‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 16 sur 181 · ISAIE · texte numérisé non relu

ISAIE

Poésie Prophétique.

La mission du peuple juif influa sur sa littérature et lui donna un genre qui ne se rencontre pas dans l'histoire littéraire des autres peuples ; nous voulons parler du genre prophétique dont Isaïe est le plus fidèle représentant.

Le fils d'Amos était de la famille royale de David, ses lèvres destinées à proclamer de grandes vérités, avaient, dit-on, été purifiées par un séraphin avec un charbon pris sur l'autel. N'écoutant que son devoir, n'obéissant qu'à sa conscience, Isaïe se maintient toujours dans les limites prescrites par la doctrine qu'il enseignait. Sa détermination constante à ne jamais pactiser avec l'infidélité et les haines populaires lui créèrent de nombreux ennemis, dont il fut plus tard la victime. Il mourut par les ordres du cruel Manassès à qui il reprochait son infidéhté et sa mauvaise conduite.

On ne peut, sans avoir lu ses ouvrages, se faire une idée du talent littéraire de cet homme. Réunissant en même temps le grave et le sublime, l'élégant et le merveilleux, la richesse d'expression à la majesté des idées, il savait encore marier la magnificence à la clarté, l'art de bien dire à l'art de bien penser, l'énergie du style aux ornements pompeux.

Le genre prophétique semble décousu ; il oblige l'écrivain à passer d'un sujet à un autre sans permettre la transition, sans lui en donner l'à-propos. Isaïe remplit cette lacune et si l'on veut des modèles de transitions naturelles ou les trouvera dans ses écrits.

Sa lyre est toujours d'accord avec ses pensées, avec le sujet qu'il traite. Ses narrations sont admirables de simplicité et de naïveté. Quand il lui arrive d'exhorter ou de reprendre, c'est toujours avec cette force, cette énergie, cette voix pressante qui imprime la terreur.

Tous ceux qui s'occupent de littérature ont admiré les écrits d'Isaïe, Les critiques ont reconnu en lui une verve intarissable, une phrase séduisante, des tours connus de lui seul. Il donne à sa période une coupe qui la rend cadencée et éloquente. Sa diction est forte et énergique quand il parle de la vanité et de la fragilité des choses humaines. On voit qu'il est profondément convaincu. Les mortels, dit-il, ne sont que des herbes et toute leur beauté ressemble à la fleur des champs. Le Seigneur a répandu un soufle brûlant, l'herbe de la prairie s'est desséchée, sa fleur est tombée : oui les peuples sont comme l'herbe de la prairie. L'herbe sèche, la fleur se fane, mais la paix de notre Dieu subsiste dans l'éternité.

Isaïe voit entrer les Gentils dans le sein de l'église :

Qui sont ceux qui volent comme des nues et comme des colombes empressées de retourner à leur asile !

C'est surtout pour peindre la ruine de Babylone que le grand écrivain montre ses brillantes facultés. La meilleure traduction de cette pièce ne nous donnera pas même l'ombre des beautés qu'elle contient. C'est un morceau qui n'a jamais été surpassé. Jamais la pensée humaine ne s'était encore élevée aussi haut.

Cette superbe Babylone, la gloire des royaumes, l'orgueil des Chaldéens, sera détruite comme Sodome et Gomorrhe, elle sera déserte jusqu'à la fin des siècles ; les générations ne la verront pas rétablie, l'Arabe n'osera y planter sa tente, et les pâtres n'y laisseront pas reposer leurs troupeaux.

Elle deviendra le repaire des bêtes féroces, ses palais seront remplis de serpents, des oiseaux sinistres s'y feront entendre, des boucs sauvages y bondiront.

Des hiboux se répondront l'un à l'autre dans les palais, et des reptiles se trouveront dans ces édifices consacrés à la volupté.

D'où vient que tu montes ainsi sur les toits.

Ville pleine de tumulte, ville pleine de peuples, ville triomphante ?

Les enfants sont tués et ils ne sont point morts par l'épée.

Ils ne sont point tombés par la guerre.

Le Seigneur vous couronnera d'une couronne de maux ;

Il vous jettera comme une balle dans un cbamp large et spacieux.

Vous mourrez là et c'est à quoi se réduira le char de votre gloire.

Dans quel monde inconnu, s'écrie Chateaubriand, le prophète vous jette tout à coup ! Où vous transporte-t-il ? Quel est celui qui parle et à qui la parole est-elle adressée ? Le mouvement suit le mouvement et chaque verset s'étonne du verset qui le précède ! La ville n'est plus un assemblage d'édifices, c'est une femme ou plutôt un personnage mystérieux, car son sexe n'est pas désigné. Il monte sur les toits pour gémir ; le prophète, partageant son désordre lui dit au singulier " pourquoi montes-tu ? " et il ajoute " en foule," collectif. " Il vous jettera comme une balle dans un champ spacieux et c'est à quoi se réduira le char de votre gloire." Voilà des alliances de mots et une poésie qui n'ont rien de comparable.

ChênedoUé, après avoir comparé Isaïe au Nil qui précipite ses vagues éperdues en versant ses trésors sur les plaines qui l'a voisinent, le compare encore à l'aigle dont le vol impétueux s'élance des cimes du Liban jusqu'au char du soleil et pénètre dans les profondeurs des cieux pour y revenir tout couvert d'une clarté éblouissante. Il ajoute :

leaïe armé de ses ailes de flamme.

Rapide et plein du Dieu qui transporte son âme. S'élève jusqu'au trône où siège l'Eternel ; Et revient, du génie étalant les miracles,

Proclamer les oracles

Qu'il ravit dans le ciel.

Le poëte compare ensuite Isaïe avec Homère et donne la préférence au premier.

Mais combien, fils d'AmoB, plus vif et plus sublime Est le divin transport qui t'échautfe et t'anime ! Quel feu inattendu brille dans tes portraits Telle, avant qu'on ait vu sa lueur homicide,

La foudre au vol rapide

Vous atteint de ses traits.

Plusieurs écrivains hébreux se distinguèrent dans la poésie prophétique. Après Isaïe, Jérémie occupe le premier rang.

Les prophéties de Barucli ne forment que six chapitres. Ezéchiel vivait en 595 avant J. C. " Ezéchiel, dit le Dr. Lowth, quant à l'élégance, est bien inférieur à Jérémie, mais pour le sublime, il é<mle Isaïe même. Il est vrai que c'est dans un genre bien différent. Ezéchiel, en effet, est sombre, terrible, richement tragique. C'est la terreur qui domine chez lui : ses sentiments sont impétueux, ils respirent l'amertume et l'indignation ; ses images sont fécondes, magnifiques, terribles, quelquefois choquantes ; son style est pompeux, énergique, grave, dur et quelquefois barbare ; il abonde en répétitions qui n'ont point la grâce et l'élégance pour objet, mais qui sont l'effet de l'indignation et de l'emportement. Quand ce prophète a entrepris un sujet, il le poursuit avec persévérance ; il s'y attache exclusivement, et rarement il lui arrive de s'écarter de son but : aussi ses compositions se font-elles remarquer par l'ordre et l'enchaînement qui y régnent. Ezéchiel, à plusieurs égards, reste peut être au-dessous de la plupart des autres prophètes, mais il n'a jamais eu son égal pour l'énergie, le sublime, la force et la pompe des images ; c'est un genre de beautés qui semble lui appartenir exclusivement, sa diction est assez claire, et n'a guère d'autres obscurités que celles qui résultent de la nature du suj t." (1)

Daniel mourut à la fin du règne de Cyrus, à 88 ans. Ses écrits ont la forme historique. Ils renferment des beautés diverses. Il raconte avec une effrayante énergie l'histoire des mots mystérieux écrits sur l'appartement de Balthazar, arrêt de condamnation de ce roi sacrilège. L'histoire de Suzanne respire la poésie la plus suave et l'antiquité la plus primitive.

Osée est le premier des petits prophètes. Il relate la corruption de son temps avec une grande concision et une grande force de pinceau. Joël est élégant, clair, abondant, plein de chaleur et de vivacité. St. Jérôme disait d'Amos qu'il était ignorant quant au language mais non quant à la science ; c'était un simple pâtre. Il a de la rudesse mais un grand fonds de bon sens et parfois beaucoup d'éloquence. Les prophéties d'Abdias sont en partie renfermées dans les écrits de Jérémie. Michée a écrit sept chapitres de prophéties d'un style concis, énergique et parfois obscur. Nahum n'a que trois chapitres qui forment un poëme complet et régulier. Il décrit la destruction de Ninive. Habacue a laissé une ode remarquable.

(1) De la poésie des hébreux.

Il nous reste encore à parler '^d'Aggée, de Zacharie et de Malachie. " La prophétie du premier, dit l'abbé Henry, est tout entière en prose, de même que la plus grande partie de celle du second, Zacharie a quelques passages très poétiques, très ornés et assez clairs. Malachie, dernier de tous, fait usage d'un style qui tient en quelque sorte le milieu entre les autres, et qui par sa nature semble indiquer le déclin vers lequel la captivité de Babylone précipitait la poésie des hébreux, et la pente qui l'entraînait à une décadence totale."

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