‹ Histogenèse des Processus de Cirrhose Hépatique: Lésion Parenchymateuse et Cirrhose, Étude d'Histologie Expérimentale et PathologiqueChapitre 23 sur 50 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DES ANTICORPS HÉPATIQUES CHEZ LES ANIMAUX PRÉPARES PAR LES INJECTIONS DE NUCLÉO-PRO- TÉIDES DE FOIE ET AU COURS DES ALTÉRATIONS EXPÉRIMENTALES ET PATHOLOGIQUES DU FOIE.

L'introduction dans l'organisme d’une substance étrangère, telles que des bactéries, des substances albuminoïdes, des globules rouges, entraine bientôt une réaction de défense du sérum.Il apparaît dans ce sérum une propriété spéciale visant à la destruction de la substance introduite.Cette propriété du sérum, on l’a attribuée à la présence d’une subslance aussi indéfinie qu'hypothétique, dénommée anticorps. Toute réaction de défense d’un sérum vient de la présence d’un anticorps.

On comprend dès lors combien ce terme d’anticorps prend une signification étendue. Il traduit toute réaction défensive d’un sérum à l'égard d’une intrusion étrangère.

Notre but est d'étudier le rôle des anticorps hépatiques en expérimentation et en pathologie. Ces anticorps

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hépatiques se forment après pénétration dans l’organisme de nucléoprotéides hépatiques provenant d’une autre espèce animale ou de la même espèce, ou du même animal. Ces anticorps, à l'égard des albumines cellulaires possèdent au plus haut point, comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent, la propriété d’altérer les cellules d’où provenaient les albuminoïdes injectées. Ces anticorps peuvent être ainsi des cytolysines, si l’on dénomme ceytolysine tout poison capable d’altérer la structure cellulaire. D’après la source des cellules injectées en premier lieu, il s’agit d’hétérocytolysines, (lysine apparue dans le sang après injection de foie provenant d’une autre espèce animale par ex : cytolysine du lapin contre le foie de cobaye, quand ce lapin a reçu desinjections de foie de cobaye), d’iso-cytolysine (quand, par ex : elle apparaît dans le sang d'un lapin ayant reçu des injections de foie de lapin), d’autocytolysine (quand elle apparait dans le sang d’animal ayant recu des injections de son propre foie).

Cette notion importante des cytolysines trouve son ap- plication aussi bien en pathologie qu’en expérimentation. Au cours de certaines altérations parenchymateuses, le malade doit résorber ses propres albumines cellulaires. Pourquoi ne pas admettre que ces résorptions ne sont pas comparables aux injections expérimentales ? Pourquoi ne pas soutenir la possibilité d’une autocytolysine de réaction? Ainsi se créerait un cycle de réaction dont la résultante serait l’accentuation de la lésion.

La clinique autorisait dans une certaine mesure de pareilles hypothèses. N’assistons-nous pas au cours des

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cirrhoses à des recrudescences des phénomènes d'’insuffisance hépatique, même quand le malade soigné à l'hôpital se trouve à l’abri de toutes les intoxications exogènes ? Certains hépatiques entrent dans les services avec des signes d'insuffisance hépatique évidente ; ces signes, malgréle régime lacté, ne font que s’accentuer sous nos yeux. Les malades maigrissent, tombent dans une hébétude et une torpeur progressive, un subictère de plus en plus prononcé colore leur conjonctive, leur urobilinurie augmente en netteté, l’urée baisse dans le taux urinaire. Tout enfin, traduit l'atteinte progressive de l'organe hépatique. Pourquoi ce qu'il reste du parenchyme scléreux n’évolue-t-il pas vers une réparation ? Il faut donc admettre une cause persistante d’altération cellulaire. Cette cause ne semble pas provenir de l’extérieur, donc, elle se crée dans l’organisme. La notion des cytolysines nous permettait peut-être d’entrevoir celte cause : la résorption de quelques cellules primitivement altérées par l’intoxication avait ouvert un cercle vicieux, le sang réagissait en accentuant la lésion, la réaction de défense du sang aboutissait à l’exagération de la lésion parenchymateuse.

C'était là une hypothèse satisfaisante, il fallait des preuves. Il fallait juger de la vérité de cette interprétation.

Cette confirmalion constituait le point difficile du problème. L’injection de sérum de cirrhotique à l’animal ne pouvait que mal nous édifier sur le pouvoir anti-hépatique humain de ce sérum. D'autre part, on ne pouvait songer à une expérimentation différente.

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Restait un procédé pour mettre en évidence la cytolysine : la réaction de fixation du complément de Bordet et Gengou :

Voici en quoi consiste cette épreuve : Un sérum A possède une propriété réactionnelle qu’il nous faut mettre en évidence. Nous le chauffons à 56», il perd la propriété de nuire à l'égard de la cellule hépatique, par exemple: tant qu’il reste isolé. Mettons avec ce sérum chauffé à 56° A, un sérum B non chauffé (ce dernier ne possédant aucune action spécifique, c'est par exemple : un sérum de cobaye normal), immédiatement le sérum À, grâce au trait d’union sérum B, peut agir sur la cellule hépatique contre laquelle A possède une action spécifique. Cette chaîne d'union est indissoluble etB, que l’on appelle l’alexine, le complément « est fixé ». Comment allons-nous connaître cette fixation ? Simplement en cherchant à utiliser ce trait d'union non spécifique : le complément. Dans notre mélange, ajoutons un sérum hémolytique chauffé à 56°, et des globules rouges contre lesquels le sérum hémolytique est préparé. Le sérum hémolytique chauflé a perdu tout pouvoir hémolysant que seul un complément quelconque peut lui rendre. Il cherche un complément. Si celui du mélange est libre, il l'utilise, l'hémolyse suit. Si le complément est fixé, il ne se fait pas d’hémolyse. Il s’agit en somme de rechercher d’une façon indirecte la fixation du complément.

Cette méthode d'exploration utilisée successivement par Bordet et Gengou pour l’exploration des sérums anti-microbiens, par Widal et Le Sourd pour le diagnostic de la fièvre typhoïde, par Moreschi puis par Neisser et Sachs pour le diagnostic médico-légal des taches de sang, permet à Dopter de mettre en évidence la sensibilisatrice dans le sérum des sujets atteints de

dysenterie bacillaire, à Wassermann et Bruck de déceler chez l’animal la tuberculine et l’anti-tuberculine, à Müller et Oppenheim de découvrir les anticorps de la gonococcie, à Veisser et Bruck les anticorps de la syphilis, que Wassermann et Plaut, À. Marie et Levaditi, enfin Schutzé retrouvaient dans le liquide céphalo-rachidien des paralytiques généraux. Nous-mêmes, en collaboration avec MM. Guillain et Boidin, avons mis en évidence cette réaction de fixation dans le sang d’un charbonneux guéri et dans le sang d’un lapin vacciné et immunisé. D'autre part, C. Foix et Æ. Mallein décelaient une réaction de fixation sur le streptocoque au cours de la scarlatine.

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