MAROT — RONSARD
Trois hommes ont fait école dans la première période de la littérature française : Marot, Ronsard et Malherbe.
Clément Marot naquit à Cahors, en 1495.
C'est le premier personnage vraiment remarquable dans la poésie française et c'est le plus célèbre représentant du XVIe siècle. Boileau a dit:
Imitez de Marot l'élégant badinage.
Il aurait dû dire charmant. Son style a un charme qui lui est propre. Sa causerie est fine, gaie, facile. Léger, jovial, railleur, plein de vanité, d'étourderie et d'esprit, Marot avait tout pour réussir ; c'est le roi de l'épigramme ; vives et malicieuses, elles se font remarquer par la spontanéité et l'entrain qu'il y déploie. Comme le dit LaHarpe ses psaumes ne sont bons qu'à être chantés dans les églises protestantes.
Tous les critiques s'accordent à vanter une petite pièce intitulée, le
Oui et le Nenni, ainsi qu'une épitre à François I. où il lui raconte comment il a été volé par un valet. C'est son chef-d'œuvre dans le genre épistolaire. Otez, dit LaHarpe, ce qui a vieilli dans les termes et les constructions, c'est d'ailleurs un modèle de narration, de finesse et de bonne plaisanterie. En général, Marot a excellé dans le genre épistolaire ; c'est là qu'on trouve toute cette familiarité badine qui est le trait caractéristique de son talent.
Lafontaine a imité le vieux Marot en maints endroits.
Marot a fait école pendant 200 ans. Le maronisme était ce style par lequel ses imitateurs recherchaient les tournures de l'ancienne langue française et ressucitaient des mots vieillis en voulant imiter Marot par le piquant et le naïf.
Clément Marot fut le favori de la Cour de François I. Son esprit lui avait acquis la protection du Père des lettres. L'amour a rendu sa vie orageuse et a influé sur ses écrits ; ils sont, suivant les impressions sous lesquelles il écrivait, tantôt tristes, tantôt gais. On reconnaît en lui un talent supérieur qui pouvait traiter tous les genres ; poëmes de longue haleine, élégies, épitres, ballades, rondeaux, chansons, épigrammes, étrennes, églogues, cimetières ou épitaphes, satyres, traductions, mais il s'élève rarement à une véritable inspiration. Son grand mérite est d'avoir donné à la poésie l'étendue, la variété et la flexibilité ; d'avoir été naturel et fin en même temps ; d'écrire avec délicatesse et de rejeter l'allégorie de la poésie; mais il est inexcusable, dit Labruyère, d'avoir remué l'ordure dans ses écrits ; il avait assez de génie et de naturel pour pouvoir s'en passer. Il n'a pas créé mais il a perfectionné.
Indiscret, tête chaude, obéissant trop souvent à une témérité étourdie, Marot n'a pu se dérober à une carrière agitée.
Il mourut en juin 1544, âgé de 49 ans.
Pierre de Ronsard est la seule étoile de première grandeur que l'on peut remarquer dans cette pléiade de réformateurs qui méprisèrent les routes battues jusque là pour explorer les régions de l'antiquité. Il naquit le 10 septembre 1524, au château de la Poissonnière, dans le Vendômois. Il fut envoyé par François I. comme ambassadeur diplomatique dans plusieurs cours de l'Europe, il en profita pour étudier la langue de ces pays, et de retour, il fit l'admiration générale de la cour de son maître. On exalta ses talents, sa beauté et son esprit.
A peine eut-il composé ses premiers vers qu'il fut proclamé le Miracle
de l'art, le prodige de la nature. Montaigne l'appelle Végol des anciens. Flatté comme un potentat, gonflé par l'orgueil, se croyant un homme extraordinaire, Ronsard, malheureusement, ne garda aucune mesure et donna tête baissée dans le " faste pédantesque." " La poésie lyrique, disait-il, embrasse l'amour, le vin, les banquets dissolus, les danses masquées, chevaux victorieux, escrime, pristes et tournois et peu souvent quelque agrément de philosophie." Il n'en faut pas plus pour caractériser Ronsard. De toutes ces alliances il en sort la confusion.
Sous l'apparence de régler tout, il hrouille tout et fait un art à sa mode, comme dit Boileau ; ces caprices ont éteint en lui le géniepoétique.
Ses Odes, les Amours de Cassandre et les Amours de Marie, ont été ses premières poésies, l'élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine, leur est supérieur. Son poëme de la Fronci'ide est insipide. Ses idylles se font remarquer par des trivialités alourdissantes ; mais, à de rares intervalles, brillent certains éclairs, indices du génie. En effet, dit Saucié, il y a deux hommes dans Ronsard : le poète que la nature avait heureusement doué et le novateur systématique donnant tête baissée dans les excès les plus étranges.
L'école de Ronsard ne pouvait durer longtemps, on s'aperçut bientôt qu'on y gagnerait avec une poésie plus populaire et plus noble. Malherbe se mit à la tête du mouvement réformateur.