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DÉGÉNÉRESCENCE GRANULEUSE ET GRAISSEUSE DE LA CELLULE HÉPATIQUE

Parmi les altérations que nos expériences nous ont permis d'étudier celles qui atteignent le plus souvent la cellule hépatique, celles enfin que l’on voit apparaitre au début et au cours des cirrhoses peuvent se résumer dans la dégénérescence granuleuse et la dégénérescence graisseuse.

Ces dégénérescences atteignent à la fois le cytoplasma et le noyau. Pour étudier cette dégénérescence, on ne peut donc pas se borner à l'étude des altérations cytoplasmiques, il faut se rendre compte des altérations nucléaires. Le noyau, au même titre que le cytoplasma, est susceptible de dégénérer. Et, c'est pour n’avoir pas voulu considérer ces altérations nucléaires, que pendant longtemps certains auteurs prirent certaines figures de dégénérescences pour des cellules normales. Cette étude des dégénérescences comprendra donc à la fois l’étude des atteintes cytoplasmiques et celles des atteintes nu-

cléaires.

Évolution générale de la dégénérescence granuleuse.

La dégénérescence granuleuse, dès le début, commence par une condensation granuleuse du cytoplasma. La cellule devient plus foncée, plus acidophile. Ces cellules foncées, dégénérées pour nous, se rencontrent avec une telle fréquence, constituent une lésion si facile à provoquer que beaucoup d’auteurs n’osent pas en faire une altération dégénérative.

Ainsi, Gilbert et Jomier, dans un remarquable travail, où ils étudient les lésions provoquées par l’inanition, décrivent à côté des cellules hépatiques claires des cellules foncées. « La forme de ces dernières est variable, triangulaire, quadrangulaire, biconcave, lorsqu’elles bordent des cellules claires à noyaux arrondis. » Ces auteurs ont retrouvé ces cellules sombres quelquefois chez des lapins sains, plus souvent chez des lapins inanitiés.

Ces cellules sombres nous paraissent être des cellules hépatiques en dégénérescence granuleuse, et voici les arguments sur lesquels nous appuyons cette affirmation :

1 Histologiquement, ces cellules montrent les réactions qui caractérisent une dégénérescence. Gilbert et Jomier insistent ainsi sur les altérations du noyau: «Leur noyau est plus ou moins flétri, à contours irréguliers ; il est d’autant plus atrophié que lc protoplasma cellulaire paraît plus homogène. Il présente souvent une

affinité spéciale pour la safranine qui le colore uniformément en rouge. » Nous verrons que l'intensité de ces dégénérescences nucléaires caractériseune profonde atteinte de la cellule hépatique, elles relèvent généralement du processus de caryorrexie.

2° Ces lésions ne se retrouvent que dans les foies intoxiqués (d’où, leur plus grande fréquence dans l’inanition) ou dans les foies normaux ayant séjourné plus ou moins longtemps à l’air avant la fixation ou au contact d'une substance de tonicité différente.

3° L'étude des coupes permet de suivre l’évolution de ces cellules troubles. L’aboutissant final est souvent une mort complète de la cellule avec atrophie protoplasmique.

De toutes les altérations de la cellule hépatique, cette lésion est une des plus faciles à provoquer, c’est aussi la plus intéressante quand on étudie ses rapports avec

les processus de cirrhose.

L'évolution se fait en trois étapes :

1° Condensation granuleuse acidophile.

2% Dégénérescence granuleuse atrophique et acidophile avec lésions du noyau.

3 Dégénérescence atrophique, acidophile, amorphe

avec vacuolisation.

1° Condensation granuleuse acidophile. — La cellule hépatique malade prend une teinte plus foncée, celleci tranche nettement sur l’aspect clair des cellules voisines. La charpente cytoplasmique s’épaissit, les granulations paraissent se multiplier. Ainsi, la cellule devient

granuleuse et son acidophilie explique sa coloration foncée. L’étendue générale de la cellule se restreint, la tendance à l’atrophie se manifeste déjà. Le noyau cependant conserve un aspect normal.

Cette condensation granuleuse peut, dès le début, ne frapper qu’un pôle de la cellule, c’est la première altération.

A cette époque, dès le début des lésions, la coloration des granulations par la méthode d’Altmann montre une anomalie frappante. Ces granulations ne possèdent plus des dimensions régulières et égales, elles sont inégales et, entre de petites granulations, se voient d’autres plus volumineuses et souvent de tracé polycyclique (Chantemesse et Podwyssoisky, Schillings, Galeotti, Merkulieff). C’est donc par cette modification des granulas d’Altmann que débute l’altération cellulaire pour ces auteurs. Seulement, comme le fixateur d’Altmann bouleverse, nous l'avons vu précédemment, la structure cellulaire, on ne peut considérer cette altération comme assez fidèle pour y voir le début des lésions de la cellule.

Le siège de la condensation granuleuse dans le lobule hépatique est variable suivant la nature, l'intensité et la voie de pénétration de l’agent toxique. Après les injections intraportales, les altérations débutent au voisinage de l’espace porte, tandis que dans les intoxications ou infections en général, les cellules du centre lobule semblent plus vulnérables; d’ailleurs, à leur niveau, la dégénérescence progresse rapidement et passe vite au deuxième stade. |

2° Dégénérescence atrophique, granuleuse, avec lésions du noyau. — Le cytoplasma continuant son évolution atrophique, pressé entre les cellules avoisinantes, prend bientôt un aspect caractéristique, que l’on peut dénommer L'aspect étoilé. C'est généralement une étoile à quatre pointes, quelquefois à trois. Plus l’atrophie s’accuse, plus cette étoile est étouffée entre les cellules saines. L’acidophilie augmente à mesure que se rétrécit la cellule. Bientôt, il ne persiste plus de cette cellule

Fig. 7. — Foie de cobaye 30 manutes après une injeclion intraportale de Toluilène diamine (Cobaye 15).

A côté des cellules claires et arrondies, on remarque l'abondance de cellules à protoplasma foncé acidophiles. Ces cellules granuleuses ou amorphes, présentent par endroit la forme étoilée. On assiste aux différents stades de l'évolution histologique : condensation granuleuse, puis dégénérescence granuleuse avec pycnose du noyau.

qu'une mince bande fortement colorée parles teintur es acides, écrasée entre les cellules voisines.

Le point important, qui signale cette période de dégénérescence, réside dans l’atrophie du noyau. On a dit que le noyau devenait incolore, qu’il entrait ainsi en caryolyse; au contraire, nos coupes nous ont montré que presque toujours le noyau s’atrophie comme le cytoplasma. Ces affinités colorantes s’accusent, il devient pycnotique. Cette altération du noyau, signalée dans le travail de Gilbert et Jomier, traduit, le plus souvent, la mort de la cellule et en même temps peuvent apparaître les caractères de la troisième période.

3° Dégénérescence atrophique, amorphe avec vacuolisation. — Trambusti signale dans la dégénérescence granuleuse la présence de pelites vacuoles claires. Les avis sont partagés au sujet de la contenance de ces vésicules; les uns les considèrent comme des vacuoles graisseuses ; les autres comme des vacuoles aqueuses. A l’aide des fixations osmiquées, nous avons vu que ces vacuoles claires n'étaient presque jamais graisseuses, seulement dans le corps même du cytoplasma, apparaissent des petits grains de graisse. Il nous semble que ces vacuoles sont l'expression de la dégénérescence définitive des albuminoïdes, elles sont généralement petites, centrales, sans aucune tendance à l’extériorisation.

Le cytoplasma est devenu amorphe. Il a perdu son aspect granuleux. Son affinité colorante n’est plus seulement portée vers les teintures acides, mais vers toutes les teintures en général sans distinction de propriétés

chimiques. La cause est facile à concevoir. Le noyau pycnotique se dissout, la basophilie nucléaire s’étend ainsi à une partie ou à tout le cytoplasma. À son dernier stade, cette cellule dégénérée s’effile entre les cellules voisines, elle n’est bientôt plus qu’une ligne chromophile et alors peut être prise pour une cellule interstitielle.

Toutes les cellules en dégénérescence granuleuse ne subissent pas la même évolution. Lorsqu'elles sont frappées en amas au lieu d’être atteintes isolément, l’aspect étoilé fait défaut, l’atrophie existe cependant, seulement l’absence de cellules normales voisines empèche de faire une comparaison facile pour apprécier les dimensions cellulaires. Les noyaux de ces cellules tendent à évoluer vers la caryolyse plutôt que vers la pycenose. Et cependant, au stade ultime de cette dégénérescence survient, comme dans la dégénérescence monocellulaire, un stade vacuolaire en mème temps que l’acidophilie se prononce.

Cette dégénérescence granuleuse est commune à tous les foies intoxiqués, comme à tous les foies infectés. Souvent au lieu de rester pure, elle s'associe à la dégénérescence graisseuse. Celle-ci semble subordonnée à la rapidité et à l’intensité de l’intoxication. Plus l’agent destructif agit vite, plus la dégénérescence atrophique s’accentue, plus la dégénérescence graisseuse s’accuse. Alors, à côté de vacuoles claires, peuvent apparaître de nombreuses petites vacuoles graisseuses. L’acide osmique peut ne pas se fixer sur ces amas de graisse, mais alors leurs fortes affinités colorantes ba-

siques les signalent, elles prennent une coloration rouge par le Magenta, ce sont les granulations fuchsinophiles.

Terminaison. — De telles lésions cellulaires ne peuvent s’immobiliser, elles continuent leur évolution vers deux buts : ou bien la cellule est définitivement morte et se trouve progressivement résorbée, ou bien elle n’est que faiblement atteinte, elle peut alors réparer ses altérations et recouvrer une morphologie normale.

La destruction cellulaire entraîne deux processus de réparation compensatrice : l’hypertrophie compensatrice et les karyokinèses.

(Nous laissons de côté. la réparation des grands foyers de dégénérescence où le tissu interstitiel joue un rôle important, et que nous aurons l’occasion d'étudier à l’origine des cirrhoses.)

Hypertrophie compensatrice. — Dans une foie qui vient d’ètre l’objet d’une poussée de dégénérescence parenchymateuse, se produit toujours une compensation par l’hypertrophie cellulaire. Ces cellules hyperitrophiées de grandes dimensions, possèdent toujours un cytoplasma normal finement structuré et un ou deux noyaux particulièrement tuméfiés à paroi parfois légèrement sinueuse, mais dont l’intérieur est bourré de nombreux caryosomes. Aucun caractère ne permet de considérer ces éléments comme frappés de dégénérescence. Il semble logique d’en faire l’expression d’une hypertrophie compensatrice. Cette hypertrophie compensatrice à la suite de lésions parenchymateuses du foie se trouve déjà longuement décrite dans les recher-

ches de MM. Hanot, Chauffard, Cornil et Carnot, plus PA. ‘ récemment dans la thèse de ZL. Z. Kahn.

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