CHRONIQUEURS
G-eoffroy de Yillehardoin (1167-1213), a fait le récit de la Conquête de, Constantinople depuis 1198 jusqu'à 1207. Il prit part aux événements qu'il raconte. Cette chronique se recommande par la simplicité du style et la vérité historique. Joinville (1223-1317), écrivait 100 ans après Villehardoin. On a de lui une Histoire de Saint Louis. Il avait accompagné ce roi de France dans ses croisades en Orient ; il a laissé des données exactes sur la vie tant publ'que que privée de ce saint monarque. Il raconte simplement, sans commentaire, sans faire aucune réflexion, mais avec une simplicité charmante ; chaque page est Tin modèle de narration.
Le XlVe siècle compte, parmi ses principaux chroniqueurs, Christine de Pisan (1363). Elle a beaucoup écrit tant en prose qu'en vers; elle est surtout connue par son Histoire de Charles V, la Chronique de Du Guesclin et l Histoire de Boucicaut. Elle aime un peu trop les recherches ; son ton est parfois emphatique, et elle fait souvent preuve d'une érudition déplacée ; on l'accuse de partialité. Elle a joint, la première, la morale au récit par des réflexions qui, à la vérité, ne viennent pas toujours à propos, mais qui n'en sont pas moins un véritable progrès sur les récits trop monotones de ses prét^esseurs.
Froissart (1337-1410), est le meilleur représentant de la chronique au XlVe siècle. Ses Histoires sont le tableau vivant des mœurs de son temps. Il raconte sans ordre et sans critique ; mais il possède à un haut degré l'art de peindre. Personne n'a pu donner une idée plus précise et plus exacte du XlVe siècle ; nul ne connaît mieux les mille et un détails qui doivent former et enjoliver le fond d'un tableau. " Depuis près de cinq siècles, dit M, Nisard, que ses chroniques ont été écrites, l'esprit français se reconnaît aux qualités de ces charmants récits, à cette clarté, à cette suite, à cette proportion, à cette absence d'exagéra-
tion, à ces couleurs déjà m^ées et variées d'une main habile, et dont aucune n'éblouit. De même, la langue française se reconnaît à cette netteté d'expression, à cette grâce du tour, à cette fermeté sans roideur, à cet éclat tempéré qui frappent le critique le moins suspect d'archaïsme, et que sentiraient ceux même qui veulent lire sans juger. "
LE XVe. SIÈCLE.
Sous tous les rapports, dit M. de Barente, le XVe siècle nous conduit
au seuil d'un monde nouveau Le XVe siècle a inventé l'imprimerie
et découvert l'Amérique, et il n'a pu cependant se douter de la portée
infinie de ces deux nouveautés Le tableau du XVe siècle doit
reproduire cette ignorance de lui-même et de la grandeur des choses qu'il faisait, cette activité qui accomplit tant de changements sans les avoir explicitement voulus. C'était là le trait principal de ce moment critique de l'histoire moderne.
Pour continuer la liste des chroniqueurs nous citerons Enguerrand de Monstrelet (1390) qui a continué Froissart. Sa chronique date de 1400 et se termine en 1453. Il est trop diffus, et Rabelais lui reprochait d'être "baveux comme un pot à moutarde." Juvénal des Ursins (1388) est l'écrivain impartial de VHistoire de Charles VI. et des choses mémorables advenues pendant quarante ans dt son règne (1380-1422). Alain Chartier (1386), connu plutôt comme poëte que comme historien, a laissé une Histoire de Charles VII. de peu de mérite, et le Quadriloque où il demande raison des abus de son époque. La Chronique de Jean Molinet (1608), qui s'étend de 1474 à 1504, ne mérite guère d'être citée. Olivier de la Marche (1426-1501) a surpassé ses deux prédécesseurs dans ses Mémoires et son Etat de la Maison de Bourgogne.
Philippe de Comines (1445-1509) est l'historien, le Tacite de Louis XI. ; il est le meilleur écrivain en prose du XVe siècle. Ses Mémoires sont un monument durable élevé à la gloire des lettres françaises. Il a toutes les grandes qualités qui font l'historien. On remarque surtout le point de vue religieux avec lequel il embrasse tous les événements qu'il raconte. "Il a, dit Montaigne, autorité et gravité, et sent partout son homme de bon lieu élevé aux grandes affaires." Au talent de narrer, Comines joint la sagacité politique.
L'histoire de l'éloquence religieuse s'ouvre par un nom immortel. St.
Bernard. Nous n'avons pas à considérer ici le souverain de la chrétienté au Xlle siècle, le réformateur des mœurs, l'arbitre des querelles politiques et religieuses. Son éloquence est persuasive et entraînante ; nul n'est plus naturel par la vérité du sentiment, la grandeur des idées et la vigueur logique ; à côté de l'orateur on distingue encore le rhéteur.
Jean Charlier Gerson (1429), l'auteur présumé de V Imitation de Jésus-Christ, se place à côté de St. Bernard dans l'éloquence religieuse du moyen-âge. Il est l'auteur du livre De auftrihilitate papal, dans lequel il proclame la suprématie de l'Eglise assemblée sur l'autorité du pape. Il fut surnommé le p)liis excellent docteur de V Eglise.
Olivier Mallard naquit dans la première moitié du XVe siècle. Il prêchait avec hardiesse et sommait tout son auditoire à son tribunal. Princes, grands, nobles, religieux, prélats, vilains, tout le monde passait par sa censure. On a de lui : V Instruction et Consolation de la Vie, Le sentier du Paradis, La confession du Fère Olivier, Une chanson piteuse, qu'il chanta, dit-on, dans un de ses sermons.