‹ Hippolyte FlandrinChapitre 174 sur 211 · Exactement le 29 octobre · texte numérisé non relu

Exactement le 29 octobre

2. « On n’a pas manqué de relever, de critiquer quelquefois le

HIPPOLYTF. FLANDRIN

comme une fille des hommes, mais radieuse et fière comme la mère de Dieu ». Enlîn dans la troisième scène, la Vierge est assise, portant sur ses genoux le divin Bambino qu’elle présente aux adorations des mages. Dans cette triple représentation, la figure de la Vierge, transfigurée par son rôle divin, reste cependant très humaine et son corps, comme revêtu d’immatérialité, garde la grâce pudique et la ferme élégance de ses formes.

On pourrait faire une observation semblable pour les Anges que nous voyons dans deux de ces tableaux. Les artistes se peignent eux-mêmes dans le type qu’ils prêtent à ces invisibles créatures. Les uns en font des amours, les autres des génies; ceux-ci les représentent mignards, ceux-là terribles. Les Anges de Flandrin sont de jeunes hommes au front virginal, au corps vigoureux, dont les contours nets et francs ne sont pas enveloppés de brouillards ni de lueurs fantastiques. Leur expression varie selon la mission (pi ils remplissent. Ceux qui se tiennent debout auprès de la crèche, sont attendris dans leur adoration.

parti qui consiste à représenter la Vierge couchée après le divin enfantement, et non agenouillée auprès de la crèche. En désaccord avec la tradition, il est autorisé par plusieurs monuments du moyen Age, le bas-relief du pourtour du chœur de Notre-Dame de Paris et celui, plus beau encore, de Notre- Dame de Chartres ». (Claudius Lavergne, De l'Art et de l'Archéologie, extrait du journal le Monde , 1864.)

1. Discours prononcé par l’abbé Perreyve dans l’église de la Sorbonne, le 1er mai 1864. — L’orateur ajoutait: « Ah ! je le sais bien ! vous n’aviez qu’à fermer les yeux et à laisser votre foi et votre amour de chrétien vous montrer dans votre âme ce qu’il fallait dire sur la pierre. La beauté de la sainte Vierge habitait votre génie; elle avait imprimé sur vos rêves d’artiste le sceau de la pureté; elle vous a donné la grâce, rare et belle entre toutes, d’être tout à la fois, jusqu’à la mort, un grand

artiste et le plus chaste des artistes. »

LA NEF DE SA1NT-GERMAIN-DES-PRES

L'Archange de F Annonciation a dans son geste et sur son visage une céleste fierté.

En regard de l'Annonciation, l'artiste a placé le Buisson ardent, image d'une simplicité grandiose. La figure de Moïse, à genoux, courbé et se cachant la tête avec son bras est une trouvaille d'expression.

A côté de la Nativité, apparaissent Adam et Ève dans le Paradis terrestre1. Le groupe peut se placer parmi les plus fortes, les plus exquises conceptions du maître. Savant, il ne le fut jamais plus, et cependant cette science se dissimule et c’est le naturel si parfait de ces deux figures appuyées l’une sui* l’autre, c’est l'expression si pénétrante de leur honte et de leur confusion qui frappent, qui émeuvent avant tout. La figure de FEternel réprimandant Adam et Eve accuse un effort remarquable pour représenter l’Etre supérieur à toute idée. Ce n’est pas un vieillard, mais un homme dans toute la plénitude de sa force, sévère sans colère et terrible sans violence. Le poing appuyé sur la hanche est une hardiesse heureuse d’énergie et de liberté2.

Les accessoires sont indiqués avec sobriété, mais

1. Leur nudité est traitée avec toutes les délicatesses d’un pinceau naturellement chaste. Cependant il faut toujours compter avec la sottise humaine. Du temps que Flandrin travaillait à ce tableau, il y avait à Sainl-Germain-des-Prés une vieille dévote, qui se montrait fort scandalisée de la vue de ses premiers parents et qui ne se faisait pas faute de récriminer contre l’artiste, quand elle le rencontrait. Celui-ci, avec une ingénuité charmante, prit pour arbitre, entre lui et la bonne femme, un des vicaires de la paroisse, qui donna raison au peintre.

2. La scène se passe dans le parc enchanteur qui s’appelle le Paradis : « Je fais du paysage grand comme nature », écrivait Flandrin à son frère, et il lui empruntait quelques-unes de ses études (5 octobre 185G)>.

avec une soigneuse recherche du symbole. Notons à ce sujet le lys qui s’épanouit dans un modeste vase auprès de la Vierge, tandis que les pelotons de laine placés aux pieds de Marie attestent sa vie de travail et de vertu. Dans le tableau de la Nativité, les circonstances de la scène sont rappelées par l'humble paquet, le bâton de route, le chapeau «à larges bords, discrètement figurés à côté de saint Joseph.

A l’Adoration des Mages, premier hommage des Gentils à Jésus, correspond l’épisode de Balaam, ce prophète païen qui proclama la grandeur incomparable du peuple de Dieu.

La quatrième et la cinquième travées sont consacrées au Baptême de Jésus et à la Gène, dont le passage de la mer Rouge et le sacrifice de Melchisédech sont les images. Le rapport qui existe entre le baptême et l’engloutissement de Pharaon dans les flots, est mystérieux et profond. Les eaux du baptême établissent entre le chrétien et le païen une barrière infranchissable, comme les vagues de la mer Rouge ont à jamais séparé le peuple de Dieu des Egyptiens qui le poursuivaient L L’artiste a choisi le moment où les Israélites parvenus sur le rivage, assistent à la destruction de leurs ennemis.

« Cette composition, écrivait Théophile Gautier, est une des plus belles qu'ait réalisées l’art moderne.

1. Voir les prières liturgiques qui accompagnent la bénédiction des fonts le Samedi saint. Lecture y est faite du chapitre XIV de l’Exode et dans un oremus se trouve cette mention : « O Dieu,.., ce que la puissance de votre main a fait pour un seul peuple en le délivrant de la persécution des Égyptiens, vous l'opérez pour le salut des nations par l’eau régénératrice. »

LA NEF DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES

Moïse, drapé de rouge et debout sur le rivage, d'un geste irrésistible commande à la mer de se refermer. Les murailles liquides, entre lesquelles a passé le peuple d’Israël, s’écroulent en engloutissant Pharaon et son armée; des guerriers et des chars se débattent vainement parmi l'écume. Dans l’exaltation de la joie, les femmes dansent et jouent du tympanon, d’autres prient et rendent grâces à l’Eternel. Un enfant dans un berceau symbolise l’avenir promis à la race protégée par Dieu. Dans le fond, l’on aperçoit la colonne de fumée noire qui servait à guider, pendant le jour, les Hébreux à travers la terre de la soif et de l’égarement1. »

Quant à nous, nous aimons surtout à regarder cette mère' pleine d’angoisse qui serre en tremblant son jeune iîls sur sa poitrine, une des figures les plus poignantes qui soient sorties du pinceau de l’artiste 2.

Le tableau de la Cène nous permet de voir, par une comparaison avec Saint-Séverin, comment l’artiste savait se renouveler. Là-bas Jésus était représenté assis, suivant la tradition. Ici il est debout. Prêtre, il offre le sacrifice dont celui de Melchisédech n’était que l’ombre. Il tient dans sa main la blanche hostie de nos autels. Saint Jean, qui là-bas reposait sur la poitrine de son maître, se dresse ici, les mains jointes, tendant ses lèvres avides au Pain céleste. Les autres apôtres regardent et attendent. Quelques-uns se sont levés, comme pour mieux voir en se rapprochant. On croirait entendre

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