LUCRÈCE
Lucrèce (95), sceptique qui se donna la mort, avait entrepris, dans son poëme sur la Nature des choses, de prouver la supériorité du système d'Epicure. Il penche aussi pour les atomes de Démocrite et Vinjini d'Anaximandre. On connaît son fameux précepte : timor fecit Deos.
Peu d'ouvrages ont été jugés plus diversement que le poëme de Lucrèce.
Il paraît qu'à l'époque où il fut publié il n'eut qu'un médiocre succès. Cicéron y trouva plus d'art que de génie. Quelques modernes, entre autres Lessing, ont à peine voulu accorder à Lucrèce la qualité de poëte. Ils ont trouvé sa composition sèche, aride, sans intérêt et sans imagination. D'autres l'ont jugée tout différemment. Ovide parle de cet ouvrage avec enthousiasme et lui prédit l'immortalité ; Stace exprime son admiration pour la verve poétique de Lucrèce ; Lambin l'a nommé le plus élégant, le plus pur, le plus gracieux de tous les poètes latins dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous. Il nous semble impossible, dit Scholl, que celui qui lit sans prévention le poëme de Lucrèce ne soit pas entraîné par la chaleur de l'intime conviction avec laquelle ce poëte débite le système le plus paradoxal de l'antiquité. Il sera forcé d'admirer la force des démonstrations, bien qu'elles ne soutiennent pas l'épreuve de la physique moderne, il sera même vivement touché des images et des descriptions, qui, à la vérité, sont répandues dans le poëme avec une sage économie, mais dont plusieurs semblent devoir être comptées parmi les plus beaux morceaux de poésie qui existent : mais la plupart du temps il ne sait pas représenter ses idées sous une forme agréable, ni s'abandonner à son imagination.