‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 2)Chapitre 28 sur 34 · ANTERIEURS A · texte numérisé non relu

ANTERIEURS A

l’ïDOLATIUE

particulière; car cest sous cette forme que le dieu Hermès , Mercure, ou Terme , fut, depuis l’introduction des figures humaines, constamment représenté sur les frontières , sur les chemins , dans les forum , et à l’entrée des temples et des maisons. La divinité Priape fut aussi presque toujours , depuis la même époque, représentée en Hermès , et n’obtint que rarement l’honneur de paraître sous la figure entière d’un homme.

Ce changement arrivé dans la plupart des religions anciennes, cette manie de représenter les dieux sous des figures humaines, ne furent point adoptés par tous les peuples : les Syriens et les Phéniciens ne représentèrent le soleil ni la lune par aucune figure ; ils pensaient avec raison que , ces dieux étant vus de tout le monde , il était inutile de les représenter par des images (i).

Les Perses avaient en horreur les représentations des dieux sous des figures humaines : ils ne les adoptèrent jamais. Xerxès , conformément à ces principes , détruisit, dans son expédition en Grèce, toutes les statues qu'il rencontra sur son passage (2),

(1) Lucien, Traité de la déesse de Syrie, (y) Hérodote, Uranie ►

DES CULTES

Le législateur des Hébreux proscrit, de la manière la plus expresse, l’usage de représenter la divinité sous des formes mortelles. « Vous » ne ferez point d’idoles , lit-on d ans le Lévi- » tique ; vous ne dresserez point d’images tail- )) lées , ni de statues , et ne mettrez point de )) pierres peintes en votre pays pour vous y » prosterner devant. » Les prophètes Isaïe et Jérémie se récrièrent avec chaleur contre l’usage des idoles introduit dans Israël.

Le même éloignement pour les idoles à figure humaine se retrouve chez les Germains et chez les Celtes; et ce ne fut que fort tard, comme je l’ai déjà fait observer, que l'idolâtrie fut par les Romains introduite chez ces peuples.

Les Romains même , si servilement imita* îeurs des pratiques religieuses des Grecs , repoussèrent, dans son origine, le culte des images. (( Numa, dit Plutarque, leur défendit d’at- » Iribuer à Dieu aucune forme d’homme ni de » bête ; et il n’y avait parmi eux aucune statue )) ni image de la divinité. Pendant les cent » soixante -dix premières années, ils ne pla- )) eèrent dans les temples et dans les chapelles » qu’ils bâtissaient aucune figure de Dieu. Ils » regardaient comme une impiété de repré- » senter par des objets méprisables ce qu’d y » a de plus parfait, et croyaient qu’on ne pou-

» vait atteindre à Dieu que par la pensée (i). »

Les premiers chrétiens résistèrent pendant plusieurs siècles à cette contagion générale ; ils proscrivirent les images. Saint Paul dit aux Athéniens : « Dieu n’est point honoré par des » ouvrages faits de la main des hommes: il n’a » besoin de personne, lui qui donne la vie à » tous les êtres (2). »

Les plus anciens Pères de l’Église , Lactance , Tertuîien , Arnobe , Minutius Félix, Origène, etc. , professèrent la même doctrine, et traitèrent le culte des images d’impiété et de folie. Le concile d’Elvire , en Espagne, tenu vers la fin du troisième siècle, défend les peintures sur les murailles des églises, de peur que le Dieu qu’on adore ne s’y trouve repré™ senté (5).

Il y eut même parmi les chrétiens des personnes recommandables par leur sainteté qui poussèrent leur aversion pour les images jusqu’à détruire publiquement celles qui représentaient le dieu qu’elles adoraient. Voici un fragment de la lettre écrite par saint Épi—

(1) Plutarque, Vie de Numa.

(2) Actes des Apôtres, cliap. 17, v. 2 5.

(3) Histoire ecclésiastique de F leur j, liv. p, t. II, p. 543,

DES CULTES

4(jO

phane , vers la fin du quatrième siècle , à Jean de Jérusalem.

« Je sais que Fou murmure contre moi de ce

» que, lorsque nous allions au saint lieu ap~

» pelé Béthel , pour y célébrer la collecte avec

» vous , étant arrivé au village (l’An ablata , et

>; ayant vu , en passant , une lampe allumée ,

» je demandai quel lieu c’était. J’appris que

» c’était une église, et j’y entrai pour prier. Je

a trouvai une draperie attachée à la porte de

» cette église , où était peinte une image de

» Jésus-Christ, ou de quelque saint; car je ne

)) me souviens pas bien de ce qu’elle représen-

» tait. Ayant donc vu l’image d’un homme ex-»

» posée dans l’église de Jésus- Christ, contre

» l’autorité de l’Ecriture , je déchirai la drape- » rie , et je conseillai à ceux qui gardaient ce » lieu d’en envelopper à l’avenir le corps mort » de quelque pauvre pour l’enterrer.

» Je vous prie , ajoute le même saint, de » défendre aux prêtres de ce fieu d’exposer à » l’avenir des draperies de la sorte , qui sont » contre notre religion ; car il est digne de vous » d’ôter ce scandale (1). »

La religion chrétienne , née au milieu du paganisme, fut forcée d’en contracter plusieurs

(1) Histoire ecclésiastique de Fleury, liv. 19, p. 633.

ANTÉRIEURS A L IDOLATRIE. 4g î

habitudes. On peut facilement changer les dogmes religieux d’un peuple ; mais il n’en est pas de meme des pratiques : le vulgaire y tient fortement. Les prêtres chrétiens furent donc obligés de soumettre leur religion à la routine , de christianiser une grande partie du culte ancien, et de substituer aux figures des dieux et des déesses celles de Dieu , de la Vierge et des Saints. Cette condescendance occasionna de longues et vives querelles dans l’Eglise. Les évêques français et l’empereur Charlemagne fimprouvèrent. Ce ne fut que vers la fin du huitième siècle que le culte des images fut introduit en France.

Je sortirais de mon sujet , si j’entrais à cet égard dans de plus longs détails. J’en sortirais aussi si je parlais de la perfection que la peinture et la sculpture acquirent par l’introduction des figures humaines dans le culte. Je dirai seulement que ces arts d’imitation seraient , sans elle , peut-être restés dans un état de barbarie , ou entièrement inconnus.

DES CELTES

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