VARRON
Varron (116-27), que Tertulien appelé le cynique Romain^ était un poëte tragique dont nous avons ks titres de 70 pièces. Ses satyres, communément appelées Varronniennes, passent pour son meilleur ouvrage. Le but de ces Satyres était tout à la fois moral, politique et littéraire, moral surtout; ce que Varron s'y proposait de combattre c'était l'avarice, le luxe, la débauche, l'ambition, tous les vices enfin qui avaient déjà pris possession de Rome et commençaient à venger l'univers vaincu. Malgré tous les glorieux titres qui pourraient le faire considérer comme poëte, ils s'effacent devant ses qualités d'historien. Il a écrit successivement des Annales, des traités sur V Histoire, sur les Antiquités des choses divines et humaines, ouvrage remarquable que St. Augustin a analysé dans sa Cité dt Dieu, sur la Musique, des Sentences, des Livres sur les choses de la ville, un autre sur Les familles troyennes, De la paix, Les semaines, Les poètes, une Histoire de sa vie, des Questions épistolaires, des ouvrages intitulés : Isagogiques, Légistoriques, un traité sur la langue latine, et un autre sur V Apiculture. Ce sont les deux seuls ouvrages qui
sont arrivés jusqu'à nous. Tous les critiques lui reconnaissent une grande étendue et une variété prodigieuse de connaissances. St. Augustin l'appelle le plus savant des Romains.
Varron, dit Charpentier, continue et complète Caton, envers lequel il est parfois trop sévère. Comme lui, il a écrit sur tous les sujets et mérité, outre l'épithète de polygraphe que lui donne Cicéron, cet éloge de Quintilien, éloge que Pline faisait aussi de Caton, d'avoir presque embrassé dans ses ouvrages l'universalité des connaissances humaines : Quam multa ! imo 'pent omnia tradidit Varro. Mais on comprend que ces connaissances relativement étendues devaient être nécessairement superficielles et incomplètes, et qu'elles durent être facilement dépassées, quand la G-rèce tout entière se fit l'institutrice de Rome. J'attribuerais un peu, je l'avoue, à cette circonstance, et aussi au défaut d'ensemble et d'unité, la perte des ouvrages de Varron. De nouveaux et plus complets ouvrages sur les mêmes sujets durent les faire négliger ; le style avait vieilli aussi : il en faut moins pour perdre les meilleurs ouvrages. N'oublions pas d'ailleurs le pillage de la maison de Varron où ses manuscrits avaient dû périr en grande partie avec ses livres : Ex quitus multos, dit Aulu-Gelle, cum proscriptus esset, direptîs bibliothecis suis, non comparuisse. Mais, tel qu'il nous reste, incomplet et mutilé, Varron n'en est pas moins un auteur considérable : monument dégradé, rompu, mais dont les ruines sont encore éloquentes et les révélations précieuses ; la vieille Rome s'y reconnaît. En un mot, Varron nous paraît mériter l'ad^miration de Pétrarque qui le plaçait entre Cicéron et Virgile.