lui-même veut (3) qu’au terme d’apogée ce plus soit réalisé. Toutefois, il ne faut point vous hâter de croire que, de ce que nous demandons plus qu'aujourd'hui, nous veuillions détruire ce qui est. Comme le divin Maître, nous ne venons pas abolir la loi, mais perfectionner jusqu’à consommation de la loi humaine dans la loi divine. Connaïissant les bases de la consütution familiale telle que nous la concevons, nous verrons bien si, en nous attaquant, vous attaquez les bases, ou si, dans cette attaque même, vous ne nous demandez pas ce que nous vous donnons, en sorte que votre attaque ne serait que la défense et la consécration de notre système dans votre désir.
Dans la famille consanguine, le père (et dans ce terme de père nous comprenons aussi la mère, car, à nos yeux les droits de ces deux personnes sont à tout le moins égaux), le père donc a besoin de trouver dans son enfant une créature dans le bonheur de laquelle 1l se sente vivre, en quelque sorte, dans une charmante indulgence envers lui-même, envers son sentiment de pur amour. D'où il suit que le premier besoin du père, à titre de consanguinité, est le bonheur de son enfant; ce qu’il veut avant tout, c’est à tout prix lui procurer ce bonheur, c’est exercer le gâtement indulgent et protecteur (4). Cette manière d’exercer cette paternité
(1) Première leçon : quelles sont les bases.
(2) Il est seulement fâcheux que ces « pages » si intéressantes, — faute d’être « composées » suivant les règles rigoureuses de l’art classique, manquent çà et là de clarté.
(3) Première leçon : a voulu.
(4) « La paternité naturelle appartient au père Consanguin. Elle est imposée ou plutôt donnée par la nature : et elle a pour caractère la bonté native, avec une spon-
consanguine n’est pas possible dans la société telle qu’elle est encore et qui, en maintes occurrences, nous charge de fonctions tout à fait en dehors de nos aptitudes, d’où résulte pour l'individu le malheur, pour la société le désordre. Aujourd’hui, gâter l'enfant, satisfaire à tous ses désirs, c’est souvent, de la part du père simplement consanguin, compromettre le bonheur à venir de cette chère créature. Ce père donc est forcé de contrarier souvent les désirs de l’enfant, ce qui est pour le père une grande souffrance; et souvent encore, ayant une nature d'âme autre que celle de l’enfant, il arrive que ne la comprenant pas, il la dirige mal, ou qu'il exerce d’imprudentes et barbares compressions sur les impulsions vocationnelles (1 ).
Dieu ayant pourvu à tout, il faut donc qu'outre le père consanguin, lequel souvent n’ayant pas l'aptitude nécessaire, par là même n’a pas la direction naturelle de la destinée vocationnelle de l'enfant, mais qui a simplement le besoin de son bonheur, 1l suit donc, dis-je, qu’à côté de la paternité consanguine, il y ait la paternité industrielle, correspondant à la vocation, — chose ellemême très nécessaire au bonheur de l’enfant qui demande un patronage vocationnel, — et aussi au bonheur du père qui, dans ses aspirations les plus chères (2), a l’idée d’un héritier vocationnel continuant après sa mort les établissements, collections et ouvrages divers dont il a jeté la base durant son existence. Or il est rare, très rare, que le père rencontre dans son héritier consanguin cet héritier vocationnel; force lui est donc généralement de le chercher en dehors de la famille du sang et d'appeler La famille des âmes, ce qui admet, de nécessité, l'adoption dans la constitution familiale telle.que Dieu en a posé les lois dans nos aspirations
naturelles; nous ajoutons qu’en civilisation, qui n’est autre que
tanéité de tendresse débonnaire ot condescendante qui, aisément, arriverait! ästomber dans une faiblesse tout aimable: car elle tendrait facilement à protéger. ‘déruésurément la liberté capricieuse de l'enfant et à le gâter pour nous servir du langage usuel. » (Ordre nouveau, P. 184.)
(1) Première leçon : de l'enfant.
(2) Première leçon url plus douces.
l’époque sociale où l’antagonisme des intérêts produit l’antagonisme des volontés et ruine l'amour (1), l'élément adopté ne peut être admis que difficilement dans les familles où d'ordinaire il doit apporter de grands troubles. Nous sommes encore sous la loi rigoureuse du devoir : résignons-nous à cette loi, non dans le but de la consacrer comme une chose que l’homme, contrairement au premier dessein de la Providence, a rendue éternelle ici-bas dans sa rigueur, mais plutôt sachons nous y soumettre dans l’espoir de nous délivrer de cette rigueur à l’aide de la science qui comprendra mieux Dieu et verra mieux les moyens de rédemption sociale dont il nous enviroune (2); — à l’aide du sentiment qui nous élève de la vie individuelle, civilisée, païenne encore à la vie collective, harmonique, chrétienne, en nous rendant le bonheur des autres tout aussi nécessaire que notre propre bonheur, ainsi que cela se produit de nos jours même dans une famille bien ordonnée.
Outre cette paternité du sang et du cœur, qui tend à s’isoler en elle-même et ne voir égoïstement que son enfant dans le monde, outre cette paternité, dis-je, et à côté d’elle, pour lui faire contrepoids, Dieu a donc ménagé une autre paternité qui, reliant le groupe familial au groupe humain, veut trouver dans l’enfant un
(1) Dans la théorie sociétaire, «la civilisation » désigne le temps présent par rapport à l’ «édénisme »et à la « phase harmonienne ».
(2) La Morvonnais estime qu’un jour le devoir ne sera plus qu’attrayant (c'était déjà l’opinion de Fourier) — ou plutôt qu’il n’existera plus d’obligation morale : « La sainte et vraie morale, écrit-il, est celle qui, révélant ou faisant sentir à l’âme les merveilles et les douceurs de la science, de la loi des harmonies, inspire l’amour du devoir pour la beauté qu’il possède en lui-même. Il y a dans le devoir une beauté ravissante et dans le sentiment du devoir accompli un bonheur, un bien-être tel que nous concevons fort bien un état d’âme où l’accomplissement du devoir ne soit plus qu’un travail attrayant, et dans lequel nous nous eflorcerons passionnément de vaincre les obstacles qui s'opposent à ce que nous arrivions à cet état de bien-être et de bonheur. Et précisément la perfection serait de nous amener à une disposition d’âme où, ne trouvant plus que de l'attrait dans l’accomplissement du devoir, les lois de la morale ne seraient plus que celles de notre plaisir. On peut prendre analogie dans le travail de l'artiste, du poète qui trouve un tel bonheur dans la réalisation de son idéal, qui a un tel besoin d’arriver à cette réalisation que, soutenu par cette aspiration vers son éden (l’accomplissement de son œuvre), il n’y a plus, à
bien parler, d’autre plaisir pour lui dans l’existence que celui qu’il goûte dans son labeur. » (Vigie de l'Ouest, 2 novembre 1841.)
Mau être qui reçoive d’elle l'instruction mdustrielle, qui protège dans l'enfant l’éclosion de la vocation, comme le père consanguin pro” tège avant tout son bonheur qu’il voudrait lui procurer à tout prix, au prix du bonheur des autres, au prix du sien même.
À la communauté de cœur que recherche la paternité consanguine, à la communauté d’esprit que cherche la paternité vocationnelle, communautés bienfaitrices, auxquelles lenfant naturellement répond par l'affection dévouée et la reconnaissance admirative, nous ajouterons que, pour compléter la famulle des âmes, ayant toujours pour principe élémentaire la famille du sang, il faut donner tout à la fois à l'enfant et au père la communauté sympathique, celle-là qui se fonde sur une manière identique de sentir et de comprendre les choses dans leur ensemble: celle-là qui, à l’aide de l’intuitive tendresse, si différente de la tendresse indulgemment aveugle du père consanguin, verra dans Pâme même de l'enfant, et lui viendra en aide dans les occurrences les plus délicates : qui non seulement partagera sa joie et ses larmes, comme la paternité purement affectionnée, mais qui les comprendra et conséquemment leur répondra par autre chose que par des éclats de Joie ou des pleurs, adressant à l'enfant des paroles où il puisera la consolation en y trouvant l'explication de sa destinée, dans l'explication des vues de Dieu sur lui. Aisément nommerions-nous cette dernière et compétente paternité, recevant l’aveu de nos blessures pour les guérir, de nos fautes pour nous consoler en nous purifiant, la paternité sacerdotale, car au prêtre surtout il est donné de nous élever à comprendre nos destinées dans leurs ensembles harmonieux, dans leurs eorrespondances avec les illimitées perspectives de la vie transmondaine et sidérale. Pardon si je parle le langage de la science (1), Monsieur, mais il m'est devenu ainsi que la langue de la patrie, et je l'écoute un peu comme, dans son île solitaire, Philoctète écoutait l’adoré (2) langage des hellènes : ma patrie à moi, poète,
(1) Harmoniénne, (2) Première leçon : paternel.
est où est mon rève, mélancolique dans le passé où est l'amour (1), radieux dans l'avenir où est l'harmonie (2).
La femme est notre éducateur (3) angélique, ayant pour fonc- . tion de développer en nous la vie d'amour et de consolation : le poète est notre éducateur idéal éveillant en nous le sentiment de lidéalité (4), le besoin de respirer l’arome qui réellement se dégage de toutes choses aux regards du sublime rêveur; le prêtre est notre éducateur (5) prophétique nous mettant en rapport avec le sentiment de la vie, descendant des mystérieuses profondeurs de Dieu, avec la parole théologale; laquelle parole nous apporte sous le voile d’or du symbole, et dans son sens définitif, la foi intrégrale, l'intégrale espérance et l'intégrale charité, où est la consommation du tout en tout; de la liberté de l’homme s’harmonisant avec la volonté de Dieu, et accomplissant cette volonté avec d'autant plus d’exactitude qu’il obéira plus exactement et plus complètement aux attractions rétablies (6).
La chose vue ainsi, Monsieur, vous rassurera contre cette appréhension, où est tombée votre grande âme, de voir l'individu, homme, famille ou nation s’absorber dans la collectivité. Nous seuls, en cherchant, en trouvant peut-être le moyen de ramener les attractions dans leurs voies primordiales (7) en leur créant un ordre social qui soit conforme à l’exercice de ce qu’elles ont de divin ; nous seuls, avons par là même recherché, trouvé peut-être le moyen d’accorder ces deux termes fondamentaux de toute société normale : la liberté de l’homme et la volonté de Dieu. Encore une fois, s’il est dans notre théorie une seule absorption, un
seul anéantissement d’un élément, d’une tendance divine en elle-
(1) L'amour de Marie, sa femme morte si jeune.
(2) La restauration de la société sur les bases fouriéristes.
(3) Première leçon : instituteur.
(4) Première leçon : Le poète est notre instituteur idéal, appelant en nous le besoin de l’idéalité. |
(5) Première leçon : instituteur.
(6) La Morvonnais a supprimé : … à {l’aide desquelles se développera la liberté.
(7) Première leçon : primitives.
Ti =
même, nous nous hâterons de la désavouer comme une erreur dans la science (1), et nous déclarerons que sur ce point l’étude de la loi de Dieu a été mal faite.
Quant à l'adoption dans la famille, nous observerons que la religion y appelle cet élément complémentaire dans le parrain ouquel, à défaut de l’aptitude ou de la disposition suffisante du père consanguin, est commis le soin de la destinée religieuse de l'enfant, et qui, le cas échéant, où le père consanguin vienne à jeter (2) en dévoyance cette destinée religieuse, serait revêtu d’une autorité supérieure. À chaque pas nouveau que nous faisons dans cette étude, nous sommes forcé de reconnaitre intuitivement les bases de la théorie harmonienne dans ce grand catholicisme (3) qui est aux religions diverses ce que notre science ellemême est aux diverses philosophies : un. dogme qui contient en lui tout ce qu’il y a d’affirmatif, d’essentiel dans tous les dogmes, la vie religieuse intégrale; ainsi.que dans notre science est contenue, par développement intégral des parties et combinaisons unitaires, l’imtégrale vie naturelle : la loi et les prophètes. Car notre science nous donne moyen d'arriver à aimer notre | rochain comme nous-même, en organisant une société dans laquelle Fantagonisme des intérêts cessant, par là-même cesseront les plus grandes causes de haine; il n’y aura plus que les antipathies naturelles qui, harmonisées par intermédiaire, deviendront des émulations ardentes toujours, mais utiles à l’œuvre sociale.
À ceux qui nous objecteront que de la sorte nous anéantissons
la paternité consanguine, nous répondrons que nous ne pouvons
(1) Première leçon : théorie.
(2) Première leçon : pousse.
(2) La Morvonnais dit encore, dans la Vigie de l'Ouest : «11 sera démontré un jour par un homme plus fort que nous sans doute, que l’on peut et doit hardiment rejeter tout ce qui, dans la formule scientifique (entendez : fouriériste), ne sera pas trouvé après un mûr examen, en rapport avec la loicatholique; parce que, par là-même que cette formule n’est pas en rapport avec la loi catholique elle n’est pas en rapport avec l’intention harmonienne, avec les formules fondamentales de Fourier : la série distribue les harmonies et les attractions sont proportionnelles aux destinées » (Vigie de l'Ouest, 2 novembre 1841).
concevoir que la famille consanguine puisse être éteinte parce que nous reconnaissons pour fonction principale et naturelle aux parents celle d'aimer leurs enfants et de s’en faire aimer; abandonnant la critique facétieuse aux petits camarades, la critique grave à la paternité vocationnelle et à la paternité sympathique la eritique évangélisée qui est à la fois une consolation et une révélation : car cette critique nous portant plus avant et plus haut dans les voies du bien qu'il est dans nos aptitudes de faire, elle nous porte par là-même plus avant et plus haut dans l’accomplissement de notre destinée, là où seulement vivant de notre vie providentielle, nous pouvons trouver le bonheur voulu de Dieu.
Nous voyons bien plutôt que la famille des consanguines affections s'éteint et se disperse quand le père, qui n’est que consanguin, veut en exerçant la critique grave, la réprimande pédagogique, usurper la fonction de la paternité vocationnelle, faisant, de cette manière, de l’enfant un esclave, un tyran du père, lorsque le père consanguin n’a pas d’aptitudes vocationnelles ou d’aspirations sympathiques en convenance avec celles de l'enfant, et ne doit normalement prétendre à aucune direction, autrement il ruine lui-même l’élément de consanguinité, l’affection qui doit être antérieure à toute autre affection, et qui, de la sorte, acquiert le droit d’aînesse; oui, il ruine cet élément en le faisant haïr, car si, naturellement et normalement, à la paternité consanguine appartient en prédominance la protection de l'enfant, sa direction échoit en prédominance aux paternités adoptive, vocationnelle et sympathique.
Bien que ce soit rare, et sans doute par un dessein providentiel qui veut combattre par là l'isolement familial, 11 n’est pas dit pour cela que le même homme, par un heureux accord de circonstances ne puisse réunir en lui-même les trois paternités. Mais ce que nous demandons, c’est que dans la famille, comme partout ailleurs, nul ne puisse, dans une combinaison sociale meilleure, se voir en position d’être contraint d'exercer une fonction pour la-
quelle il n’est pas fait; que nul enfin ne s’arroge des aptitudes
dont il n’est pas doué, afin d'imposer d’autorité tyrannique aux autres, non pas ses droits mais sa volonté.
Nous avons sans doute suffisamment parlé de la famille, et de manière à rassurer les esprits les plus obstinément attachés à l’ordre existant, puisque nous reconnaissons à la paternité consanguine les premiers droits à l’affection de l’enfant, droits fondés sur ce que l'affection du père consanguin est la première qui se répande sur l'enfant, et sur ce qu’étant plus dévouée que les deux autres, ayant en elle plus d'amour, n’étant même, à vrai dire, que pur amour, elle a droit aussi à un plus grand dévouement de la part de la jeune et adorée créature qu’elle protège, créature à qui elle veut, à tout prix, donner le bonheur après lui avoir, avec
Dieu et par un acte d’amour encore, donné la vie (1). 0 Cela: dit, passons à la propriété.