CHAPITRE XXVII
lies mystères : ils doivent leur origine au culte des
J’ai parlé de ces lieux privilégiés consacrés aux sépultures , situés hors des territoires, loin des regards des mortels , sur les cimes désertes des hautes montagnes ou dans des îles inhabitées, dernier séjour des héros, des hommes dlustres ; j’ai dit que la vénération qu’inspirait leur mémoire , transmise et accrue de siècle en siècle , avait communiqué à ces lieux où iis étaient inhumés un caractère de sainteté qui leur valut les qualifications de Champs Sacrés ou Champs Éljséens , Ôl Iles Fortunées , de Séjour des Bienheureux , etc. Ces qualifications divines, une fois adoptées, disposèrent les esprits à donner une plus grande extension à l’idée qu’elles présentaient. L’imagination ardente des Orientaux, ainsi préparée, abandonna la réalité pour embrasser des chimères qui s’y rapporteraient.
Ces lieux ne lurent plus uu -cimetière vénéré à cause des cendres illustres qui y étaient déposées ; ils devinrent pour le vulgaire un pays idéal , enchanté, oii les âmes des justes erraient délicieusement sous des bosquets toujours verts, dans des prairies émaillées de fleurs sans cesse renaissantes, et, sous un ciel toujours pur, respiraient un air embaumé , rafraîchi par les zéphyrs , jouissaient d’un printems éternel , et recevaient , dans le séjour divin , le prix de leurs bonnes actions»
Tel était le tableau imaginaire que faisaient anciennement les poètes , devins ou prêtres, de la dernière demeure des héros ; et tel est le penchant naturel de l’homme pour le merveilleux qu'il crut facilement que des cadavres enterrés dans un lieu saint v conservaient une portion de leur existence passée; que cette portion d’existence , infiniment pure , était d’une nature surnaturelle, d’une substance déliée qui , conservant la figure, la sensibilité et les organes des corps vivans, n’en avait cependant point la matière, l’opacité , le poids , les besoins ni les infirmités ; il crut que ces esprits fantastiques , ces âmes, ces ombres, ces mânes, doués d’une sagesse profonde, d’une raison sublime, ne différaient guère de la divinité , et pouvaient lire facilement dans l’avenir les destinées des hommes.
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À côté cle ce séjour fortuné qu’habitaient ces êtres merveilleux, les mêmes poètes plaçaient un lieu de souffrances où les âmes des hommes pervérs expiaient, après leur mort, leurs mauvaises actions.
Pourquoi s’étonnerait-011 de ce que l’imagination des Grecs se prêtait à cette métamorphose ; de ce qu’ils considéraient un cimetière comme un lieu de délices et d’enchantement, et le terrain qui était au delà comme un séjour de tournions ? Ne croyaient-ils pas fortement que la cime glacée du mont Olympe était le palais de tous les dieux , et que là se tenait ordinairement la cour céleste ? Si les dieux du ciel se contentaient de ce séjour froid , aride et nébuleux , les héros, les demi-dieux, lésâmes des morts , enfin , pouvaient bien être logés parmi des tombeaux.
Dès que le sabéisme , ou le culte des astres , fut institué , il exista des collèges de prêtres. Pour être admis dans cette congrégation religieuse , pour se rendre digne de partager les honneurs et autres avantages du sacerdoce ,1e candidat était soumis à des études longues , à des épreuves pénibles , et n’ohtenait son admission qu’après avoir prouvé suffisamment sa capacité et sa discrétion. L’instruction qu’exigeait la connaissance de cette religion savante
DES CULTES
faisait une nécessité de ce long apprentissage ; et l’esprit de corps , inhérent à toute réunion d’individus, en faisait une loi. C’était successivement, et en le faisant monter de grade en grade , qu’on révélait à l’initié quelques parties nouvelles du secret de la religion ; enfin , parvenu au grade le plus éminent , il apprenait qu’elle avait pour base unique les révolutions célestes, et que les dieux étaient des astres. C’était là le mot de l’énigme, que les grandsprêtres ne confiaient que fort tard à un petit nombre d’initiés très -éprouvés, Ces initiations, ces épreuves , ce secret, constituèrent, dans les premiers temps du sabéisme, ce qu’on appelle mystères ..
Mais, lorsque le culte des morts eut amené une nouvelle doctrine ; lorsque les prêtres eurent persuadé aux hommes qu’une portion d’eux-mêmes leur survivait; lorsque le dogme de l’immortalité de l’âme fut établi, et par suite celui des châtimens et des récompenses futures , le sacerdoce saisit cette circonstance pour accroître sa puissance et son ascendant sur les esprits. Il offrit aux méchans des moyens d’expier, dans ce monde, des crimes dont ils devaient être punis dans l’autre ; des moyens de dissiper leurs craintes sur l’avenir , et de les fortifier dans l’espérance de jouir, après leur
mort , du bonheur ineffable réservé aux âmes des justes.
Il fallait prouver la vérité du dogme des châtimens et des récompenses futures , et en meme temps réunir à cette preuve le moyen expiatoire; il fallait faire sentir matériellement et la preuve et l’expiation frapper fortement les sens et l’imagination des hommes par le tableau des destinées différentes qui attendaient les âmes des bons et des méchâns après leur mort ; il fallait , pour y faire croire , offrir aux hommes de ce monde le tableau de ce qui se passait dans l’autre.
Pour atteindre ce but, les prêtres alors donnèrent aux cérémonies des mystères une extension et une forme nouvelle , appropriée à ces motifs nouveaux. Ils imaginèrent un spectacle ou l’initié devait jouer un rôle très-actif Ce spectacle offrait d’abord les tourrnens de l’enfer, et on les faisait ressentir à l’initié en proportion de la gravité de ses crimes. Après en avoir été complètement purgé, on lui procurait un étatde repos et de bonheur, un pressentiment des jouissances des bienheureux dans l’autre monde. On faisait considérer l’initiation comme une mort véritable ; et les peines et les plaisirs qu’y ressentait l’initié étaient l’image
P ES CULTES
du sort qui aflendail fous les hommes au sortir de la vie.
Des lieux secrets, des souterrains appelés adytes , pratiqués sous les temples ou dans des grottes profondes; un vaste enclos voisin , souvent arrosé par une rivière et ombragé par un bocage sacré , étaient les différons théâtres où l’on promenait l’initié. La mécanique et la physique fournissaient leurs nombreuses ressources aux illusions qu’on lui faisait éprouver.
On y dévoilait, mais graduellement , quelques sççrets religieux pour le commun des initiés : ce n’était là qu’un objet accessoire ; le principal était les préparations , les tourna en s expiatoires , et le tableau du séjour des bienheureux.
Des jeûnes rigoureux , Fabstinenee des viandes, l’observation scrupuleuse d’un état de chasteté , la confession de ses crimes (i) , les ablulions purificatives* ou une espèce de baptême administré par immersion ou par injection , étaient les préludes de l’initiation.
Cette dernière cérémonie se pratiquait , à
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(i) Les initiés aux mystères de Samotrace se confessaient ; et le prêtre qui recevait leur confession était nommé koes. J^ojez ce mot dans Hésyçh.ius..
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Eleusis , par immersion; et c’était dans les eaux sacrées de la petite rivière d’ilissus qu’on plongeait l’initié. Dans les mystères d’isis , on versait de î’eau sur la tète. « Après que je me fus » lavé , dit Apulée, et que le prêtre eut fait les )> prières pour obtenir mon pardon des dieux,
» il versa de l’eau sur moi , et me purifia.
» Le prêtre me commanda tout haut, ajouta- » t— il ensuite , de jeûner pendant dix jours, de » m’abstenir de vin et de chair d’animaux (1). »
Dans les mystères de Mithra, les prêtres faisaient sur le front des initiés le signe du Tau ou de la croix (2).
(1) Apulée, Métamorphoses , liv. i 1.
(2) Ces cérémonies subsistaient dans les antiques religions , avant que les chrétiens les adoptassent. Tertulien le témoigne en disant que, dans leurs mystères, les idolâtres emploient les cérémonies même des saeremens divins ; qu’ils administrent le baptême aux initiés, et assurent que cette cérémonie efface les péchés ; que les sectateurs du dieu Mithra sont en usage de faire un signe de croix sur leur front; qu’ils célèbrent l’oblation du pain ; qu’ils croient à la résurrection, et que ceux qui sont victimes de leur attachement à leur religion , obtiennent ta couronne du martyre. Tertulien parle aussi de la ressemblance des rits institués par Numa , avec ceux des chiétiïiis. ( De Prœscripiione heretic., cap. 4°’)
Saint Justin rapporte à-peu-près les mêmes faits ; 1! dil que , dans les mystères de Mithra , on emploie la
DES CULTES
Lesmystères de Mithra,dieu soleil des Perses,, étaient les plus pénibles , les plus dangereux. On y purifiait l’initié dans trois élémens ; l’eau. Pair et le feu ; et souvent il perdait la vie au milieu de ces épreuves.
consécration du pain et du vin , la distribution du pain et du calice. ( Saint Justin ApoL 1 1, p. g8 , édit. i6i5.)
Ces deux Pères de l’Eglise ne sont point du tout embarrassés pour expliquer la cause de cette étonnante ressemblance; ils disent Pun et l’autre que c’est le diable qui , instruit d’avance de l’établissement du christianisme, et des cérémonies de cette religion, les inspira* aux païens, afin de rivaliser avec Pieu , et de nuire au culte des chrétiens. ( Voyez aussi les Mémoires d’ Anquetil sur les livres zendl Mém. de V Acad, des Inscript t. 28, p. 237.)
Dom Antoine de Solis, ayant raconté que le baptême, la confession, la communion , les jubilés, les processions^ les encensemens r et jusqu’au nom de Pape , donné au chef des sacrificateurs^ existaient chez les Mexicains avant l’arrivée des chrétiens en Amérique, assure aussique le diable était l’auteur de ces inventions. ( Histoire de la Conquête du Mexique, liv. 3.)
Les Chinois ont des idoles tout-à-fait ressemblantes aux figures de la vierge Marie. L’auteur de la Relation de V Ambassade anglaise dit , à ce propos , que le missionnaire Prémore pensait, en considérant les pratiques des sectaires de Fo , que c’était un tour que le diable avait voulu jouer aux jésuites. ( Voyage dans Y intérieur de ,a Chine , du lord Macartney, t. Il, p, 3o5.)
À INTERIEURS À L IDOLATRIE, 5^5
L’ensemble de ces mystères offrait l’image de la mort, celle des tourmens que subissent les hommes en punition de leurs crimes , et ensuite le tableau des délices du séjour des bienheureux. « L’initiation dans les mystères , » dit Apulée, est le simulacre d’une mort vo- » lontaire et du salut de lame. » Le meme parlant de son initiation, dit : cc Je fus conduit » aux portes du trépas, et je posai le pied jus- » que sur l’entrée du palais de Proserpine (i).w
Un ancien, d’après Strohée, s’exprime plus formellement encore : u Lame éprouve ^ a la i? mort, les mêmes passions qu’elle ressent a dans les initiations; les mots même répon- » dent aux mots, comme les choses répondent » aux choses : mourir ou être initié , s’exprime » par des termes semblables (a). »
Le corps exténué , les organes affaiblis par les jeünes> disposaient l’initié aux illusions dont l’artifice des prêtres allait l’entourer , et lui ôtaient la faculté de raisonner , et de distinguer la réalité d’avec le prestige.
« Ce n’est d’abord qu’erreurs et incertitudes, » que courses laborieuses, que marches péiiL » blés et effrayantes k travers les ténèbres
(1) Apulée, Métamorphoses , liv. i ï.
(2) Recherches sur les Initiations anciennes ,
DES CELTES
» épaisses de la nuit. Arrivé aux confins de îa » mort, de Y initiation , tout se présente sous n un aspect terrible ; ce n'est qu’horreur , que » tremblement, craintes, frayeurs. Une di~ » versité surprenante de spectacle mystérieux » s’offre à la vue; la lumière et les ténèbres >) affectent alternativement ses sens, et mille » autres choses extraordinaires se prés en - » tent (i). » Fléthon parle de fantômes qu'on faisait paraître sous la figure de chiens , ou de plusieurs autres spectres et figures monstrueuses (2).
Virgile , dans son livre sixième, qui offre un tableau précieux des initiations, fait mugir la terre, ébranler les cimes des forets, apparaître, au milieu des ombres, des chiens qui aboient, Glaudien semble avoir peint les horreurs des initiations dans ce tableau : «Déjà s’ébranlent
» et chancellent à mes veux les bases de ce
» temple, dont la voûte , par de brillantes » clartés, annonce la présence d’un dieu. Un » horrible fracas se fait entendre au sein de la » terre; les autels des en fa ns de Géerops re~
» t en lissent de mugissemens sourds ; et. les » torches sacrées d’Eleusis étincellent dans
x) Dion Chrisostôme.
(2) S colles sur les Oracles Imaginaires de Z'oroastre>
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» las airs. Les serpens de Triptolème ont » sifflé , etc. (y). »
A ces scènes ténébreuses , bruyantes et ten u blés, qui remplissaient l’âme de l’initié de trouble et d’effroi ? succédaient subitement un jour pur et brillant , et le spectacle de scènes riantes et champêtres. « Une lumière miraculeuse et » divine frappe les yeux; des plaines brillantes, » des prés émaillés de fleurs se découvrent de » toutes parts; des hymnes et des chœurs de » musique enchantent les oreilles. Les doc- » tri nés sublimes de la science sacrée y font le » sujet des entretiens. Des visions saintes et » respectables tiennent les sens dans l’admira- » lion; l’initié est rendu parfait ; désormais lia bre, il n’est plus asservi a aucune contrainte. » Couronné et triomphant, il se promène par h les régions des bienheureux , et converse » avec des hommes saints et vertueux (2). »
(( Je revins, dit Apulée, passant par tous les » élémens ; je vis, au milieu de la nuit, le so- )) leil brillant d’une lumière très-vive; j’arrivai » en la présence des dieux du ciel et des en- » fers , et je les adorai de très- près (5). »
(1) (Jlaudiaa., de Raplu Proserpinœ , lib, 1, v. 7.
(2) Fi ' agment de Strobée.
(3) Apulée, Métamorph. , liv. 11.
DES CULTES
Claudien parle des Champs- Élyséén s et dit séjour réservé aux bienheureux dans Fautre » inonde, comme d’un lieu consacré aux sépultures , et nous ramène à ce que j’ai déjà exprimé*
« Ce séjour de la mort n’est pas celui de la tristesse : la joie règne parmi ces habitans » des tombeaux ; ils se livrent aux plaisirs de » la table, et l’on y voit les mânes, couron- » nés de fleurs, s’égayer au milieu d’un festin » agréable ; des accords mélodieux retentissent » dans ce lieu de ténèbres et de silence (i). » Virgile a peint ainsi ce changement de scène, « Ils arrivèrent dans ces contrées délicieuses , » dans ces bocages fortunés , où les âmes » pieuses goûtent une félicité tranquille. Un » air pur , une douce lumière rendent ces » campagnes riantes ; ceux qui les habitent ont » leur soleil et leurs astres. Les uns montrent, » sur le gazon, leur souplesse dans les exer- » cices du corps , et s’amusent à lutter sur le » sable ; les autres frappent la terre en ca- » dence, et forment entre eux des danses et
(i) Pallida lœtcitur regio , gentesque sepultæ
Luxuriant f epulisque vacant genialibus umbfce.
Grata coronati peragunt convivia mânes .
Rurnpunt insoliti tenebrosa silentia canlus .
De Rapt u Proserpins? , lib. n.
» des chœurs de musique. . . . D'autres ombres, » couchées sur des lits de gazon , passent le » temps en d’agréables festins, et chantent en » chœur des cantiques de joie. Dans un bois » de lauriers odoriférans , où FEridan forme n divers canaux avant de couler sur la terre , » sont les guerriers qui ont prodigué leur » sang pour la défense de leur patrie ; les » prêtres dévoués au culte des dieux pendant » leur vie ; les poètes religieux qui ont chanté )) des vers dignes d’Apollon ; ceux qui ont » contribué au bonheur de la société par Fina vention des arts ; enfin tous ceux qui , par » leurs bienfaits , ont mérité de vivre dans la » mémoire des hommes : toutes ces ombres » ont la tête ceinte d’un bandeau aussi blanc » que la neige (1). »
Tels étaient les tableaux de ténèbres et d’horreurs , de lumière et de félicité que , dans les mystères , on présentait successivement aux sens de l’initié. Les formalités de l’initiation , les épreuves, les cérémonies qu’on y observait, différaient suivant la divinité et les lieux ou elle était adorée. En général , les mystères offraient à la fois la révélation de quelques secrets religieux , un moyen d’expiation , et des
(1) Tirgih, Eneid.y lib.6, v. 637.
motds de crainte et d'espérance pour la vie lut ure , dont ces représentations jnvstérieuses offraient l’image.
Je n’entrerai pas dans de plus grands détails k cet égard : plusieurs savans distingués ont traité avant moi ce sujet; j’y renvoie les lecteurs (s). Mon unique objet est de faire connaître l’origine et les motifs de cette institution religieuse, d’en donner une légère idée, et de prouver sur-tout qu’elle dérivait directement du culte des morts. Il est certain que si ce culte n’eut pas existé, si les fables des Iles des Bienheureux y des Prairies sacrées, des Champs- B lysées y etc., qui en sont les conséquences, n’eussent pas été imaginées, les mystères auxquels ces fables servaient de bases n’auraient jamais eu lieu.
Quant a l’origine de la fable des enfers , du séjour des âmes bienheureuses, et du lieu de tourmens réservé aux âmes des criminels, ainsi
(i) L’abbé Terrasson , clans son roman de S éthos , a donné des détails précieux sur les mystères de l'Egypte. On en trouve aussi dans Court de Gehelin , et dans les Mémoires pour servir à V Histoire de la Religion secrète des anciens Peuples , par Sainte-Croix . On peut consulter aussi avec fruit Y Histoire critique des Mystères de V Antiquité y et les Recherches sur les Initiations anciennes et modernes, par l’abbé R. . .
que de certaines cérémonies pratiquées dans les mystères j Diodore de Sicile dit formellement que cette origine est due au terrain sacré des cimetières, et aux cérémonies employées lors des obsèques (i).
« Orphée , en introduisant les peines des » méchans dans les enfers , et en admettant » les prairies des bienheureux , n'avait fait » qu’imiter ce qui se pratiquait aux funérailles » des Egyptiens. Homère , suivant les traces » d’Orphée , dit que les morts habitent ces » lieux, puisque c’est là que se font la plupart » des funérailles des Egyptiens , et sur-tout » les plus magnifiques, et qu’on n’y dépose » les cadavres qu’après qu’ils ont passé le lac » Achérusien (2). »
Les premiers chrétiens eurent leurs mystères, et n’y admirent que ceux qui s’y étaient préparés par des épreuves, par des purifications et des jeûnes. Lors de leur célébration, le prêtre chrétien, à l’exemple du prêtre païen, s’écriait: Ou on éloigne les profanes , qU on ferme les portes ! les mystères vont commencer. Gomme les initiés païens , les initiés chrétiens avaient un signe pour se reconnaître , des formuler
(1) \oyez cliap. XXVI, p. 4g5et suiv.
(2) Voyez ci-dessus, la note des pages 498 et 499-
DES CULTES
particulières et mystérieuses, et un secret à garder. « On cachait les mystères , dit l’abbé » Fleury, non-seulement aux infidèles, mais » aux catéchumènes ; non-seulement on ne les » célébrait pas devant eux , mais on n’osait pas » même leur raconter ce qui s’y passait, ni » prononcer en leur présence les paroles so- » lennelles , ni même parler de la nature du » sacrement, etc. (1). » Les catéchumènes, ou aspirans à l’initiation du christianisme, étaient, comme les disciples de Pythagore , divisés en auditeurs et compétens , ou illuminés .
Lorsque toute une nation fut initiée aux mystères du christianisme, il ne dut plus y en avoir; ou plutôt les mystères connus de tout le monde, ne furent plus un secret, quoique quelques cérémonies en aient conservé le nom (2).
Néanmoins les mystères , dans l’acception stricte que les anciens donnaient à ce mot , se maintinrent encore parmi les chrétiens. Les chevaliers du Temple puisèrent en Orient ces cérémonies secrètes, les adoptèrent et les trans-
(1) Mœurs des Chrétiens , chap. XV.
(2) Un docteur en théologie, appelé de J^allemont, a composé, en 1710, un gros livre intitulé du Secret des Mystères , où se trouvent plusieurs faits curieux sur les mystères des premiers chrétiens.
ANTÉRIEURS A L’iDOLATRIE, 53 ï
mirent en Europe, où il se forma des sociétés mystérieuses , qui reçurent une grande consistance en Ecosse sous le nom de Francs - Maçons , et de là se propagèrent dans toute FEurope.
Ces sociétés n'étaient et ne sont composées que de séculiers. Mais voici un exemple fourni par des moines catholiques, où Ton voit toutes les formes des mystères de l’antiquité bien conservées , et appliquées à la religion chrétienne. Je veux parler de ce qu’on appelait en Irlande le Purgatoire de Saint- Patrice. Le lieu de ce purgatoire était situé dans la province d’Ulster, à deux lieues de Dungall, et dans une petite île qui s’élevait au milieu d’un lac appelé Derg. Lus Irlandais nomment cette île Ellanu - Frugadorj , ou Y lie du Purgatoire . Là était une caverne profonde où se célébraient les mystères. Les jeûnes , les ablutions , la confession ., les scènes terrifiantes , l’image offerte à l’initié des peines du purgatoire ou de l’enfer , formaient le premier acte. A des épreuves longues , effrayantes et douloureuses , succédait le tableau riant du séjour des bienheureux. On y introduisait l’initié, qui, comparant son état présent aux peines qu’il venait de subir, se croyait ravi dans le ciel.
Sous le règne du roi Jacques , ces mystères »
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où une extrême crédulité venait s’alimenter dans le sein de l’imposture, furent abolis, les moines chassés , leur habitation et la caverne mystérieuse détruites. Mais les religieux espagnols et portugais ont rétabli , en divers lieux, des purgatoires de Saint - Patrice , qui subsistent encore (i).
Telles furent les institutions diverses qui dérivèrent de trois cultes principaux : le culte des fétiches , le culte astronomique et celui des morts ou des héros. Le fétichisme fournit des noms aux planètes ; le culte astronomique peupla le ciel de divinités ; le culte des morts engendra les fables mythologiques ; la doctrine des peines et des récompenses dans l’autre vie, engendra les mystères, les purifications, et expiations, préservatifs des peines futures.
J’ai remonté à la source de toutes les insti-
(i) Si je ne craignais pas de m’écarter de mon sujet, je citerais tous les détails des cérémonies de ces mystères , et je les puiserais dans un ouvrage intitulé : Histoire de la J^ie et du Purgatoire de saint Patrice, par François Bouillon, franciscain , où se trouve la description des épreuves terribles que subissaient les dévots et courageux aspirans, et du lieu de délices où ils étaient ensuite transportés, où ils avaient les avant-goûts de la gloire des bienheureux. On peut consulter aussi Recherches sur V Irlande, p, 263 et suiv.
tu don s religieuses ; je les ai suivies pas à pas dans leurs progrès; j’ai montré leur filiation , les altérations , les accroissemens qu’elles ont éprouvés dans différons temps, chez différens peuples : il ne me reste plus , pour compléter cet ouvrage , qu’à indiquer la place qu’elles doivent occuper dans l’ordre des temps , et à réunir en un seul faisceau tous les faits dont j’ai donné la preuve.
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