HISTORIENS ET PHILOSOPHES
C'est pendant cette période que sont apparus les meilleurs historiens de l'Angleterre.
David Hume (1711-1776) a écrit l'histoire en philosophe. Son Histoire d'Angleterre, en 5 volumes, l'a placé à la tête des meilleurs historiens anglais qui avaient écrit l'histoire jusqu'alors.
William Robertson (1710-1793) a écrit V Histoire de V Ecosse durant les règnes de la reine Marie et du roi Jacques VI. Ce n'était qu'un ballon d'essai ; Robertson publia en 1769 son Histoire du règne de V Empereur Charles V ; avec un aperçu du progrès de la société européenne depuis la chute de l'Empire romain jusqu'au XVIe siècle. Quelque ardue que fut cette tâche, Ilichardson sut vaincre toutes les difficultés de l'entreprise. Il termina sa carrière littéraire par son Histoire de V Amérique, qui est peut-êter son chef d'œuvre ; c'est au moins celui qui fixa davantage sa réputation. Le style de Robertson est pur, coulant, plein de dignité, sans roideur singulièrement clair et parfois éloquent ; il sait placer ses matériaux pour l'intelligence du sujet; il est sagace, et personne mieux que lui ne sait tirer les conséquences des événement s, démontrer les causes et rendre un jugement sain sur un fait complex. Son style peut manquer de chaleur, mais il a toute l'impartalité et la candeur qui conviennent à l'historien.
A la suite de Hume et de Robertson viennent Robert Henry, qui sacrifia 30 ans de sa vie à écrire une Histoire de la Grande-Bretagne, dans laquelle il traite de tout ce qui se rapporte à sa patrie : sciences, littérature, progrès, beaux-arts, industrie, politique, etc. James Grainger a publié une Histoire biographique dt V Angleterre, c'est-à-dire des hommes les plus distingués dans les annales de la Grande-Bretagne.
William Russell a écrit V Histoire de V Europe Moderne, en 7 volumes, chef-d'œuvre d'érudition, de style et de disposition ; Edouard Gibbon (1737-1794) V Histoire de la décadence et la chute de V Empire Romain en 6 volumes, où l'auteur se montre trop partisan de ses idées contre le
christianisme. Le style de cette histoire est parfois sonore, affecté et obscur, mais ces défauts sont rachetés par la diction philosophique, l'exactitude des recherches, la solidité des matériaux et les discussions curieuses, ce qui a placé l'auteur au nombre des historiens classiques de l'Angleterre.
Les principaux écrivains philosophes de cette période sont David Hume, que nous avons déjà cité comme historien, auteur d'un traité sur la Nature, humaine, des JEssais moraux, philosophiques et littéraires, V Histoire naturelle de la Religion et un Dialogue concernant la Religion naturelle : la base de ses principes philosophiques est le pyronnisme ; David Hartley, auteur d' Observations sur l'homme, ses devoirs et ses espérances, dans lesquelles il entreprend d'expliquer tous les phénomènes de l'esprit par le simple principe de l'association des idées au cerveau : il prétend que son système est en accord avec la nature et la religion révélée ; Francis Hutcheson, auteur d'un Système de philosophie morale, ovl il soutient que toutes nos idées morales dérivent du sens moral implanté dans notre nature et qui, indépendamment de toute considération, nous porte à admirer ce que nous avons fait ou ce que les autres ont fait : c'est le fatalisme ; Adam Smith, qui a publié une Théorie sur les sentiment^ moraux, lesquels sentiments consistent, d'après lui, dans la sympathie, source de nos actions, bonnes ou mauvaises ; Thomas Reid (1710-1796) auteur des Recherches de Vtsprit humain d'après les principes du seus commun, ouvrage dans lequel il entreprend de réfuter Locke et Hartly en faisant dériver les opérations de l'esprit de principes instructifs : — son ouvrage fut complété par son Essai sur les facultés intelltctuelles et actives; Henry Hume (1796-1782) auteur d'une Introduction à l'art de penser, des Elémerits de la critique, et de Portraits de V Histoire de l'homme, condamnant toutes ces théories de la nature humaine qui font dériver nos actions d'un principe simple, s'efforce d'établir plusieurs principes généraux sur nos actions ; James Beattie, dans son Essai sur la vérité, combat Hume en donnant à l'esprit humain une perception instructive de la vérité ; Joseph Priestley, auteur de l'Examen de la doctrine du sens commun et de Recherches sur la matière et l'esprit, a adopté les théories de Hartley sur l'esprit humain.
Parmi les meilleurs théologiens de l'époque, on distingue William Bar Burton, auteur de la Législation divine de Moïse, en six volumes, un des ouvrages les plus extraordinaires de la langue anglaise. C'est un véritable puits de sciences, plein d'idées nouvelles et paradoxales. Robert
Lowth (1710-1787) a écrit des Lectures sur la poésie sacrée des Juifs^ des commentaires sur le livre d'Isaïe et de savantes dissertations sur la grammaire anglaise.
Parmi les écrits si multipliés de cette période, n'oublions pas les Recherches sur la. nature tt les causes de la richesse des nations d'Adam Smith (1723-1790), le meilleur livre d'économie politique qu'ait produit l'Angleterre ; V Essai sur le Sublime et le Beau, et les Réflexions sur la Révolution française, d'Edmund Burke (1730-1797), homme d'état et critique remarquable ; les Commentaires sur les lois anglaises, publiés en 1765, par Sir William Blackstone; les Lettres du comte de Chesterfield (1694) à son fils, sur la culture de l'intelligence, du cœur et et des bonnes manières, dans lesquelles l'auteur prêche la morale de l'intérêt. Un des plus éminents écrivains delà littérature mêlée est Horace "Walpole (1718-1797), qui a publié plusieurs ouvrages, entr'autres : le Catalogue des auteurs royaux et nobles, V Histoire des derniers dix ans du règne de George II. On cite encore de cette époque Y Encyclopédie d'Ephraïm Chambers, qu'Abraham Eees a porté à quarante volumes.
POEMES GAÉLICS
La question de l'authenticité des poëmes d'Ossian n'est pas encordéfinitivement résolue chez les Anglais. Des écrivains d'élite, John Mac- Arthur, Campbell, Blair, Johnson, Clarke, J. Smith, Thomas Hill, Henri Mackenzie, l'abbé Césarotti, qui traduisit Ossian en vers italien ; John Sainclair, qui dirigea l'édition gaélique de 1807, et Ginguéné, ont tour à tour prêté leurs lumières à cette question sans pouvoir la résoudre complètement.
Toutefois, la majorité des savants s'accorde à reconnaître aujourd'hui que ces poëmes n'ont pas été recueillis par Macpherson, tel qu'il les a donnés dans sa traduction en prose anglaise. Il n'a trouvé, dit Gringuéné, que des lambeaux épars qu'il a arrangés, liés ensemble, étendus peut-être en conservant le ton, l'esprit et les couleurs du poëte calédonien. Editeur habile, et en état de composer lui-même, il a fait pour Ossian ce qu'il paraît qu'on a fait pour Homère, dont les poëmes ont été longtemps dispersés et abandonnés aux hasards de la mémoire, jusqu'à ce que Solon les eût fait transcrire et réunir en un corps d'ouvrage.
Macpherson avait publié en 1758 un premier essai poétique sur la mort, et plus tard un poëme héroïque, The Righlander. En 1762, il
publia les premières poésies d'Ossian, traduites du gaélic. Le docteur Blair soutint, dans une dissertation imprimée, le mérite du traducteur et l'authenticité de l'original ; mais en 1775, le célèbre docteur Johnson prétendit que des recherches au sujet des poésies d'Ossian l'amenaient à nier formellement leur authenticité. Il s'en suivit une véritable dispute littéraire : les critiques se rangèrent en deux camps; mais en 1787 John Smith publia le texte original de quatorze poëmes, dont il avait donné la traduction dans ses Antiquités gaéliques. En 1805, la Highland Society nomma une commission chargée de faire les recherches les plus exactes sur l'authenticité des poëmes d'Ossian. Le président, Henri Mackenzie, rédigea un rapport qui jeta le meilleur jour sur cette question délicate. La commission concluait que la poésie ossianique a existé, qu'elle a été communément, généralement et abondamment répandue en Ecosse, qu'elle était frappante et de nature à créer une impression profonde, et enfin qu'elle se trouvait en substance dans les poëmes traduits par Macpherson.
La société écossaise de Londres, poursuivant à peu près dans le même temps (1807) des travaux analogues, éleva à Ossian le plus beau monument que la gloire puisse consacrer au génie. Devenue dépositaire de tous les poëmes originaux traduits par Macpherson et que difierents motifs l'avaient empêché de publier elle-même, elle fit faire une magni fique édition du texte gaélic, accompagné d'une traduction latine littéraire ; le tout précédé d'une nouvelle Dissertation sur V authenticité des poésies c?' Ossian par Sir John Sinclair.
Ossian vivait avant l'introduction du christianisme en Ecosse, c'est-àdire à la fin du Ille siècle ou au commencement du IVe. Il était fils de Fingal qui régna dans les montagnes d'Ecosse. Devenu vieux et aveugle, il perdit le sceptre du commandement et charma sa douleur en chantant les exploits de ses amis. Il se traînait souvent à la tombe de Fingal et se consolait, comme il le dit lui-même, en la touchant de ses mains tremblantes. Malvina, l'épouse de son fils Oscar, qui avait été tué par l'usurpateur, ne l'abandonna pas. C'est à elle qu'il adressa la plupart de ses poëmes ; elle les apprenait par cœur à mesure qu'il les composait et les chantait en s'accompagnant sur la harpe. Après la mort d'Ossian, les bardes les apprirent de Malvina et les répétaient de préférence à leurs propres ouvrages. Les détails historiques qu'ils contiennent, autant que la beauté de la poésie, les rendaient chers à tous les
Calédoniens ; mais ce qui ajoute surtout à leur prix, c'est qu'on y trouve une peinture fidèle des mœurs du temps, et qu'ils peuvent servir, à l'histoire de l'esprit humain.
Qu'Ossian soit Calédonien ou Irlandais, comme quelques-uns l'affirment qu'il soit ou non le fils de Fingal,que la date de son existence soit plus ou moins certaine, il n'en est pas moins vrai que les œuvres de l'Homère celtique existent; elles sont toutes de la même couleur, dit Cesarotti, elles ont certainement un auteur. Que cet auteur soit du temps de Caracallla ou de Saint Patrice, qu'il soit natif de Morven ou d'Ulin, qu'il appartienneà la famille d'un petit roi du pays ou d'un simple montagnard, c'est tout à fait la même chose pour qui le considère comme poëte. Car ceux qui ne veulent pas l'appeler Ossian peuvent le nommer Orphée : on pourro douter qu'il ait eu Fingal pour père, mais personne ne doutera jamais qu'il ait été fils d'Apollon.
Les poëmes d'Ossian sont en prose rimée. Les chants du barde gaélic élèvent l'âme, portent à la sensibilité la plus exquise autant qu'à l'imagination la plus ardente. En quelques endroits ils soutiennent la comparaison avec ceux d'Homère.