‹ Hippolyte FlandrinChapitre 133 sur 211 · Voy. chap. VIII, p · texte numérisé non relu

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2 En 1838, Paul Delaroche, de passage à Rome, avait offert à Paul Flandrin de le prendre parmi ses aides.

En 1847, Paul Delaroche ayant donné sa démission, l’œuvre fut confiée à Ingres, qui, après l’avoir acceptée, y renonça.

On s’adressa alors une première fois à Flandrin, mais celui-ci par égard pour son maître, comme nous l’avons vu, déclina l’offre à son tour. Après tant de vicissitudes, on pouvait croire le sort de Saint-Vincent-de-Paul fixé, lorsque Picot, membre de l’Institut, en eut assumé les travaux.

Quelques mois s’écoulent, la révolution de 1848 installe Armand Marrast dans les fonctions de maire de Paris. Le nouveau maire, qui s’intéresse aux arts, vient rendre visite à Flandrin, alors encore occupé aux peintures de Saint-Germain-des-Prés. Dès le premier coup d’œil, il est ravi. « Voilà qui est un peu soigné ! » s’écrie-t-il familièrement, puis, avec emphase : « Il faut que la République récompense M. Flandrin par une commande plus importante et qu'elle lui confie l’église Saint-Vincent-de- Paul. » C'était le dessaisissement de l’infortuné Picot. Flandrin protestait. Armand Marrast répond que la République n’est pas tenue de se conformer aux décisions du gouvernement précédent. Tout ce que l’artiste obtint, ce fut qu'on partageât les travaux entre son confrère et lui1. Il alla donc trouver Picot, démarche peu agréable pour l’un comme pour l'autre.

1. Vitet ignorait ce point, quand il critiquait si vivement le partage des travaux entre deux artistes si différents :

« De qui donc est venue cette belle invention de les avoir unis? A-t-on voulu faire un contraste, une antithèse? ou bien s’est-on flatté de satisfaire un peu tous les goûts ?... Voilà pour l’éternité, ou du moins pour tout le temps que vivra cette église, entre deux œuvres antipathiques un indissoluble mariage 1 »

( Revue des Deux Mondes, lor décembre 1853.)

SAINT- VINCENT-DE-PAV L

Picot avait une longue carrière derrière lui, il était de l’Institut : Flandrin lui laissa choisir la partie qu’il préférait décorer. C’est ainsi que Picot se réserva le chœur et que la nef resta à Flandrin.

Au premier abord, les parts semblent égales. L’architecte a ménagé, entre les deux colonnades superposées qui forment la nef de son église, une large frise, qui appelle la peinture. L’emplacement est unique à Paris. Et cependant il y a des réserves à faire. Quoi qu’on puisse dire, toute peinture qui occupe dans une église une position latérale, est quelque peu sacrifiée. Le touriste, sans doute, en visitant l’édifice, regarde aussi volontiers à droite, à gauche, dans un coin môme, qu’en face de lui. Mais le fidèle, pour qui apparemment l'église est construite, et qui y vient pour prier, pour suivre les offices, se trouve toujours, à moins de distraction, tourné du même côté et ce sont les peintures situées au-dessus de l’autel qui s offrent à lui. S’il est assis dans la nef, comment peut-il voir les compositions qui se déroulent au-dessus de sa tête ? Il a beau lever les yeux, les sujets lui apparaissent sous un angle beaucoup trop aigu. Il ne les apercevra que des bas côtés.

Autre inconvénient. Le jour versé par les baies de la galerie supérieure éblouit les yeux. Comment regarder un tableau au-dessus duquel s’ouvre une fenêtre ? Mais, dira-t-on, la frise de droite est éclairée par la lumière qui vient de gauche, et réciproquement. Oui, mais entre cette lumière et les peintures s’interpose une rangée de colonnes, dont chacune projette son ombre sur la frise qui lui fait face.

Ces défectuosités trop réelles, vivement relevées

ÏÏIPPOLYTE FLANDRIN

dès le début par plusieurs critiques *, sont plus ou moins ressenties de tous ceux qui voudraient jouir pleinement de l’œuvre de Flandrin à Saint-Vincent-de- Paul. On ignore généralement qu’il y a un moyen de bien la voir : il suffit de monter aux tribunes. Mais on ne fait pas des peintures dans une église pour les spectateurs des tribunes, et tous ceux à qui le talent de Flandrin est cher ne peuvent s’empêcher de jeter un coup d’œil d'envie sur l’abside décorée par Picot, ou sur les larges panneaux qui se présentent à si bonne hauteur dans la chapelle de la sainte Vierge, et qui étaient réservés au pinceau privilégié de M. Bouguereau.

Mais comment Flandrin allait-il remplir cette longue bande de muraille, qui, large de 2 m. 70, s’étend de chaque côté sur une longueur de 39 mètres 1 2 ? Si l’on ajoute aux deux surfaces latérales celle du fond de l’église, cela fait un ruban de près de 95 mètres.

Découper cet espace en un certain nombre de panneaux et y introduire des scènes détachées, c’était un procédé banal et vulgaire. Le parti original était de déployer sur cette vaste étendue une procession de personnages. L’idée devait s’en présenter à Flandrin d’autant plus naturellement, qu’il l’avait déjà réalisée à Saint-Paul de Nîmes, où il avait fait figurer sur les murs latéraux un chœur de vierges et un chœur de martyrs. Mais il s’agissait de donner au thème primitif incomparablement plus d'ampleur. A Saint-Paul de Nîmes chaque chœur renferme dix ou douze figures. A Saint-Vincent-de-Paul on pourrait

1. Vitet, Revue des Deux Mondes , 1er décembre 1853 et A. de Galonné, Revue contemporaine, 31 janvier 1854.

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