SCÈNE PREMIÈRE THÉSÉE, TISIPHONE
THÉSÉE
Laisse-moi respirer, implacable Furie.
TISIPHONE
Non, dans le séjour ténébreux C'est en vain qu'on gémit, c'est en vain que Ton crie ; Et les plaintes des malheureux Irritent notre barbarie.
THÉSÉE
Dieux! n'est-ce pas assez des maux que j'ai soufferts ? J'ai vu Pirrithoùs déchiré par Cerbère ; J'ai vu ce monstre affreux trancher des jours si chers. Sans daigner dans mon sang assouvir sa colère :
J'attendais la mort sans effroi,
Et la mort fuyait loin de moi.
TISIPHONE
Eh! croyais-tu que de tes peines Le moment de ta mort fut le dernier instant ?.
Pirrithoùs gémit sous d'éternelles chaînes; Tremble! le même sort t'attend.
THÉSÉE
Ahî qu'avec lui je le partage
Ce sort, que tu viens m'annoncer !
Rends-moi Pirrithoùs, je me livre à ta rage;
Mais sur lui, s'il se peut, cesse de l'exercer !
Ensemhle.
TISIPHONE
C'est peu. pour moi d'une victime.
Non, rien n'apaise ma fureur.
Je dois porter partout le ravage et l'horreur Lorsque partout je vois le crime.
THÉbÉE.
Contente-toi d'une victime.
Quoi, rien n'apaise ta fureur!
Dois-tu porter plus loin le ravage et l'horreur, Quand sur moi seul je prends le crime ?
Le fond- du théâtre s'ouvre : on y voit Pluton sur son trône; les trois Parques sont à ses pieds.