‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 47 sur 181 · TIBULLE — CATULLE — PROPERCE · texte numérisé non relu

TIBULLE — CATULLE — PROPERCE

Aulus Albius Tibulus naquit vers l'an 690 de Rome et mourut en 735. Nous avons fort peu de renseignements sur son histoire et les détails de sa vie.

Quatre livres d'Elégies nous sont parvenus de ce poëte, où la tendresse, la délicatesse et la noblesse des sentiments s'y font remarquer. Suivant La Harpe son style est d'une élégance exquise, son goût est pur, sa composition irréprochable. Il est, comme écrivain, supérieur à tous ses rivaux.

Tibulle parle le langage du cœur. Nul sait se servir de termes aussi agréables à l'oreille du lecteur amoureux.

Boileau a dit :

Amour dictait les vers que soupirait Tibulle.

Voici comment l'abbé Souchay caractérise le talent poétique de Tibulle : " De tous les poètes latins qui s'appliquèrent à l'élégie, Tibulle est peut-être le seul qui en ait conçu le vrai caractère, ou du moins qui l'ait parfaitement exprimé. Ce désordre ingéuieux qui est comme l'âme de la poésie élégiaque, parce qu'il est si conforme à la nature, il a su le jeter dans ses élégies. On dirait qu'elles sont uniquement le fruit de la passion. Les différentes parties qui les composent, désunies, séparées, semblent ne former que des tons irréguliers. Un écart est suivi d'un nouvel écart ; une digression attire une autre digression ; rien de médité, rien de concerté : nul art, nulle étude en apparence, mais le désordre qui règne dans ces mêmes élégies n'est-il pas un tour secret qui en lie le dessein, et qui en donne toute la justesse et toute la régularité dont elles étaient susceptibles. C'est la nature seule que Tibulle s'est proposé d'imiter et qu'il a en effet imitée, quand il a si bien représenté, par le désordre de ses élégies, le désordre qui accompagne la passion. Il en exprime habilement les caractères, il en peint les mouvements et les effets d'une manière si vive et si naturelle que ses peintures ont tout l'air de la vérité, La grâce et la douceur, l'harmonie de sa versification se font sentir aux moins intelligents. Il est tendre, naturel, passionné,

noble sans faste, simple sans bassevsse, élégant sans artifice ; il sent tout ce qu'il dit, et le dit toujours de la manière dont il le faut dire pour persuader qu'il le sent ; il aime, en un mot, comme s'il était pénétré d'amour et se plaint comme un homme désolé." (1)

Caïus Yalerius Catullus, naquit à Smirmium, île du lac Benacus, aujourd'hui la Guarda, l'an 87 avant J. C.

Il ouvre avec Lucrèce le beau siècle d'Auguste. Ses écrits empruntent le ton de tous les genres. Il y a dans ses œuvres de l'élégie, du lyrique? de l'épigramme et de l'héroïque. Ses quatre Odes contiennent des beautés qui ne sont pas au-dessous de celles de Virgile. Ce dernier l'a imité, en certains endroits de son Enéide. Il y a beaucoup de grâce dans les écrits de Catulle ; Racine les savait par cœur. Il est parfois obscène .

Il mourut à l'âge de 50 ans.

Le chef-d'œuvre de Catulle est son poëme intitulé : Les noces de Thétis et de Pelée, à la fois héroïco-épique et lyrique.

Les petits poëmes de Catulle, dit un critique allemand, ont un certain intérêt, par cela même que ce sont de véritables impromptus. Ils nous peignent les mœurs et la façon de penser de ce temps, et nous pouvons regarder le ton qui y règne comme ayant été celui de l'ancienne société de Rome. Jamais l'antiquité n'a blâmé l'ironie amère et grossière dont Catulle se sert quelques fois. Comme elle tombait sur ses ennemis, personne n'y trouvait à redire ; il était permis de se venger publiquement Les anciens n'ont pas trouvé blâmables non plus les images et les expressions obscènes qui ont fait à Catulle une si mauvaise réputation* Le langage de la débauche était énergique à Athènes et à Rome. Le ton de la société n'a jamais pu être raffiné dans le monde ancien.

Neuf villes de l'Ombrie se disputent l'honneur d'avoir donné le jour à Sextus Autelius Propertius. Il naquit l'an 52 et mourut 12 ans avant Jésus-Christ.

Nous avons de lui quatre livres d'élégies. Ce qui le distingue le plus, c'est cette chaleur entraînante, cette verve intarissable qu'il déploie avec tant d'âme. Tibulle est plus doux, plus tendre, mais Properce est plus passionné. On lui reproche de se targuer d'érudition, d'emprunter trop d'images à la mythologie, et d'ofîenser la pudeur.

Properce était un cœur aimant. " Chacun, disait-il à ses amis, a son

(1) Mémoires.

défaut, le mien est d'aimer toujours quelque chose." Sa Cynthie, à l'amour de laquelle il avait voué sa muse, nous paraît indigne de lui.

Properce, dit l'abbé Souchay. est exact, ingénieux, savant. Le titre de Callimaque romain, dont il se pare avec quelque complaisance, il le mérite par le tour de ses expressions qu'il emprunte communément des Grecs, et par leur cadence qu'il s'est proposé d'imiter, au moins dans une partie de ses élégies. Elles sont l'ouvrage des Grâces mêmes, dit Turnebe ; et n'aimer pas leur auteur, c'est se déclarer ennemi des muses, ajoute un autre critique. Cependant le dirai-je ? On remarque trop de travail dans les élégies de Properce et l'art s'y fait trop apercevoir, non que les choses qu'il exprime s'éloignent toujours de la vérité, mais ce quelles pourraient avoir de naturel, il le gâte par des traits historiques ou fabuleux qu'il y mêle conlinucli*-ment.

La seconde époque est fertile en véritables historiens. Cependant, ces écrivains composaient l'histoire plutôt en littérateurs qu'en philosophes. Ils savaient embellir leurs récits, par la fiction et les charmes de l'invention. Les écrits des poètes de la cour d'Auguste se déteignirent dans leur style et la poésie remplaça souvent la narration historique.

Atticus (110-32) composa des annales ou plutôt une histoire universelle qui renferme un espace de 700 ans. Il écrivit en grec une Histoire du Consulat de Cicéron. Tous ses ouvrages sont disparus. Lucceius (59) écrivit avec tant d'habileté V Histoire de la Guerre Sociale^ que Cicéron le choisit pour faire c^Jle de son consulat. Brutus qui trempa dans la conspiration contre César, laissa des Epitôrnes de l'histoire de Fannius et de Cœlius Antipater, un ouvrage sur les Devoirs et un autre sur la Patience.

Cornélius Nepos était l'ami de Cicéron. Il n'aimait pas les écrits moraux et philosophiques : son génie le portait vers la science des faits et la connaissance de l'histoire. Aussi, avons-nous de lui un grand nom bre d'écrits en ce genre. Sa Vie des Hommes illustres comprend les vies des grands capitaines Grecs et Romains, des rois, des historiens, des orateurs et des poètes de ces deux peuples. Il laissa encore des Lettres une Vie de Cicéron , des Annales, trois livres de Chroniques, un traité de Géographie, un autre d'Antiquités et un troisième sur V Homme éru-

dit et sur la Littérature. Le temps a en partie dévoré cette belle collection de livres utiles et remarquables sous le rapport de l'élégance du style, de la simplicité des expressions et de la clarté des idées.

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