‹ Hippolyte de la Morvonnais: Œuvres ChoisiesChapitre 54 sur 57 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

Votre trésor réside bien en nous, mais il ne nous est point donné de l'ouvrir. Ce pouvoir n’appartient qu'à Dieu-ou à l'enfer.

Si, comme avant le triomphe terrestre de l’être caché dans le crime, l’effusion délicieuse des larmes de l’amour humectait toujours notre âme; si la pureté, la consolation, la reconnaissance chantaient toujours en nous le cantique des larmes, notre béatitude serait celle des saints et des anges.

Mais l'esprit du mal souffle trop souvent sur notre âme, et l’aridité succède à la fraicheur, l’âpre dureté de la haine à l’exquise mollesse des soupirs de l’amour.

Oh! tant que l’homme garde le souvenir du bonheur que lui apporte l’effusion de tes larmes, ô mon Dieu ! tant qu'il reste dans son âme une goutte de cette eau divine, 1l y a tout à espérer. La plante peut reverdir, l’aurore peut inopinément se lever dans la nuit (1).

L’aurore, l'aurore de mon Dieu ! oh! qui ne l’a parfois vue briller, cette aurore sainte, cette aurore bénie !

Après une... (2) mauvaise, après un de ces aigres emportements qui fait tourner amèrement la bouche et luire ténébreusement les yeux, oh! qui n’a pas vu les sinistres ombres s’éclairer de ces lueurs consolantes, qui sont comme les aurores boréales de l'âme.

Alors la laideur de notre action se révèle tout entière, éclairée par un rayon échappé au soleil de la suprême beauté, et notre front se courbe dans la poudre, et les larmes du repentir coulent (3).

Nos mains s'élèvent vers le ciel avec sanglots, soupirs, prières, car nous avons goûté un moment combien le Seigneur est doux.

Et comme Pierre sur le Thabor, l'âme dit à Jésus : « Maitre, il fait bon ici (4). »

) Première leçon : les ténèbres.

2) Mot illisible.

) L'auteur a effacé : larmes d’une infinie douceur. k) Manc, IX, 4.

Et lui seul peut désormais étancher notre soif, cerfs avides que nous sommes, de l’eau de l'intarissable fontaine (1). |

Et Dieu est près de nous, car il y a affluence (2) dans le trésor des larmes intérieures.

Oh ! larmes du Seigneur ! eantique de la pureté! 6 larmes du Seigneur, cantique de la consolation ! à larmes du Seigneur, cantique de la reconnaissance, soyez, soyez bénies !

Car Jésus vous a bénies lui-même dans ce mot charmant jeté à la terre, et dont le sens intime m'est révélé aujourd’hui : « Heureux ceux qui pleurent (3)! »

1834 (Inédit).

(2) Psaz. XLI, 2.

(2) Première leçon : douce affluence.

(3) MaTrTu., V, 5.

Page 1