ÉCOLE PHILOSOPHIQUE
Le libre examen réclamé et conquis par le XYIe siècle fut appliqué par le XVIIe siècle à toutes les recherches de la philosophie. En même temps qu'elle s'affranchissait de toute autorité externe, la pensée philosophique s'écartait des questions de pure métaphysique et se préoccupa davantage d'atteindre des réalités concrètes.
Descartes et Bacon, deux philosophes, mieux, deux réformateurs, deux initiateurs, se préoccupèrent surtout de la méthode d'arriver à la vérité. Ces deux esprits se disputent encore la direction des esprits.
Le cartésianisme eût des nuances : Bossuet, Port-Boyal, Fénélon, Spi-
noza et Malebranche, sont de la même famille, mais avec des tendances diverses. La réaction, au nom du spiritualisme individualiste, commença avec Leibnitz. Les philosophes qu'on appelait dissidents au XVIIe siècle, eurent une influence prépondérante au XVIIIe siècle : la postérité de Bacon semble l'empoiter sur celle de Descartes. Locke s'était fait le représentant de l'empirisme baconnien, au moins dans l'ordre physologique et moral. Plus tard, Hobes et Gessendi restaurèrent le matérialisme ancien, et les collaborateurs de l'encyclopédie s'en firent les défenseurs. Bayle acclama le scepticisme, et Hume prêcha des théories sensualistes, matérialistes et fatalistes que l'école écossaise combattit en appliquant l'expérience aux sciences morales et à l'étude de l'homme. Reid devint l'adversaire de Hume et de Berkely. C'est alors qu'apparut Kant qui fit subir à la philosophie une réforme importante ; c'est de lui que partent comme de leur tronc commun, tous les rameaux de la philosophie allemande : Fichte, Shelling, Hegel, etc. En France, le commencement du siècle fut marqué par une réaction contre le sensualisme. Laromiguère ouvre la voie, Maine de Biron, après avoir débuté par des mémoires tout mêlés d'éléments sensualistes aboutit à des conclusions presqu'entièrement chrétiennes. En même temps qu'il prétendait découvrir la volonté, un autre penseur, M. Ampère, analysait la raison et comblait une lacune du condillacisme. Royer-Collard synthétisait ces trois éléments, et Yictor-Cousin donnait à cette doctrine le nom d'éclectisme. Joufî"roy reliait la philosophie de Maine de Biron à celle de l'école écossaise et fonda une école spiritualiste qui comprend les Damiron, les Garnier, les Saissait, les Janet, les Rémusat, les Franck, les Jules Simon, etc. Ces noms représentent la philosophie officielle depuis 50 ans. Cette école lutta vaillamment pendant et après la Restauration, contre l'invasion du panthéisme.
Les systèmes indépendants et mystiques de Pierre Leroux, de Lamennais, de Jean Reynaud, de Bûchez ; les théories métaphysiques assez vagues auxquelles se rattachaient diverses écoles socialistes, pénétrèrent la littérature plutôt que l'enseignement philosophique. Les deux grands adversaires que le spiritualisme rencontra furent d'abord le matérialisme, et plus tard, de nos jours même, le positivisme : le premier représenté par Broussais, Gall, Vogts, Darwin, etc., le second, par Auguste Comte, Littré, Stuart-Mill, etc.