BOIARDO
Mathieu Marie Boiardo, naquit près de Reggio, en 1434, et mourut en
On a de lui le Roland amoureux, qu'il composa pour la cour de Ferrare. C'est un poëme romanesque en 99 chants, qui servit de modèle au Furioso de l'Arioste. Il a plus d'ordre et surtout plus d'invention que ce dernier, mais moins de charme dans le style.
Le grand tort de Boiardo c'est d'avoir rejeté entièrement la fiction pour la remplacer par la pâle allégorie. Les personnages de VOrlando inamorato ont, en général, des noms sonores et fringants : Rodomont, Mandricard, Sacripant, Gradasse, sont encore en vogue.
Boïardo est plus qu'un poëte, c'est encore un érudit. Helléniste consommé, il laissa une traduction d'Hérodote. Ses Eglogues en font le rival de Politien comme latiniste. Son Timone, vieille farce, atteste un esprit délié et railleur.
En renaissant en Italie, l'épopée s'y composa d'éléments nouveaux et fit mouvoir des machines poétiques différentes de celles des Grecs, des Romains. Telles furent le Morganie du Pulci, le Mambriano de Bello, l'aveugle de Ferrare, le Roland amourtux de Boïardo et par-dessus tous, le Roland furieux de l'Arioste. Quels étaient ces nouveaux éléments que le génie des modernes substitua, dans l'épopée romanesque, au merveilleux de la mythologie des anciens ? Où les Italiens ont-ils puisé les principales aventures que l'on y raconte, et l'espèce de 'merveilleux qui en fait la machine poétique? L'opinion généralement répandue est que l'invention de ces sortes de fictions appartient aux Persans qui la transmirent aux Arabes, de qui elle passa aux Espagnols, et des Espagnols à tous les autres peuples de l'Europe. L'histoire des faits et entreprises du roi Artus ou Arthur est la première source de tous les romans dont ce roi et ses chevaliers de la table ronde sont les héros. L'autre source encore plus abondante est l'histoire non moins fabuleuse de Charlemagne et de ses douze paladins. Aucun livre en Europe n'avait parlé auparavant de géants, d'enchanteurs, de dragons, ni de toutes ces inventions monstrueuses et fantastiques sorties de l'imagination des Orientaux. Ces narrations fabuleuses furent agrandies et enrichies ensuite par des imaginations qu'échauff"ait l'ardeur des croisades et elles produisirent à la longue, cette espèce singulière d'invention qui fut mis en œuvre par les poètes italiens.
Le Roland amoureux est un trop long poëme ; l'action en est trop vaste et trop compliquée pour en donner une analyse suivie. Le merveilleux de la magie avait enfanté de grands prodiges, créé des armées, des flottes, transporté dans les airs des chevaliers, leurs chevaux, même des forteresses, et fait d'autres fort belles choses, mais il n'avait encore rien produit d'amirable, ni aucune de ces fictions brillantes que le génie des Arabes prodiguait dans leurs romans. Boïardo, sans réussir complète-
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ment, est un progrès. Malheureusement, l'auteur n'a pu le terminer ; il n'a pas reçu dans son ensemble la mesure et la proportion qu'il devait avoir.
Le poëme du Boïardo, tel qu'il a été laissé par son auteur, a contre lui la grande supériorité du poëme de TArioste, la supériorité non moins marquée de la manière dont l'ingénieur Berni le refit, après que l'Arioste eut montré la véritable manière de traiter ces poëmes épiques, et enfin l'insipidité du continuateur, Agostini, qui ajouta 33 chants au poëme de Boïardo, et qui les remplit d'inventions pauvres, d'un style plat.