‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 70 sur 181 · MACHIAVEL — PAUL JOVE — GUICHARDIN · texte numérisé non relu

MACHIAVEL — PAUL JOVE — GUICHARDIN

Le 3 mai 1469, naissait à Florence, Nicolas Machiavel, qui occupa sa jeunesse d'études sérieuses. En 1497, il fut élu secrétaire de la République ou du Conseil des dix, charge qu'il occupa pendant 14 ans. Sans entrer plus longuement dans les circonstances de la vie publique de Machiavel, nous procéderons à l'examen de ses ouvrages.

Il avait composé, jeune encore, une chronique rimée. Décennale primo, de l'histoire d'Italie, de 1498 à 1504. Ses principaux ouvrages sont : le Prince, Des Discours, VArt de la giierre, une Histoire de Florence, et des morceaux historiques.

Machiavel est l'homme de la force brutale, du mensonge, de l'astuce ; voilà ce qu'il prêche, affirmant que c'était là le remède des gouvernements qui avaient besoin des mauvaises passions pour réussir. Il fait son Dieu de la nécessité. Un gouvernement doit se guider d'après son intérêt. On voit combien ces principes choquent la morale, le droit naturel et le simple droit des gens. Il est malheureux qu'un homme supérieur comme Machiavel se soit laissé captiver par des principes si peu en rapport avec la saine raison. Son traité De Vart de la guerre est un chefd'œuvre sous le rapport du style, et ses Discours sur la première décade de Tite-Live prouvent son érudition. Ses œuvres historiques sont incomparables. Le premier livre de l'histoire de Florence est cité par tous les critiques comme un modèle qui n'eut jamais d'égal. Son style, dit un de ses biographes, sait prendre tous les tons : concis, serré, grave, dans ses œuvres de politique ; abondant, pittoresque, dans son histoire ; vif, rapide dans la vie de Castruccio Castracani; brillant, élégant dans ses comédies ; facile, rempli de naturel dans sa correspondance amicale avec

Saltori. C'est l'homme le plus complet qu'ait possédé l'Italie et qui seul a mérité cet éloge gravé sur son tombeau de Sancta Croce.

Tanto nomini nullum par" elogium,

Paul Jove est le Tite-Live de l'Italie. Historien philosophique, il ne se contente pas de faire un simple exposé des faits, mais il raisonne sur ces faits, cherchant leurs causes, déduisant leurs conséquences. I a écrit l'histoire de l'expédition de Charles VIII. en Italie. Malheureusement, 5 livres de ces annales sont perdus. Dans son livre des Eloges, il met en scène les poëtes, les grands capitaines, les historiens, les doges, les Médicis, les empereurs, les moines, les orateurs, ks philosophes, en un mot toutes les célébrités ; ce fut l'œuvre de sa vieillesse. S'il eut été plus soucieux de son avenir, il aurait pu faire de grandes choses, car son talent était supérieur.

Francesco Guicciordini (1482), était beau, grave, studieux, austère. Il a raconté les mêmes événements que Paul Jove, l'histoire de son temps, à partir de l'entrée de Charles VIII en Italie jusqu'en 1532. Son style est digne d'éloges, un pureté exquise le distingue. Nul, remarque Audin, parmi les anciens n'a orné sa narration de réflexions si profondes ; Guichardin est un historien philosophe qui exerce sa raison encore plus que son imagination. L'étude des lois lui a donné du calme et de l'austérité. On s'aperçoit assurément en le lisant qu'il a suivi Savonorale au couvent de St. Marc, car il fait à chaque instant intervenir la Providence dans la conduite des choses humaines. Comme il a vécu sur le champ de bataille, au sénat ou au milieu du peuple, parmi les grands, il a sur ses rivaux une incontestable supériorité, c'est qu'il parle avec connaissance de cause de toutes les matières qu'il traite. Nourri des écrivains antiques, de Tite-Live surtout, il aime avec trop de passion la harangue. Quelques-unes de celles qu'il met dans la bouche de ses personnages sont de véritables chef-d'œuvres. On cite surtout celle de Gaston de Foix, avant la bataille de Ra venue ; elle n'a qu'un défaut, c'est d'être trop longue. A vingt-quatre ans, quand on est Français et qu'on a devant soi l'ennemi, on ne perd pas son temps à faire des phrases. L'antiquité a porté plus d'une fois malheur aux écrivains de la Renaissance. Ce malheur était inévitable.

Après ces grands noms, on peut citer parmi les écrivains secondaires, Adriani qui laissa une Histoire, de son temps, qu'on peut regarder comme

une continuation de celle de Guichardin ; Jocopo Nardi, Segni, Varchi, Bruto, Amirata écrivirent des Histoires de Florence ; Bembo et Pâtura, sur la République de Venise ; Bonfadio et Faglittta, sur Gènes ; Pigna et Costanzo, sur Naples et Ferrare.

POÉSIE DRAMATIQUE

Le siècle de Léon X. vit naître les premiers germes de la tragédie moderne. Pendant que les Frèrts de la Passion et les Clercs divertissaient la France avec les Mystères et les Actes des Apôtres, le cardinal Bibiena et le Tressin donnaient, au commencement du XVIe siècle, de beaux spectacles aux lettres de l'Italie. Léon X répandit sur l'art dramatique les mêmes encouragements qu'il prodiguait à tous les arts. Le Tressina lui dédia sa tragédie de Sophonisbe, pièce tirée de l'histoire romaine et imitée des anciens. Cet exemple fut suivi par Bucelli dans sa Eosmonde, fait historique disposé à la manière des Grecs, et son Oreste qui est une imitation d' Iphigénie en Tauride d'Eurypide.

La carrière était ouverte ; d'autres poètes ne tardèrent pas à suivre. L'un des premiers fut un jeune Florentin nommé Martelli, qui s'est fait remarquer par sa Tullie, sujet tiré de l'Histoire Romaine et traité sur la scène à la manière grecque. Au reste, tous les écrivains dramatiques de cette époque interrogèrent l'antiquité pour y trouver le secret de leurs drames. liAntigone d'Alamanni a été écrit avec le même esprit. Cinthio a laissé neuf tragédies et Louis Lolce en compte tout autant. Conace, de Speroni ; Torrismondo, du Tasse ; Œdipe, de l' Anguillara ; la Mérope du comte Torelli ; la Sémiramis, de Mafredi et VOrazia, de l'Aretin, sont les meilleurs tragédies du siècle de la Renaissance. Evidemment, l'art a depuis fait un grand pas, et ce serait le faire rétrograder que de prendre ces pièces pour modèles, mais elles développèrent le goût du théâtre et l'amour de l'antiquité.

Les mimes s'étaient perpétués en Italie avec leurs pièces improvisées et non écrites et leurs costumes bizarres^ eurs arlequins, leurs scapins, pendant que les derniers dialectes italiens se formaient et que chacun des petits états qui les parlaient prenaient des habitudes, des mœurs, des ridicules particuliers. Quand les mystères et les représentations sacrés prirent cours, ils les jouaient à leur manière et dans les églises même. Les prêtres se mêlaient à eux et jouaient avec eux. Au XVe siècle, on interdit des églises ces bouffonneries, et on défendit aux prêtres de jouer

dans les temples. Au XVIe siècle, à la renaissance de la comédie régulière en Italie, les mimes continuèrent d'exercer leur art, et le gardèrent dans toute son originalité primitive, en rivalité avec les spectacles nouveaux. Les lettrés écoutaient les imitateurs de comédies grecques, le peuple applaudissait les mimes. Ces deux classes de représentations comiques durèrent pendant un partie du XVIIe siècle. On attribue à Bibiena la première comédie, la Caîendria, selon les règles des anciens. L'Arioste composa cinq comédies, dans le genre de Plante ; il lance ses traits contre les grands, les magistrats, les juges, les avocats, les moines, mais d'une façon bien modérée. La Mandragora de Machiavel est plus mordante ; elle fut le fruit des délassements d'un génie profond, habituellement occupé de matières abstraites, aussi souple que profond.

A part ces comédies classiques, on peut citer plusieurs pièces secondaires, entie autres les comédies de l'Aretin, de Cecchi et de Lasca.

Ces comédies étaient imparfaites sans doute ; elles donnent trop à l'intrigue et trop peu aux caractères ; elles copiaient trop servilement des formes et des ressorts d'action qui n'avaient plus, dans les temps modernes, la même ressemblance que chez les anciens, mais enfin, c'était la comédie, un des genres de la véritable comédie, à l'imitation des pièces de Plante et de Térence. Aucun pays de l'Europe, à cette époque, pouvait en montrer autant. Quand Molière parut, ce fut autre chose : la comédie française, c'est-à-dire la comédie de caractère, prévalut. Les Italiens eux-mêmes imitèrent celui qui n'avait pris que dans son génie les secrets les plus profonds de son art. N'empêche que les Italiens ont été les premiers à retrouver la bonne comédie.

S'il fallait entreprendre de nommer les poëtes lyriques qui brillèrent en Italie au XVIe siècle, la liste en serait bien longue. Les imitateurs de Pétrarque se chiffrent par centaines. Ce genre de poésie est le plus facile, et il n'est point de si mince poëte qui se flatte d'y réussir. Cette tendance prouve du moins que l'instruction était alors générale puisque tous les genres y furent cultivés avec succès.

Le XVIIe siècle est l'âge de la décadence en Italie. On ne remarque plus cette ardeur pour les lettres, cet amour passionné pour le beau qui élevèrent en grandeur et en mérite le siècle de Léon X. Les guerres

civiles, les animosités des seigneurs, les divisions, les haines, les jalousies mal contenues sont autant de causes qui amenèrent cette décadence.

A quelques exceptions près, Rome est la seule ville qui jeta encore quelques lueurs vivifiantes, grâce à la protection d'un Urbain VIII, d'un Grégoire XV, d'un Alexandre VII et du cardinal Frédéric Borromée. Milan doit à ce dernier son immense bibliothèque ambroisienne, vaste dépôt où l'âge moderne se confond avec l'antiquité. Les concetti, souvent trop familiers et trop rebattus, étaient au XVIIe siècle, pour les Seicentisti, (nom donné aux écrivains du chififre seize cents) l'expression de la finesse, de la grâce et du plaisant porté au plus haut degré.

Au reste, comme dans toutes les époques de décadence, les rares beautés que l'on rencontre, persemées ici et là, sont insuffisantes à racheter les défauts de style, d'ensemble et de goût. Le Tasse était paru, et son chef-d'œuvre ne pouvant être surpassé, on chercha à l'imiter. Mais de cette imitation outrée naquit l'enflure, l'aflfectation et le mauvais goût, comme cela arrive infailliblement à chaque époque d'imitation. Les écrivains italiens au XVIIe siècle, donnent encore dans d'autres défauts. Outre l'imitation servile de la forme latine, on leur reproche leur manque d'idées et d'originalité, et une morale parfois relâchée.

Comme plusieurs contrées de l'Europe, qui, après avoir favorisé les Belles-Lettres les négligèrent au profit delà science, l'Italie vit surgir de nombreuses universités, où les sciences positives et pratiques prirent un essor digne de louange. Pise, Florence, Sienne et beaucoup d'autres villes comptèrent un grand nombre d'étudiants.

C'est ainsi que les écrits deBernardo Dovanzati (1529-1606) joignent à la concision le mérite de présenter des notions pratiques. Si sa traduction de Tacite laisse à désirer, il a mieux réussi dans son Histoire du schisme (T Angleterre. Sa Notice sur le Change^ ses Leçons sur les Monnaies, Y Oraison funèbre de Cosmt, et son Traité sur V Agriculture en Toscane sont encore lus.

Baptista Guarini (1537-1612), est le contemporain et le rival de Torquato. Son Pastor fido fit concurrence à YAminta du Tasse. C'est, comme l'appelle le poëte lui-même, une tragi-comédie dans le genre pastoral. Ses autres ouvrages sont deux dialogues écrits pour justifier son Fastor fido, malicieusement attaqué, intitulés Vérité le. et Vérité Ile., un Recueil de Poésies et une Correspondance.

Bernadino Baldi (1553-1617), se distingua comme mathématicien,

philologue, écrivain en prose et en vers. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages inédits, un poëme didactique, La Navigation, des Poésies diverses, quelques Dialogues, cent Fables et La Vie de Guidodaldo, duc d'Urbin. Gabriello Chiabrera (1552), surnommé le Pindare de son temps, a laissé des drames, des pastorales, des poésies héroïques et des odes. Sa plume féconde donna à l'Italie cinq grands poomes épiques : lo. L'Italie délivrée, 2o. La Florence, 3o. La Gothiauti, 4o. L'Amadéïde, 5o. Le Roger, et d'autres pièces de moindre importance. Parmi ses pièces de théâtre, on cit3 Herminie et Hippodam , qui contiennent des beautés. La postérité n'a pas confirmé les louanges qui lui ont été prodiguées par ses contemporains. Cependant on ne saurait trop louer sa fécondité, l'harmonie toute nouvelle qu'il t'arma à la poésie lyrique et son goût musical développé.

Il ne nous appartient pas de suivre e célèbre Galeo Galilée (1564- 1641) dans ses études médicales, philo ophiques et de mathémathiques. Disons seulement que la physique lui doit les admirables lois sur le mouvement, et l'astronomie a eu en lui un savant défenseur du système co&mograpliique de Copernic. Comme écrivain, Galilée se fait remarquer par la pureté de son style et l'élégance de sa diction. Son journal. Le Sagittaire, ses Dialogues sur les deux Systèmes, sa Correspondance, sont des œuvres d'érudition et de bonne prose.

Abscondro Tassoni (1565-1635), débuta par des commentaires contre la Canzonnière de Pétrarque et par des Pensées diverses, mais il accrut surtout sa renommée par son poëme épique de la Secchia rapita (le Sceau enlevé)^ poésie burlesque où l'on rencontre de la grâce et de la fine plaisanterie.

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