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ANGE POLITIEN — PIC DE LA MIRANDOLE — MARCILE FICIN

A Fisole, dans une retraite cachée, " assise sur le sommet d'une rampe de verdure, d'où l'œil domine la cité Méonienne et les longs méandres de l'Arno à travers les campagnes étrusques," entouré de fleurs odorifé-

rantes, de haies d'aubépines et d'églantiers, favorisé des rayons du soleil, des murmures des fontaines et du chant des oiseaux, vivait seul, loin du tracas des cités, le célèbre professeur d'éloquence latine, Ange Politien ^1454-1494). Jamais poëte n'aima davantage la verdure, le roucoulement des oiseaux, le vaste horizon, l'éclat du soleil. Ses Sylves ne sont pas inférieures aux plus beaux passages de Pétrarque. Son amour pour la langue de Platon et celle de Cicéron imprima un caractère particulier à ses écrits et enleva à la muse italienne un de ses plus beaux flambeaux. Il laissa un grand nombre d'ouvrages philosophiques et moraux écrits en latin, et que des traductions en langue vulgaire. Il eût la gloire d'être un des maîtres de Léon X. Marsile Ficin représente le néoplatonicisme alexandrin, mais dans des tendances catholiques ; Pic de la Mirandole, le mysticisme judaïque, mais rattaché au dogme chrétien, Ange Politien, la rhétorique païenne, mais assouplie au style de la Renaissance. Politien écrivit en latin la Conjuration des Pazzi, et traduisit du grec en latin Hérodien, le manuel d'Epictète et d'autres ouvrages. Son drame, Fahle d' Orphée^ est une espèce de poésie pastorale. Son poëme sur le tournoi de Jean de Médicis fut un ballon d'essai. Dès lors, sa renommée était faite, son avenir assuré : il devenait le commensal du Magnifique.

Deux autres hommes partagent l'honneur avec Politien d'avoir été les maîtres de Léon X : Pic de la Mirandole et Ficin.

Il s'est rencontré au !5tVe. siècle un homme qui, à 18 ans savait 22 langues; qui, aux perfections du corps joignait celles de l'intelligence; dont la mémoire prodigieuse en a fait un être extraordinaire ; ayant une âme d'artiste, une imagination orientale, une parole entraînante ; s'extasiant devant les tableaux des grands maîtres, s'enthousiasmant aux éclats d'une voix éloquente ; dont l'oreille attentive et exercée se laissait séduire par les charmes de la musique ; qui avait la passion du grand air et l'amour de la solitude des grandes routes ; qui voulut voyager pour connaître et qui connut en voyageant ; alliant les connaissances philosophiques, littéraires, historiques, théologiques à la dialectique et à l'Ecriture Sainte ; qui est peut-être le plus beau talent de la Renaissance, jetant à la face du monde savant ses neuf cents thèses, où il se faisait fort de parler et discuter de omni re scihili : — cet homme surprenant, ce géant de l'érudition, était Jean Pic de la Mirandole.

Où allait donc ce jeune aventurier de par le monde, seul dans le grand chemin, emportant sa tente pliée sur son dos ? Pic de la Mirandole

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allait à la reclierclie d'un grand problème. Il cherchait " cette source où l'âme peut apaiser sa soif éternelle." Et après trente années, las d'errer, il trouvait cette source intarissable dans un monastère.

Dans la villa de Careggi, vivait seul et retiré de la foule, Marsile Ficin (1433). On peut se le représenter accoudé à une petite table, éclairée par une petite lampe toujours soigneusement entretenue par la libéralité du Magnifique. Devant lui reposent plusieurs manuscrits— ce sont les œuvres de Platon et de Cicéron. Il traduit la philosophie du penseur grec et commente les discours de l'orateur de Rome. Quelle joie pour lui de se trouver en constante compagnie de ces deux illustres morts ! Qu'il lui en coûtait de les laisser, même fort tard le soir ! Comme il se levait matin pour les revoir plus tôt ! Il dédia son travail à Laurent, son bienfaiteur, et cette dédicace est tout un poëme. Il croyait à la matière éternelle, de toute éternité, reposant en Dieu, active et intelligente. Ses idées psychologiques sont contenues dans son traité De vita cœlitus conservanda.

Léon X. était l'élève de Ficin. Or, si l'on veut connaître à fond l'esprit qui présida à la protection que ce prince de l'Eglise accorda aux lettres et aux arts, il faut relire une page du maître. Le scepticisme pur, l'incrédulité hardie et curieuse, l'épicurisme violent ne formaient pas les traits généraux de l'époque. Ce qui y régnait, c'était plutôt une conciliation complaisante, une tolérance réciproque, un mariage d'afifection et de raison entre l'antiquité et les temps modernes, la philosophie et le chistianisme. Tel était le tempéramment du grand pape. Marsile Ficin lui avait enseigné " qu'entre la philosophie et la religion régnait la plus étroite parenté ; que le cœur et l'entendement étant, selon le mot de Platon, les deux ailes par lesquelles l'homme remonte vers sa patrie céleste, le prêtre y arrive par le cœur, et le philosophe par l'entendement ; que toute religion renferme en soi quelque chose de bon ; que ceux-là seuls honorent Dieu véritablement qui lui rendent un hommage incessant par leurs actions, leur bonté, leur véracité, leur charité, par leurs efforts pour atteindre la clarté de leur intelligence." Ce néoplatonicien faisait mouvoir les sphères célestes par 'des âmes qui tournaient perpétuellement au-dessous d'un ciel chrétien ; il développait une astronomie virile, païenne, et, reliant la philosophie, la foi et les sciences, il en composait un ensemble où la raison laïque et le dogme révélé se complétait et s'expliquait l'un l'autre. (1)

(1) Zeller, Italie et Renaissance, p. 610.

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