LES DISCIPLES DE MAROT
Rémi Belleau (1528-1577), a composé un poëme intitulé : Amours et nouveaux échanges des pierres précieuses, une comédie : Reconnue, un discours : De la vanité, pris de l'Ecclésiaste de Salomon ; des Eglogues sacrées, tirées du Cantique des Cantiques, et La Bergerie. Ses écrits n'ont guère plus de mérite que ceux d'Antoine Baïf, auteur de sonnets sur Méline et Francine, d'une fable : V Amour oiseau, et d'un conte : V Amour vengeur.
Joachim du Bellay (1524-1560), est l'étoile la plus brillante de la pléiade, après Ronsard. Quelque grande que fut sa tendance à imiter les anciens, il n'alla pas cependant aussi loin que ses prédécesseurs. Il a écrit plusieurs ouvrages, entr'autres : le Livre des antiquités de Rome, contenant une générale description de sa grandeur, comme une déploration de sa ruine, en 47 sonnets ; le poëme, V Olive, les Regrets ;
LITTÉRATUEE FRANÇAISE. 301
une satyre fine: Poëtt courtisan] \a, MusagnalomacJiie, on Comlat des Muses; de V Ignorance ^ ouvrage médiocre; le Recueil de jjoésies jyréstnté à Madame Marguerite ; divers poèmes^ des Odes et son fameux ouvrage sur V illustration de la langue française.
L'imitation de la littérature ancienne, qui existait à un haut degré au XVIe siècle, entraîna la ruine de: Mystères et des Moralités. Avec Jodelle (1532-1573), la scène française s'éclaira du système d'Aristote. Sa première tragédie, CUopatre captive, est loin d'être parfaite, mais c'était certainement un progrès. Sa comédie, Eugène ou la Rencontre^ accrut davantage la réputation de Jodelle. Une autre tragédie, Didon se sacrifiant, ferma sa carrière littéraire, carrière médiocre si on la considère en elle-même, mais si grande, si on la considère dans ses résultats ! Dans la comédie, il faut citer le chef-d'œuvre du XVIe siècle, la Comédie des esprits par Larivey. Cette farce, féconde en saillies vives et franches mais parfois obscènes, occupe le premier rang après la Farce de maître Panthelin, dans le vieux théâtre français.
En parlant de la chute de Ronsard, Boileau dit:
Ce poète orgueuilleux trébuché de si haut Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.
Desportes (1546-1606), a écrit des Amours, des Sonnets, des Chansons, etc. On a encore de lui une traduction en vers français des psaumes ; cette traduction est supérieure à celle de Marot. Jean Bertaut (1552) a de la douceur, de la grâce, et de la mollesse ; ces bellcg qualités le rendent supérieur à Desportes. Il a laissé des poésies légères et des chants sacrés. Du Bartas (1544), s'est acquis une couronne impérissable par son poëme : La Semaine, ou Création du monde. Au milieu de grandes beautés, perdent deux défauts : le pédantesque et le trivial ; on reconnaît là un disciple de Ronsard. Vauquein de la Fresnaye (1536-1606) s'est fait connaître par ses Foresttries ou Bergeries, des Satyres et des Idylles et un Art poétique. Ses poésies se rapprochent de celles de son contemporain Malherbe ; on sent son heureuse influence. La variété de son talent est remarquable. Nicolas des Yvetaux, fils du précédent, chanta la vie pastorale. Jean Passerat (1 534- (1602) a surtout mérité sa réputation de poëte par sa Métamorphose d'un homme en oiseau, que l'on peut citer comme un modèle d'enjouement et de grâce. Nicolas Rapin est caustique et malin, ainsi que Gilles Durant, auteur d'une raillerie fine et mélancolique : Y âne ligueur.
On dit que Théodore Agrippa d'Aubigné (1630), lisait à six ans le latin, le grec, l'hébreux et traduisait, à huit ans, un dialogue de Platon. Son Histoire universelle et la Confession de Sancy le mettent au premier rang parmi les prosateurs du XVIe siècle. Ses Tragiques lui ont acquis un titre immortel comme poëte. C'est une satyre furibonde, étincelante de verve et de bon sens. " Elle se compose de sept livres dont les titres sont comme autant de menaces ou d'énigmes : misère, chambre dorée, feu, fers, vengeance, jugement ; tels sont les étiquettes de ces chants hyperboliques ; tous les tons s'y heurtent, toutes les formes s'y mêlent : l'épopée, la satyre, l'hymne biblique, l'idylle elle-même s'y confondent ; c'est comme un mélange du génie des prophètes et de celui de Juvénal : œuvre confuse, incohérente " mais étincelante parfois de sublimes beautés, admirable en un mot, n'était la déclamation." (1) C'est l'image de son pays, de la France déchirée par la guerre civile, qui soutient la verve et l'éloquence du poëte.
La satyre compte encore un homme de talent, le célèbre Régnier (1573-1613), le poëte français suivant Boileau, qui a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes. Il peint avec énergie, à grands coups de pinceau, dans un style coloré, imagé, vif et piquant. Régnier, dit l'auteur de l'art poétique :
Dans son vieux style a encore des grâces nouvelles. Heureux, si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se^sentaient des lieux où fréquentait l'auteur, Et du son hardi de ses rimes cyniques Il n'alarmait souvent les oreilles pudiques.
Ici finit le règne fastueux de la pléiade. Malherbe parut et l'enflure, l'imitation outrée, l'érudition pédantesque, la recherche, disparaissent pour faire place à la simplicité du style, à la vérité du sentiment, à l'originalité des conceptions, au naturel dans les idées. La langue fut dès lors fixée. .*^