SOLOMON
Poésie didactique.
Solomon, le fils de David, égala presque son père par ses accents poétiques et le surpassa par son faste et l'éclat de son nom.
Rarement il a été donné à la puissance humaine d'être entourée de tant de gloire. Dieu lui avait un jour offert le don qu'il désirait le plus ardemment, il avait répondu : la Sagesse. Mais ce don ne lui vint pa^ seul. Les richesses lui échurent aussi en partage. On venait des pays les plus éloignés pour contempler ce faste inouï. La reine de Saba partit des confins de l'Ethiopie pour s'assurer elle-même si l'éclat de ce nom, qui avait pénétré jusque dans ses états, n'était pas un mensonge. Solomon commandait à des peuples d'esclaves. Son trône était d'or et d'ivoire. L'écrivain doué de l'imagination la plus féconde et la plus ardente ne saurait inventer un personnage plus éclatant. L'histoire du règne de Solomon semble empruntée aux récits des Mille et une nuits- Ses étables contenaient 40,000 chevaux de chars et 12,000 chevaux de course. C'est plus qu'il en fallait alors pour équiper une armée.
Il fut le vainqueur de tous ses ennemis et recula au loin les bornes de son empire. De toutes parts, il n'y avait qu'un cri d'admiration pour célébrer le fils de David ; on disait partout qu'il était la sagesse personnifiée.
Ce sage devait naturellement parler de la sagesse. Les écrits de Solomon traitent surtout de ce don divin. Outre h Cantique des Cantiques^ il est encore l'auteur des Proverbes^ de la Sagesse, de VEccUsiaste et de V Ecclésiastique.
Comme tous les bons écrivains de sa race, Solomon est un grand peintre. La poésie la plus suave découle de ses lèvres. Mais il est
poëte et philosophe en même temps, il parle en sage. Il n'est pas aussi imagé, il a plus de retenue que les autres poëtes bibliques, mais ses idées sont plus vastes. Il embrasse tout de ce coup d'œil qui, (il le dit lui-même) s'est reposé sur tout pour tout interroger. Il est le poëte didactique par excellence.
Le livre de la sagesse est une inspiration de l'Esprit Saint. L'auteur des Soirées de Saint Pétersbourg aimait particulièrement ce livre qui laisse loin derrière lui la philosophie antique.
Dans V Ecclésiastique, nous remarquons une poétique peinture de la Sagesse.
Le livre des Proverbes contient des sentences, des maximes, des leçons instructives écrites d'une manière concise. Dans les neuf premiers livres, Solomon y fait l'éloge de la sagesse. Malgré la concision ordinaire aux maximes et aux aphorismes, il y a dans le livre des proverbes des endroits vraiment remarquables sous le rapport du style. On y trouve tous les ornements de la poésie, depuis les images les plus variées jusqu'aux descriptions les plus charmantes. Solomon procède généralement par principe et c'est ce qui le fait exceller dans le genre didactique. Sa sentence est à la fois concise et harmonieuse, imagée et parfois figurée, également profonde par l'idée et par l'éclat de l'expression.
L' Eclésiaste ne présente pas des beautés littéraires aussi variées. On admire le début de l'ouvrage :
Vanité des vanités ; vanité des vanités, et tout est vanité !
Qu'a de plus l'homme de tout le labeur dans lequel il se consume sous le soleil ?
Une génération passe, une génération vient, mais la terre demeure la même.
Le soleil se lève et se couche et reparaît aux lieux d'où il est parti.
Le vent souffle vers le midi et retourne vers le nord et, après mille circuits, il revient aux lieux qu'il avait parcourus.