‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 77 sur 181 · MANZONI · texte numérisé non relu

MANZONI

Manzoni naquit à Milan, en 1784. Son père, quoique comte, était un homme sans instruction, mais sa mère était fille de Baccaria, l'auteur du traité des Délits et des FeiTies. Entraîné vers le catholicisme, il en embrassa les principes les plus absolus, et c'est à ce changement d'idées que nous devons cette poésie lyrique pleine de ferveur et d'élévation qui distinguent les Hymmes sacrées.

Il se fit connaître au public par une pièce de vers sur la mort de Carlo Imhonati, un ami regretté de sa famille.

Ses premiers essais se ressentent de l'école ancienne. Mais le bon goût de Manzoni s'augmentant et s'épurant chaque jour, il reconnut bientôt tout le vide de cette école. Il devient le chef de l'école moderne ou romantique, en se dévoilant par une simplicité toute originale, dans ses Hymnes gérées: le Nom de Marie, le jour de Noël, la Passion, la Résurrection, la Pentecôte, et dans son traité religieux : Sulla Morale Catholica.

Son ode : le cinq Mai, sur la mort de Napoléon Bonaparte, est regardée comme une des plus belles productions du siècle. Sa tragédie : le comte Cormagnola, et celle d'Adelchi, lui valurent des envieux.

Son plus beau titre littéraire est son roman. Les Fiancés, qui parut en 1825. A propos d'un amour de village, l'auteur trace un tableau complet de la société italienne au XYII. siècle. Walter Scott, le grand romancier de l'Ecosse, n'a pu retenir son admiration. Manzoni peint la vie intime avec une perfection rare. On a traduit dans toutes les langues cette touchante histoire ; tous les personnages en sont restés populaires ; ce sont autant de types et de caractères originaux, conçus avec vigueur et rendus avec une variété de style qui fait les délices des oreilles italiennes. Naïveté, ironie douce et bienveillante, familiarité digne, éloquence tour à tour simple et majestueuse, tout dans ce roman concourt, malgré quelques longueurs, à un admirable ensemble.

Arrivé à la maturité de son talent, Manzoni se tut, et pendant 25 ans garda le silence. Des pertes douloureuses, l'ingratitude de ses concitoyens,

des changements politiques, furent autant de causes qui le retinrent dans la retraite. En 1841, il éleva de nouveau la voix et publia sa Storia Délia Colonna infâme.

Autant l'imagination l'emporte dans les poésies de Monti, autant la réflexion la remplace chez Manzoni. Le premier peint plus qu'il ne pense, le second pense plus qu'il ne peint. L'un cherche l'idéal, l'autre s'occupe plus du réel; Monti étonne, Manzoni satisfait. Le grand mérite de Manzoni est d'avoir créé une poésie lyrique nouvele et renouvelé complètement la littérature nationale, en la retrempant aux sources romantiques. La réforme, prêchée en Allemagne par Schlegel, accomplie par Goethe et Schiller, pénétra en Italie presqu'en même temps qu'en France. Fatigué des timides essais de Foscolo et de Silvio Pellico, il fit paraître en 1820 sa tragédie romantique Le Comte de Carmagnole qui lui attira de vives critiques. Malgré tous ces ouvrages, qui ont fait une gloire durable à Manzoni comme poëte lyrique, comme romancier, et même comme poëte dramatique, il a exercé une plus grande influence sur la langue à laquelle il a donné plus de souplesse, de variété et d'élégance. Il s'est surtout efi"orcé de ramener à l'unité d'une langue littéraire nationale, en les reprenant à leur source, les nombreux dialectes italiens qui ont privé les- œuvres modernes de l'unité des siècles classiques. Il recommanda en 1868, au sénat, où il avait été appelé à siéger, l'emploi du dialecte florentin. Il mourut peu de temps après.

Page 1