‹ Hippolyte FlandrinChapitre 163 sur 211 · août · texte numérisé non relu

août

2. La vie des deux frères était bien différente. Enfermé si souvent dans son atelier, ou retenu de longs mois sur ses échafaudages, Hippolyte se laissait aller quelquefois à envier l’existence plus libre et plus mouvementée de son cher paysagiste : « Toi, disait-il, tu es devant la nature ; c’est un métier pénible aussi, mais que de douceurs elle vous réservef que de beautés, que d’heureuses sensations ! » (10 octobre 1857.) Peut-être, comme il arrive, s’exagérait-il les agréments de la carrière de son frère. Un jour, il lui présenta gaiment ses excuses : « Ah ! mon pauvre ami, je te fais amende honorable. J’ai quelquefois cherché à amoindrir les difficultés et les peines du paysagiste à travailler en plein air. Eh bien ! j’ai essayé, dans de mauvaises conditions, il est vrai, puisque je n’ai ni chaise, ni parasol, en plein soleil ! Je me suis rendu à peu près aveugle et, lorsqu’au bout d'une heure ou deux d’immobilité»

en Provence ou ailleurs, des sujets d’étude pour son talent de paysagiste, Hippolyte lui transmettait sous une forme brève et simple, ses recommandations. Ce ne sont que de courtes phrases éparses dans les lettres de l'artiste, souvent même reléguées dans les marges et comme ajoutées en linissant. Il nous a semblé intéressant d’en réunir quelques-unes, et de reconstituer ainsi une partie des idées artistiques de Flandrin.

Tout de suite nous apparaît la préoccupation idéaliste, d’autant plus frappante que la lettre est plus simple et plus familière.

« Travaille tant que tu pourras, apporte-moi tableaux, études, dessins et tout cela vu de son beau côté. Donne une âme à ton tableau1. » — «... Si tu peux sortir, tâche de faire quelque chose, mais quelque chose d’enragé, de fort, qui ait une âme, une expression, comme une figure peut en avoir2. » — « Je verrai, cher ami, tout ce que tu as fait, avec grande joie. Je suis sûr que c’est bien ; mais je te répète sans avoir vu, ce que la présence de la nature ou plutôt la difficulté de rendre fait oublier : attachetoi au sens poétique, ce côté le plus beau et le plus vrai de toute vérité, puisque c’est celui qui se rattache aux choses éternelles, ce sens moral enfin qui rattache l’homme à Dieu. Tu sais de qui est ce mot et combien il exprime juste ce que nous voulons dire 3. »

j'ai voulu me lever, j’ai versé comme un tréteau, et, relevé, j’ai boité le reste du jourr » (1er septembre 1861.)

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