‹ Hippolyte FlandrinChapitre 145 sur 211 · Celte lettre, ornée de deux indications à la plume, est · texte numérisé non relu

Celte lettre, ornée de deux indications à la plume, est

reproduite en fac-similé dans le livre du comte Delaborde, mais avec une erreur de date. Elle est du 13 septembre 1854 et non

SAINT-VINCENT-DE-PAUL

(liées dans l'atelier. « Mettez-les donc sur le mur, dit-il à Lamothe, et casselez très sobrement l'Industrie ; l’autre, non, parce que si quelque changement était nécessaire, nous aurions trop de peine. Veillez à la valeur des fonds ; mais, comme il faudra probablement deux couches, il y aura toujours un peu de remède... Ainsi voilà qui est bien entendu, je les trouverai toutes deux dessinées, l'Industrie casselée et les fonds passés. »

Cette courte excursion en dehors du domaine de la peinture religieuse peut-elle montrer les qualités que Flandrin aurait déployées hors du genre où la Providence renferma 1 ? Ces personnifications d’idées abstraites sont condamnées à la froideur, quand ce n’est pas la banalité. D'ailleurs ces peintures, d’une majesté un peu vague et d’une élégance toute classique, se trouvent comme dépaysées dans cette grande salle où fonctionnent tant de machines d’un intérêt si étranger à l’art.

La même année, Flandrin eut à composer quatre petits panneaux décoratifs, destinés à être reproduits sur émail et à orner le berceau du prince impérial. Ici encore l’artiste dut représenter sous des figures de femmes, des idées abstraites comme celle de la Justice, de la Force, etc. Dans des exercices de ce genre> Flandrin montrait toujours des qualités de grâce chaste et de noble distinction, mais d’autres y eussent peut-être apporté plus d’ingéniosité, d’à-propos et d’esprit.

1. « La Providence m’a mis dans la nécessité de m'occuper à peu près exclusivement de peinture religieuse. » Paroles d’IL Flandrin à MRr Plantier, qui les a rappelées dans sa lettre circulaire.

LES PORTRAITS

Du temps que Flandrin luttait contre la misère de sa vingtième année, il avait eu l’occasion de faire pour une somme des plus modestes, — trente francs ! — le portrait d’un gendarme. Ce brave homme, qui venait poser dans la petite chambre sans feu que les frères Flandrin occupaient rue Mazarine, a depuis avoué que jamais il n’avait tant souffert du froid. C’était pendant l’hiver de 1829-1830. L’œuvre achevée, le modèle remercia, régla son compte et partit. Quelques jours après il revenait tout ému. Ses officiers lui avaient fait tant de compliments de son portrait qu'il croyait devoir offrir au jeune artiste un léger supplément au prix convenu.

Tel fut le premier succès d’H. Flandrin comme portraitiste. Sa carrière est comprise tout entière entre

LES PORTRAITS

le portrait Je l'humble gendarme 1 et le portrait de l’empereur.

De retour d’Italie, il exposa au Salon de L8/1O le portrait de Mmc Oudiné, femme d’un de ses meilleurs amis. Cette œuvre d’un dessin si pur et si fier, où l’étude de la nature est abordée si franchement, avec tant de précision et de fermeté, mais d’où se dégage une impression pénétrante de poésie et de rêve, fut très remarquée et accueillie avec beaucoup de faveur. L’auteur, qui, l’année précédente, avait éprouvé une amère déception avec son tableau, Jésus et les enfants, en fut aussi étonné que charmé.

« Mon portrait au Salon, écrit-il à son frère, m’apporte tous les jours des articles de journaux ébouriffants : on donne à ça dix fois plus d’attention qu’à mon tableau de l’année dernière. Deviner pourquoi, c’est difficile2. »

Ne serait-cepasqu’unbeau portrait, restant tout près de la nature, s'impose plus facilement qu’une autre œuvre à l’admiration? Le mérite en est plus frappant : il saute aux yeux. Pour goûter une page de haut style, comme les tableaux religieux de Flandrin, il faut une certaine initiation artistique et religieuse. 11 n’en est pas de même d’un portrait, en face duquel tout le monde peut dire : c’est comme la nature.

Ah! sans doute il y avait un point qui attirait les critiques : c’était la couleur, qu’on trouvait grise et triste ; on répétait que le peintre jetait de la cendre sur sa palette. Mais il laissait dire : plus soucieux de

1. Lors de la Révolution de 1830, la femme du gendarme, craignant que ce portrait en uniforme ne compromit son mari, fit badigeonner le costume et même certaines parties du visage.

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