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KLOPSTOCK

Frédéric Gottlieb Klopstock naquit le 2 avril 1724, à Quidlinbourg, en Saxe, et mourut le 14 mars 1803.

Fils d'un brave et honnête cultivateur, il passa les premières années de sa vie à la campagne où il puisa le sentiment des beautés de la nature ; c'est à l'Université d'Iéna qu'il conçut l'idée du poëme qui devait rendre son nom populaire en Allemagne et qui occupa vingt-trois années de sa ,vie.

Les trois premiers chants de la Messiade furent imprimés à Leipzig.

A l'apparition de ce premier essai, une sensation profonde se produisit dans tout le pays. Tous les yeux se tournèrent vers ce jeune

homme qui devait être le sauveur de la littérature nationale. Les sociétés littéraires de chaque ville voulurent le compter au nombre de leurs membres et le placèrent à la tête du mouvement progressif qui s'opérait dans toute l'Allemagne.

Plus tard, ayant été appelé à Copenhague, à la faveur de la libéralité de Frédéric V, roi de Danemark, il fit imprimer les dix premiers chants de son poëme. Klopstock était arrivé à l'apogée de sa gloire. Par la suite, la perte d'une épouse adorée et d'autres calamités domestiques, assombrirent ce beau talent. Cependant Klopstock trouvait encore de temps en temps assez de force d'imagination pour faire jaillir de sa plume des hymnes religieuses et patriotiques.

Klopstock ouvre avantageusement cette longue liste d'écrivains célèbres, de savants distingués et de poètes inspirés qui font aujourd'hui la gloire de l'Allemagne littéraire. C'est le plus célèbre partisan de l'école anglaise qui comptait 'encore Haller, Gessner, Gleim et Ramier.

Tous ses ouvrages ont eu pour but, ou de réveiller le patriotisme ou de célébrer la religion. Ses odes peuvent être considérées comme des psaumes chrétiens ; c'est le David du Nouveau-Testament, comme l'appelle Mme de Staël. Il sait revêtir d'images visibles les idées sans bornes ; ce genre de poésie se perd dans l'incommensurable qu'elle voudrait embrasser.

Ajoutons que ses concitoyens l'ont élevé à une hauteur où il n'a pu se soutenir. Les écrits plus récents des Goethe et des Schiller ont fait pâlir cette étoile qui jusqu'alors avait brillé d'un éclat sans mélange dans le ciel poétique de l'Allemagne.

Quoiqu'il en soit, tous sont unanimes à remarquer dans les œuvres de Klopstock un sentiment profond de religion et de patriotisme. C'est là, dans ces deux sources inépuisables: la religion et la"patrie, qu'il va puiser sa force et toutes ses beautés.

Lorsqu'on commence à lire la Messiade, remarque Mme de Staël, on croit entrer dans une grande église, au milieu de laquelle un orgue se fait entendre, et l'attendrissement et le recueillement que le temple du Seigneur inspirent s'emparent de l'âme en lisant ce poëme. Klopstock, ajoute P. Chasles, a rendu à la poésie allemande l'enthousiasme et l'amour qu'elle avait perdues depuis les beaux jours du moyen-âge. La Messiade est grande par le sujet et par l'exécution. Les profondeurs diverses y sont trop sondées; la méthaphysique y règne quelquefois

seule, et l'âme du lecteur, lasse de mesurer l'infini, retombe avec inquiétude dans son propre vague, après s'être laissée emporter dans la sphère obscure du poëte. Klopstock, qui le cède à Milton dans le tableau de l'enfer, sait créer des anges qui effacent ceux du poëte anglais ; sa pénitente Abbadona, placée entre le bon et le mauvais génie, est une conception sans modèle.

En effet, bien peu de poëtes ont conçu des caractères aussi profondément tracés que ceux qui figurent dans la Messiade. Quelle audace, quel orgueil dans Satan ! Que de fureur dans le regard d' Adrameleck ! En est-il un plus corrompu que Caïphe, plus sanguinaire que Philon, plus noble que Portie, plus énergique que Pilate, plus généreux que Nicodème ! Dans le portrait du Messie, on reconnaît la Divinité qui s'abaisse volontairement jusqu'à l'humanité pour en former l'amour ineffable de la clémence divine et de la bonté humaine.

Klopstock est parfois mélancolique, il aime à nous transporter dans des lieux sombres, où l'âme se sent triste, où l'esprit s'effraie, où la raison confesse forcément son impuissance. Il a voulu peut-être trop impressionner en s'embusquant derrière des tombeaux.

Toute l'action de la Messiade est renfermée dans les dix premiers chants ; les dix derniers ne renferment que des odes dont plusieurs prises séparément sont remarquablement belles. On cite surtout le chant de la mort de Marie, sœur de Marthe et de Lazare, et désignée dans l'Evangile comme l'image de la vertu contemplative.

Ses odes sur la Révolution française sont médiocres, mais il n'en est pas de même de celle intitulé : L'art du Tialf, ou l'art d'aller en patins sur la glace, qu'on dit inventé par le géant Tialf.

Klopstock était un causeur émérite. Il recherchait les entretiens des dames, ceux des Françaises surtout.

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