CHAPITRE XXVIII
Résumé chronologique des faits contenus dans cet
ouvrage .
Le soleil , Ja lune , les montagnes , les fleuves, les rivières, les forêts , tous objets que j'ai qualifiés de fétiches naturels , furent les premières divinités des hommes, et appartiennent au premier âge des religions.
Les extraits ou les images de ces mêmes objets, les pierres limitantes de diverses formes, dont chacune d'elles était indifféremment une borne, un dieu, un tombeau, un monument civil, et qui, réunies sur le large terrain des frontières, le transformèrent en lieu saint, à la fois consacré au culte, aux sépultures, aux assemblées politiques, et par suite aux plaisirs et au commerce. Ces mêmes pierres, diversement disposées, furent l'origine des obélisques, des pyramides, des temples, des autels et des trônes. Les troncs d’arbres furent également considérés comme des bornes et des dieux. Des eaux extraites des fleuves, des rivières ou des fontaines
sacrés, et transportées dans des vases qui devinrent sacrés à leur tour; une massue, une épée, une lance, et d’autres objets que j’ai nommés fétiches artificiels > doivent être classés dans le second âge des religions.
Les progrès de l’agriculture faisant sentir le besoin de mesurer le temps , d’indiquer les saisons convenables aux divers travaux des champs , on divisa le cours annuel du soleil en douze parties, et ce nombre fut fourni par les douze phases de la lune. La différence qui se trouve entre la durée du cours annuel du soleil et celle des douze phases de la lune , fit bientôt reconnaître combien cette méthod e était défectueuse et insuffisante pour marquer les époques des travaux des champs. On en chercha une autre. On inventa le zodiaque ? espèce de calendrier mécanique qui représentait l’année divisée, comme auparavant, en douze parties, et dont les divisions correspondaient à d’autres formées idéalement dans la partie du ciel que le soleil semble parcourir dans une année , et que les groupes d’étoiles remplissaient et déterminaient. Dans ces douze divisions du zodiaque mécanique, on plaça des signes pour les distinguer et les reconnaître. Ces signes étaient des symboles indicatifs des principaux accidens du soleil dans sa course, et des travaux de la cane
DES CULTES
pagne. Les noms de ces douze signes furent appliqués aux groupes d’étoiles qui leur correspondaient dans la division céleste. Presque toutes ces divisions , identifiées avec le soleil déjà adoré , furent bientôt des divinités ellesmêmes.
La précession des équinoxes , qu’on n’avait pu prévoir, apporta quelques changemens dans le zodiaque. On fut forcé de déplacer quelques signes. L’habitude d’observer le ciel fit découvrir le cours réglé de ‘quelques planètes. On les considéra comme des divinités solaires. Ces découvertes, gravées sur des pierres limitantes ou monumentales déjà adorées , valurent à ces dernières le titre de divinités savantes et inventrices , et les pierres appelées Thoth , Hermès , Mercure y furent regardées comme des dieux qui avaient inventé les langues, les arts et les sciences. Les savans consultèrent ce premier dépôt des connaissances humaines , et leurs livres n’en furent d’abord que des extraits : ces connaissances acquises établirent la religion astronomique, ou le scibeisme , et se rapportent au troisième âge des religions.
Des guerriers, des législateurs, des savans avaient rendu des services éclatans a leur patrie. Leurs tombeaux vénérés par la reconnaissance , situés dans des lieux privilégiés et loin
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des regards de la multitude, devinrent, dans la suite des temps, un objet de culte , et le terrain sur lequel ils étaient placés fut un champ sacré , le séjour des âmes des bienheureux . Des rois prétendirent à cet honneur. Les arts cherchèrent à préserver leurs corps morts d’une destruction totale. On offrit à la vénération publique leurs corps embaumés; on en offrit la figure ou celle de la caisse qui les contenait , ainsi que le récit des actions louables qui leur méritaient les hommages de la postérité. De là les figures humaines adorées, les hymnes, les éloges et les jeux funèbres qui, répétés à chaque fête anniversaire , donnèrent lieu à plusieurs cérémonies religieuses. Ce fut le quatrième âge des religions.
Le culte des dieux du ciel ou des dieux-astres ne devait pas être inférieur au culte des morts. On leur appliqua toutes les cérémonies observées dans les palais des rois pendant leur vie, et sur leur tombeau après leur mort ; d’où est venue la grande conformité entre les honneurs rendus aux rois morts ou vivans , et ceux qu’on rendait aux dieux.
On appliqua aussi au culte des dieux du ciel, les hymnes et les éloges funèbres que l’on chantait ou récitait pour honorer la mémoire des héros ou des rois. De là les fables mytholo-
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giques des dieux. Ces institutions appartiennent au cinquième âge des religions.
Les cendres des héros avaient sanctifié le lieu de leur sépulture : on en fit la demeure des bienheureux ; mais comme les corps des scélérats en étaient bannis , on imagina que le lieu voisin où ils restaient déposés , était un lieu de châtiment et de peines. Ces idées servirent de texte à la fable des Enfers et des Champs-Elysées , et aux représentations des mystères de l’antiquité , dont l’initiation offrait à la fois un moyen expiatoire, et l’image de ce qu’on croyait devoir arriver à chaque individu après sa mort. Ce fut là le sixième âge des religions , et le dernier de la carrière que je me suis proposé de parcourir.
Voilà , dans l’ordre chronologique, le précis des causes et de la filiation de chaque institution religieuse dont j’ai donné les preuves dans cet ouvrage.
Si la route que j’ai suivie m’a égarée ; si ce n’est point celle qui mène à la vérité, j’aurai du moins marqué l’écueil où j’ai échoué, et indiqué à ceux qui, après moi , marcheront vers le même but, le danger qu’ils doivent éviter.