‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 143 sur 181 · YONG · texte numérisé non relu

YONG

Edouard Yong naquit à Upham près de Winchester en 1681. Son père occupa les premières dignités ecclésiastiques sous le roi Guillaume.

Après avoir suivi jusqu'à l'âge de 19 ans les cours de l'Université de Winchester, il prit le titre de Bachelier en Droit au Collège dÂll-souls. Il était alors âgé de 38 ans.

Evidemment Yong n'était pas à sa place ; il le sentit et se consacra exclusivement à la littérature sans avoir cependant l'intention de dédier à la gloire littéraire de sa patrie quelques monuments durables. Il se sentait né poète de circonstance et il le fut.

Yong est généralement peu connu sous son véritable jour. On serait porté à croire que le chantre des Nuits est un de ces hommes rêveurs, mélancoliques, sombres, hantant les divinités dans le calme d'une nuit ténébreuse. C'est une erreur populaire, une illusion : Yong est plutôt le poète de circonstance, le poète officieux, galant homme avant tout, flatteur

jusqu'à la bassesse ; c'était son genre, il y réussit. Ses premiers essais sont médiocres. Ils consistent en panégyriques pompeux et sonores, en épîtres flatteuses, en dédicaces empoulées, en adulations ridicules : il avait la manie de l'éloge.

Son Jugement dernier (1713) eut plus de retentissement. L'on rencontre quelques traits sombres et grandioses entremêlés de couleurs fausses et froides. Mais ces quelques traits pathétiques s'effacent derrière sa flatterie babituelle et déplacée.

Il a aussi travaillé pour le théâtre mais avec peu de succès. Ses deux tragédies, Busiris et la Vengeance, sont médiocrement goûtées.

Son recueil de satyres, qui date de cette époque, ne contient que des lieux communs d'un style énergique, et des tableaux chargés de couleurs sans physionomie. Il n'a pas saisi le véritable rôle du poëte satyrique ; il n'a pas su joindre l'amertume à la gaieté, il est trop grave, trop circonspect, trop froid, aimant mieux jeter le ridicule sur les vices qu'il voulait flétrir plutôt que blesser et guérir en même temps, ce qui doit toujours aller de pair dans la poésie satyrique.

L'avènement de Gleorge II au trône d'Angleterre lui fournit l'occasion d'exercer ses ridicules flagorneries dans une ode intitulée V Océan.

En 1727, à l'âge de 47 ans, il embrassa l'état ecclésiastique et fut nommé chapelain de sa Majesté. Sa nouvelle vocation l'empêcha de publier une tragédie qu'il venait de terminer, Démétrius et Persée. Il la remplaça par un traité de morale sur la vanité des choses humaines.

Il dédia à Voltaire son ode sur V Océan, sujet très favori pour lui, parce qu'il lui donnait l'opportunité de louer la nature après avoir tant loué la noblesse.

Une fois cependant Yong suvit la pente naturelle de l'homme : il se montra indépendant. Il dut son immortalité à un malheur, à la mort de sa femme. Délaissé, abandonné, convaincu des illusions mondaines, écartant ce fantôme de l'ambition qui l'avait jusqu'alors trompé, il prit ga plume et écrivit ses Méditations de la nuit, où le poëte verse des larmes, s'attendrit et se lamente. On reconnaît ici, au moins une fois, l'expression d'un sentiment vrai, naturel, et si chacune de ses Nuits est précédée d'une dédicace adulatrice et déplacée, il faut lui pardonner, car il obéissait à l'empire de l'habitude.

Bref, Yong semble n'avoir eu d'autres mobiles, dans ses écrits qu'une ambition déplacée. Pauvre Yong! pourquoi a-t-il voulu

goûter les sucs d'un fruit si amer ? sans cela il aurait été un grand poëte ; et ce qu'il n'a pu trouver durant sa vie, il l'aurait acquis après sa mort : le fantôme de la gloire. Son poëme de la Résignation et une Lettre à Rlchardson sur la composition originale, furent écrits dans sa vieillesse.

Suivant Johnson, (1) " sa versification est à lui. Ni ses vers blancs, ni ses vers rimes n'ont aucune ressemblance avec ceux des écrivains précédents. Il ne grappille pas l'hémistiche ; il ne copie pas d'expressions favorites ; il a l'air de ne s'être fait aucun magasin de pensées ou de locutions, mais d'être redevable de tout à l'inspiration fortuite du moment. Cependant, j'ai lieu de croire que lorsqu'il avait une fois formé un nouveau plan, il le travaillait d'un soin très patient, et qu'il composait avec un grand effort et de fréquentes retouches. Ses vers ne sont pas faits sur un certain modèle ; car, il ne se ressemble pas à luimême dans ses différentes productions, pas plus qu'il ne ressemble aux autres ; il paraît n'avoir jamais étudié la prosodie et n'avoir reçu de direction que de sa propre oreille, mais avec tous ces défauts, c'était un homme de génie et un poëte."

Yong mourut en 1765, à l'âge de 84 ans.

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