Moniteur , 30 novembre
2. Flandrin, qui ne lisait pas Virgile dans le texte, ne pouvait savoir combien il était près du vers admirable :
Et trepidæ maires pressere ad peciora natos.
résonner les paroles sacramentelles. Judas se courbe accablé sous le poids de sa conscience, serrant rageusement dans sa bourse le prix de la trahison.
Le côté droit de la nef , éclairé par des fenêtres qui donnent sur le nord *, reste sombre la plus grande partie de la journée. Les trois premières travées, à partir du transept, représentent la trahison de Judas et Joseph vendu par ses frères, le Crucifiement et le sacrifice d’Abraham, la Résurrection et le miracle de Jonas.
Le Crucifiement est traité dans un parti pris de simplicité extrême. On n’y voit que cinq ou six personnages : Jésus, sa mère, Jean et Madeleine, deux saintes femmes. Nous sommes loin du brouhaha de certaines toiles à elfet. Cette espèce d’intimité avec les principaux acteurs du drame du Calvaire nous invite au recueillement. C’est sur le divin Crucifié que l'œil est attiré tout d’abord. Flandrin s’est bien gardé d’insister sur le côté matériel et affreux du spectacle: son Christ reste toujours le plus beau des enfants des hommes, mais ce respect de la beauté n' ôte rien au pathétique: la tête, penchée et mourante, voilée d’une tristesse auguste, est une des plus divines têtes de Christ que l’art chrétien ait créées1 2.
La scène de la Résurrection réalise un tour de force. Comment, dans un cadre si étroit etdedimen-