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Citons encore Sens et Piraud

HIPPOLYTE FLANDfcIN ET SES ELEVES

Aux noms de Louis Lamothe, de Pagnon et de Chancel, qui dans une mesure plus ou moins large, ont collaboré avec Flandrin, ajoutons ceux de Faverjon, de Gastine et de Poncet. Le premier apporta son concours à la décoration de Saint-Vincent-de-Paul, le second à celle de Saint-Germain-des-Prés L Quant à J. B. Poncet, il fut pour Flandrin un élève et un aide^ des plus dévoués. Associé aux derniers travaux de son maître, il s’est appliqué par la suite à graver une grande partie de son œuvre.

Dans une notice émue, écrite en 186â, il a rendu un pieux hommage aux qualités éminentes de Flandrin comme professeur : « Le désir d'être utile aux artistes absorbait une grande partie de son temps : il était heureux au delà de toute expression, lorsqu’il avait pu protéger efficacement quelque courageux débutant. Ceux qui ont invoqué ses conseils (et le nombre en est grand), l’ont toujours trouvé prêt à se rendre chez eux. Que de belles journées il ravit ainsi à ses travaux, pour les donner à la jeunesse ! Jamais une demande à Hippolyte Flandrin ne demeura sans une réponse aussi prompte que favorable. C’est même grâce à cette obligeance universelle qu’il nous advint à nous-même de le connaître 1 2. »

Un des anciens élèves de Flandrin, M. Eugène A. Guillon, a bien voulu nous écrire les lignes suivantes où il laisse parler ses souvenirs. En le lisant nous croirons faire visite au maître lui-même :

1. Il a depuis exécuté des travaux importants de décoration à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.

2. Hipp. Flandrin esquissé par J. -B. Poncet, son élève, avec portraits et lettres inédites, Paris, 1854 (Martin Beaupré, 21 rue Monsieur-le-Prince). J. -B. Poncet fut depuis professeur et directeur de l'École des Beaux-Arts de Lyon.

IIIPPOLYTE FLANDRIN

« C’était un plaisir fructueux pour tous, que d’aller voir le dimanche matin, dans son atelier de la rue de l’Abbaye, M. Flandrin, d’illustre mémoire. On lui portait des esquisses, des figures peintes ou dessinées, et là il avait occasion, de sa voix chaude et souvent enthousiaste, de parler de Phidias,' de Raphaël, d’Ingres. Il y avait, accrochées au mur, des études dessinées de bras, de jambes, qu’lngres avait faites pour son tableau du Saint Symphorien et il disait en parlant de ces superbes études : « C’est beau comme du Phidias. » Il disait aussi : « Quel bel enseignement que celui de l’Ecole ! l'étude de la nature et de l’antique ! » Il recommandait beaucoup d’avoir un calepin sur soi et de faire des croquis dans la rue de tout ce qui vous frappait, mais de fermer les yeux devant les mauvaises choses. Ces croquis, il voulait qu’on les fit bien d’ensemble et il vous montrait comme exemples une quantité de croquis qu’il avait faits en Italie d’après l’antique.

« Il recommandait, dans les figures peintes, de s’attacher à rendre le bel ivoire de la peau à l’endroit des tètes d’os, comme aux épaules. Il n’aimait pas que dans les esquisses on traitât des sujets trop compliqués, dont l’exposition ne se comprenait pas du premier coup d’œil.

« La dernière fois, que je vis ce cher et grand maître, ce fut à l’Ecole, en 1863, à l’exposition des Envois de Rome. 11 regardait les envois des architectes et me disait, en admirant leur habileté à faire l’aquarelle :

« Mais voyez donc ! ils sont plus forts que nous. »

Un des artistes qui firent le plus d’honneur à l’enseignement de Flandrin, fut Élie Delaunay. A

peine débarqué de Nantes à Paris, le jeune peintre avait été se présenter au maître, qui tout de suite avait été charmé de sa candeur, de sa foi et de ses sentiments de famille en même temps que des promesses de son talent. Mais les occupations beaucoup trop absorbantes de notre artiste ne lui permettant pas de donner à Delaunay tout le temps nécessaire, il le confia à Louis Lamothe, qui dirigeait un atelier de débutants. D’ailleurs travailler auprès de Lamothe, ce n’était pas quitter Flandrin. Delaunay s’en rendait bien compte L xNon seulement il recueillit les leçons de l’illustre peintre, mais il fut soutenu par lui durant ses études et ses concours avec la plus vive sollicitude. En 1855, Flandrin, qui était à Lyon auprès de sa mère gravement malade, faisait exprès le voyage de Paris pour apporter à Delaunay, concourant alors pour lé prix de Rome, l’appui de son suffrage. L’année suivante il eut la joie d’applaudir au succès de son élève.

Si, depuis, dans sa brillante carrière, Delaunay a toujours conservé le cachet de l’école dont il était sorti, le développement si personnel de ses nobles qualités montre bien que l’influence de Flandrin n'éteignait pas l’originalité des élèves bien doués. LTn des conseils qu’il répétait le plus fréquemment à ceux qui l’entouraient n’était-il pas de copier naïvement la nature et par conséquent d’exprimer avec franchise l’impression produite sur eux par le modèle ? u Celui qui n’a pas reçu de son sujet ou de son modèle une émotion quelconque, ne pourra jamais faire pour les autres de l’imitation de ce modèle

1. Il se donna loujours comme l’élève d’Hippolyle Flandrin et de Lamothe.

IIIPPOLYTE FLANDRIN

qu'une cliose muette et morte L » 11 a encore écrit ces lignes caractéristiques : « Pour progresser, il faut se recueillir et obéir à son cœur. Je crois que c’est le seul moyen de toucher celui des autres. La naïveté et la sincérité sont certainement mes plus grandes forces1 2. »

L’homme qui pensait ainsi savait, quelles que fussent à lui-meme ses ardentes convictions, saluer « avec respect et avec joie3 » l’originalité naissante de ses élèves.

Il fut un des premiers à discerner le talent précoce d’Henri Régnault. En 18/|6 il avait fait le portrait de Mmc Régnault, dont le fils était alors tout enfant4. Quelques années plus tard, celui-ci annonçant pour le dessin un goût et des aptitudes extraordinaires, on montra ses premiers essais à Flandrin, qui n’eut pas de peine à y reconnaître une nature merveilleusement douée 5. Le jeune Régnault entra dans l’ate-

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