‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 46 sur 181 · OVIDE · texte numérisé non relu

OVIDE

Publius Ovidius Naso, naquit à Sulmone, le 20 mars l'an 43, avant Jésus-Christ.

Dès son enfance, il se fit remarquer par de brillantes dispositions. Ses Déclamations, ouvrage qui ne nous est point parvenu, mais dont les auteurs anciens font souvent mention, furent composées lorsque, jeune encore, il étudiait les règles du Discours. Ses trois livres Des amours sont encore le fruit de ses jeunes années. Quel charme d'expression ! Que de traits ornés de la plus riche poésie î Ce poëme est le journal des aventures amoureuses du poëte à Sulmone. Ce livre est une image fidèle et vive des impressions personnelles du poëte, de ses joies, de ses douleurs, de ses caprices, de l'ouïe et de l'imagination, de ces émotions délicates et fugitives, qui souvent sans cause font le bonheur ou le malheur des amants.

Les malheurs qu'éprouva Ovide le rendirent justement célèbre. On ignore encore la cause de cet exil qui l'éloigna de sa patrie, à l'âge de 50 ans, pour une des îles de la Méditerranée. Ce fut là qu'il composa ses Tristes, recueil de 49 élégies. Elles sont médiocres, si l'on en excepte celle où il décrit la mort de son ami Tibulle, et celle qui contient les adieux à son épouse.

De tous les poëtes romains Ovide est celui de qui nous tenons le plus de vers. On ne saurait trop louer sa fécondité. Vif, souple, brillant, il a une mobilité qui n'est pas, ce semble, habituelle à l'antiquité, et par là aussi il a une physionomie originale. Ses Métamorphoses sont de beaucoup son meilleur ouvrage. Ce livre ne déparerait pas les œuvres de Virgile. Tous les âges de la poésie, de l'art critique, de la mythologie et de l'histoire se trouvent réunis dans les Métamorphoses ; elles sont, pour ainsi dire, l'enclylopédie de la sagesse et de la poésie ancienne ; cosmogonie et théologie tout ensemble, elles contiennent l'histoire la plus complète de toutes les croyances, de toutes les révolutions de l'antiquité païenne : l'humanité s'y trouve à toutes ses périodes et avec tous ses développements : le monde antédiluvien, l'état barbare et primitif, dans la Thrace ; dans la Grèce, l'état héroïque ; l'état civilisé, dans l'Italie, où ces transformations nécessaires viennent aboutir à l'apothéose de César et d'Auguste. Le Remède à Vamour est inférieur à L'art d'aimer où le poëte prend tous les tons et

tous les tours pour laisser voir sa pensée, marquer son désir, désigner son choix. Il mêle le piquant au grave, le doux au sublime.

Il est l'inventeur d'un nouveau genre dans ses Héroïdts, ou épitres amoureuses. Il eut bien des imitateurs mais pas de rivaux dans ce genre. Les Pontiques sont une preuve nouvelle de la fécondité d'Ovide ; ce sont comme ses Tristes de longues jérémiades sur les malheurs du pauvre Cygne qui pleure la patrie absente. On remarque de la pureté, de l'abondance, mais plus d'esprit que de sentiments dans ses Consolations à Livie. Son poëme contre Iris est une satyre brûlante où la bile du poëte malheureux s'échauffe contre son épouse infidèle qui contracte en secondes noces. Enfin, une dernière élégie, le Noyer, est le dernier ouvrage qui nous reste de ce poëte. Mais un grand nombre de tragédies, de recueils, de traités et de poëmes ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Sa fécondité est étonnante et comme dit Marmontel :

Enfant gâté des muses et des grâces ; De leur trésor, brillant dispensateur ; Et des plaisirs savant législateur.

Ovide, dit LaHarpe, était bien plus fait pour être le peintre des voluptés que le chantre du malheur. En effet, les malheurs seuls l'ont fait élégiaque. Ses premiers ouvrages, les premiers jets de sa jeunesse sont supérieurs à ceux de l'âge mûr qu'il a composé dans l'exil. Il savait plutôt rire que pleurer, plutôt chantonner l'air gai qui fait sourire les amoureux que s'entourer de sombres pensées.

On lui reproche son peu d'indépendance de caractère. Ses écrits renferment trop de basses flatteries à l'adresse de ses persécuteurs ; il subissait l'influence de son siècle et de ses malheurs. Il est parfois licencieux.

Les Fastes sont un des monuments les plus curieux de l'antiquité : cérémonies religieuses, antiquités sacrées, origines nationales, mœurs domestiques, traditions populaires, théologies antiques, toute la vie civile intérieure et publique de Ptome, on la trouve dans cette espèce de martyrologe païen. L'auteur, dans les Métamorpliosts et les Fastes, dissipe hardiment le dernier prestige qui entourait encore les divinités païennes ; il en raconte avec une singulière aisance les origines et surtout les faiblesses humaines ; en les chantant il les rabaisse ; en les faisant descendre de l'Olympe, le poëte, en les ramenant sur la terre, les abaisse à d'humaines fragilités.

Il mourut sur les bords du Pont-Euxin, 17 ans avant J. C. On lui refusa la simple faveur de transporter ses restes dans Rome sa première patrie.

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