‹ Hippolyte FlandrinChapitre 146 sur 211 · er avril · texte numérisé non relu

er avril

IIIPPOLYTE FLANDRIN

se satisfaire lui-mcme que de contenter tout le monde, il continuait à peindre, comme il voyait, dans une tonalité atténuée. Etait-ce chez lui habitude d’école? N’était-ce pas plutôt l’effet de son tempérament artistique? Il attachait certainement beaucoup plus de prix au dessin qu’à tout le reste.

« En dessinant, a-t-il écrit je donne bien moins la mesure de ma vue que je n'accuse la portée de mon intelligence ou les facultés de mon cœur... Tout ce qui appartient aux vérités morales, s’exprime par la forme ; la couleur à mon avis représente un côté plus matériel. »

Encore faudrait-il ne pas dénaturer ce caractère de son talent. S’il avait horreur de tout ce qui est criard, il ne méprisait nullement la couleur, quand il la trouvait harmonieuse. 11 la voulait, comme il disait, « blonde et large ». Sa défiance des excès de certains coloristes l’a peut-être entraîné quelquefois à une réaction exagérée, mais qu’il était loin de ces partis pris de coloration en noir, de ces toiles en deuil, qui ces dernières années affligeaient nos Salons !

Nous trouvons à ce propos une observation judicieuse sous la plume d’un homme qui avait étudié la peinture et reçu les conseils d’il. Flandrin lui-même1 2 : « Il évitait les oppositions tranchées et cherchait à fondre ensemble les tons trop entiers, de manière à les soumettre à cette loi d’unité qui règne dans la nature, et qui réduit toutes les couleurs à n’être plus que des nuances de la lumière. Ces gammes discrètes, ces teintes veloutées et harmonieuses, s’adressent à

1. Dans son dernier séjour à Rome, lorsqu’il se préparait à répondre au rapport du 15 novembre 1863.

2. L’abbé de Saint-Pulgent, Ilipp. Flandrin et ses œuvres , p. 18.

LES PORTRAITS

Fâme plutôt qu’aux organes ; tel est dans un autre ordre d’impressions le charme voilé d une symphonie de Mozart. »

« Pour en venir au faire de l’artiste, écrivait le même auteur, nous dirons qu’il était excessivement simple et ne laissait apercevoir aucune trace de procédé. Il peignait toujours au premier coup ; il commençait par un côté de la toile et quand il l’avait toute couverte, elle était achevée. Il était tellement maître de son exécution que ses œuvres paraissaient comme coulées d’un seul jet et arrivées à la perfection sans effort. »

Dans une lettre à Lacuria1, Flandrin fait allusion à cette manière de peindre, mais en même temps il marque bien qu’il ne la pratiquait pas d’une manière trop exclusive et qu’il savait en corriger l’excès par le souci de l’effet d’ensemble.

« Je crois et nous croyons toujours avec vous que la recherche de l’harmonie, l’étude de l’ensemble, est la première de toutes. Je ne me souviens pas d’avoir jamais rien dit qui puisse contredire cela, si ce n’est d’avoir recommandé quelquefois, comme le faisait M. Ingres à l’atelier pour l’étude du modèle vivant, de peindre autant que possible au premier coup, et par conséquent morceau par morceau, puisqu’il était en effet impossible d’entreprendre la ligure entière. Mais malgré ce cas particulier, la maxime d’avoir l’œil partout n’en dominait pas moins tout l’enseignement, et pour mon compte je crois que l’homme le plus exercé, le plus habile ne doit pas plus l’oublier que l'élève. »

Les toiles que Flandrin a laissées inachevées, en

Page 1