ALEXANDRE DUMAS
Le célèbre auteur dramatique et romancier naquit à Villiers-Cotterets, le 24 juillet 1823.
En 1846, il débuta dans la littérature par un volume de Nouvelles, Par la suite, parurent successivement cette série volumineuse de romans, de pièces, de nouvelles, de mémoires, qui pourraient emplir à eux seuls tous les rayons d'une bibliothèque. C'est la plume la plus féconde de la France.
On estime à douze cents le nombre des volumes qui portent le nom de Dumas. Il eut nécesai rement des collaborateurs. Mais ceux des sujets ou des matériaux de romans et de drames qu'il n'a pas trouvés lui-même il les emploie avec une habileté, une puissance de mise en oeuvre qui fait l'unité de ses livres, et son originalité. Nul n'a poussé aussi loin le talent de l'arrangement et de la disposition dramatique des faits et des personnages. De là, l'intérêt soutenu, entraînant, de ces longs récits qui, après avoir trouvé tant de lecteurs en France et à l'étranger, soit en livre, soit en feuilletons, ont encore captivé la foule au théâtre avec les mêmes héros et les mêmes aventures. Tant il y avait de vie et de mouvement dans ces combinaisons improvisées de la réalité et de la fantaisie, de l'histoire et du roman ! tant il y a de véritable verve dans cette hâblerie perpétuelle de langage qui est comme la forme propre de son talent !
Tout le monde a lu les trois Mousquetaires, Monte Christo, le Vicovite de Bragelone, Vingt ans après, le Chevalier de la maison rouge, la Reine Margot, etc. Ce sont ses meilleurs romans.
Ce qui plaît dans Alexandre Dumas, dit Jules Claretie, ce qui charmera éternellement chez cet infatigable, c'est que, tout aussi altéré d'humanité et épris de vérité que bien d'autres, il a toujours voulu que cette vérité soit rayonnante et que sur l'aile de son génie l'homme fut assuré d'aller plus haut. Et savez-vous ce qui fait la force, l'irrésistible force de ce magicien ? C'est qu'il emporte ceux qui l'écoutent vers un monde imaginaire et lumineux comme un éden. On a dit que Dumas a amusé trois ou quatre générations. Il a fait mieux : il les a consolées. S'il a montré l'humanité plus généreuse qu'elle n'est peut-être, ne lui en faites pas un reproche, c'est qu'il la peignit à sa propre image ; s'il n'a pas insisté sur les détresses de la vie, c'est qu'il s'était dit que le
fardeau étant lourd aux épaules des souffrants, le mieux était de le rendre plus léger. Et c'est bien pourquoi, comme Fa dit son fils, la foule, en l'écoutant, battait des mains ; car, au fond, elle aime la fécondité dans le travail, la grâce dans la force et la simplicité dans le génie : elle aime l'idéal, et elle acclamait cet enchanteur qui savait si bien l'arracber au pays noir de la misère, pour la transporter au pays bleu de la chimère et du rêve.
Lors de l'inauguration de la statue de Dumas, à Paris, le 4 novembre 1883, M. Edmond About, s'exprimant au nom de la Société des Gens de Lettres, disait :
Cette statue, qui serait d'or massif, si tous les lecteurs de Dumas s'étaient cotisés d'un centime, cette statue, messieurs, est celle d'un grand fou qui, dans sa belle humeur et son étourdissante gaieté, logeait plus de sens et de véritable sagesse que nous n'en possédons entre nous tous. C'est l'image d'un irrégulier qui a donné tort à la règle, d'un homme de plaisir qui pourrait servir de modèle à tous les hommes de travail, d'un coureur d'aventures galantes, politiques et guerrières, qui a plus étudié à lui seul que trois couvents de bénédictins. C'est le portrait d'un prodigue qui, après avoir gaspillé des millions en libéralités de toute sorte, a laissé, sans le savoir, un héritage de roi. Cette figure rayonnante est celle d'un égoïste qui s'est dévoué toute la vie à sa mère, à ses enfants, à ses amis, à sa patrie ; d'un père faible et débonnaire qui jeta la bride sur le cou de son fils, et qui, pourtant, eut la rare fortune de se voir continué tout vivant par un des hommes les plus illustres et les meilleurs que la France ait jamais applaudis. On a dit que la plus belle œuvre d'Alexandre Dumas, était son fils, Alexandre Dumas, fils, né à Paris, le 28 juillet 1824. L'auteur de La Dame anx Camélias^ de La vie à vingt ans^ La Reine aux Perles, du Régent Mustcl, La boite d'argent, etc., a acquis une réputation non moins durable par ses œuvres dramatiques. C'est un des princes de la littérature contemporaine.